Le Père Charles Cuenin (1935-2008)

Décès.

Enfance et formation

Charles est né à Bonnétage, dans le Haut Doubs, où ses parents tenaient une petite ferme. Les enfants étaient facilement associés au travail de la ferme, mais Charles préférait courir les pâtures et les bois avec ses copains. Ils se souviennent de lui comme d’un garçon turbulent qui n’avait peur de rien. Les larges horizons, comme les grandes forêts, appelaient à l’aventure.
De ses parents il a hérité la volonté de réussir, la fierté de pouvoir être autonome et une foi en Dieu qui ne se discute pas… Sa foi d’enfant qui l’entraînait dans la confiance et dans une action de grâces continuelle, il l’a cultivée toute sa vie. Très tôt il a forgé l’idée de devenir prêtre et missionnaire… Après des études secondaires chez les Pères du Saint-Sacrement, il s’est retrouvé aux Missions Africaines, à Haguenau et au Zinswald et finalement à Chanly, en Belgique, pour le noviciat. Il y a prononcé son premier serment d’appartenance à la SMA le 16 juillet 1957. Après trois ans au grand séminaire des Missions Africaines à Lyon, il achève sa théologie à Saint-Pierre, où il est ordonné prêtre le 12 février 1961.

Le Togo

Il rejoint le Togo la même année. Après quelques mois d’initiation à la maison sma de Lomé-Bè, il est affecté à la mission de Saoudé, en pays kabyè. Il y est accueilli par le P. Reiff qui lui fait connaître la vie missionnaire et la pastorale des villages. Ses débuts sont un peu difficiles, mais il vouera au P. Reiff une solide admiration et beaucoup d’attachement. Tous les deux, en mai 1965, vont fonder la mission de Guerin-Kouka, un peu plus au nord. Mais en février 1966, Charles rejoint Anyengré au sud du diocèse, une paroisse restée vacante. Cela lui permet de prendre son autonomie et de réaliser la mission selon ses propres vues.

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Au Togo.
Photo sma

En 1970, après une formation catéchétique à l’I.S.C.R. [1] d’Abidjan, il lui est demandé de fonder la deuxième paroisse de Sokodé, N.-D. de la Visitation. Il est en même temps chargé de la catéchèse dans les lycées et collèges de la ville. Il met en place toutes les structures paroissiales nécessaires, presbytère, église, centre paroissial. Il fait venir les sœurs espagnoles Missionnaires de la Doctrine Chrétienne pour la catéchèse et l’animation féminine. Il forme plusieurs catéchistes qui vont travailler dans les lycées. Il ouvre un dispensaire qui est confié aux religieuses de la Providence de Saint André de Peltre.

Le Village Renaissance

A l’intérieur de l’église N.-D. de la Visitation, derrière l’autel, il y a une grande statue en teck de la Vierge Marie. Cette belle œuvre d’un artisan local est tout simplement une femme africaine qui porte sur sa tête un panier de fruits, prête pour le voyage. Il me semble que cette statue de Marie, que Charles voyait facilement comme modèle du missionnaire, représente ce que lui-même essayait d’être, un missionnaire prêt au voyage, prêt à porter la Bonne Nouvelle de la présence et de la tendresse de Dieu… la vie, comme il disait, la vie de Jésus-Christ, mais aussi la vie matérielle symbolisée par les fruits de la terre.

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Le Village Renaissance.
Photo J.-M. Guillaume

Charles aimait voyager, et il voyageait partout. Comme Marie, il a cru en l’accomplissement de ce que le Seigneur lui avait donné, il a cru en sa vocation. Il a contemplé Marie en visite chez sa cousine Elizabeth… Il s’est fait lui-même visiteur de prison. Sur sa paroisse en effet se trouve la prison de la ville. C’est à partir des visites qu’il y fait que prend forme le projet d’un centre de réinsertion pour les prisonniers récidivistes. Il l’ouvre en 1991 à Yao-Kopé [2] : Mon souhait, écrivait-il, est que le Village Renaissance devienne vraiment le village de la paix et du respect de l’homme.
Les circonstances ont fait que, après plus de 40 ans de présence et de travail au Togo, il est revenu en Europe pour servir de façon plus discrète dans notre communauté de Rome. Libre et indépendant comme il était, ce ne fut pas facile. Mais il ne se plaignait pas et allait souvent se ressourcer sur les plateaux du Haut Doubs, auprès des siens. Il a toujours porté le souci du Village Renaissance qu’il a continué à soutenir et qui reste « l’œuvre de sa vie ».

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Le P. Cuenin, avec M. Seddoh et le P. Bardouillet.
Photo M. Heilig

Il devait quitter Rome au mois de juillet… Son plan était de prendre un temps de formation pour l’accompagnement des malades et des mourants. Il venait de passer trois jours à Paris, à la « maison de Lazare », une maison d’accueil et d’écoute des gens en souffrance morale et physique qui cherchent la guérison.… Il est parti sans prévenir pour son dernier voyage…

Terre d’Afrique 2008-3

[1] Institut Supérieur de Culture Religieuse.

[2] Yao-Kopé est un village à 15 km au sud de Sokodé.

Publié le 3 décembre 2008 par Jean-Marie Guillaume