Le Père Hubert Grieneisen 1910-2002

Comme le Père Eugène Woelffel et le Père Joseph Pfister, le Père Hubert Grieneisen aurait eu 100 ans en cette année 2010. La famille du Père Hubert, la municipalité de Carspach et la communauté de paroisses d’Altkirch nous invitent le dimanche 24 octobre dans son village natal : une journée missionnaire pour célébrer le centenaire de naissance de cette grande figure sma du Sundgau. Pour nous y préparer, « Ralliement » est heureux de nous proposer (en plusieurs épisodes) la biographie de ce pionnier de l’évangélisation de l’Est de la Côte d’Ivoire, une biographie bien documentée et rédigée avec beaucoup de soin par Jérôme Fleck.

Formation

Hubert Grieneisen est né le 10 septembre 1910 à Carspach (Haut - Rhin). Ses parents, Joseph Grieneisen et Eugénie Walch, exerçaient le métier de cultivateurs. Le jeune élève fait ses études primaires au village. Deux de ses frères avaient été à l’école apostolique sma de Keer (Pays-Bas) avant la guerre de 1914. Mobilisés pendant les hostilités, ils n’y retournent plus après leur libération. Mais l’aîné des frères va diriger le jeune Hubert vers l’école apostolique de Saint-Pierre, où il débute en classe de 7e en 1921.

Le jeune Hubert fait sa première communion à Saint-Pierre le 8 décembre. Il y sera également confirmé le 23.7.1923. En 1924, il rejoint le collège sma de Bischwiller et en 1927 celui de Haguenau, pour une année. Il fait ainsi partie de la promotion qui ouvre ce collège.

D’octobre 1928 à juillet 1930, il séjourne au noviciat de Chanly. A la fin de cette formation, le novice bénéficie d’une bonne appréciation : « Bonne piété et bonne application aux exercices spirituels. Bons rapports avec tous. Observe le règlement mais pas toujours dans les détails. Bonne mémoire et assez bonne intelligence. Préfère la littérature à la philosophie. Caractère franc, mais énergie de volonté plutôt guidée selon ses goûts ». Par 4 voix sur 4 votants, il est admis au premier serment le 27 juillet 1930.

Lyon

A la rentrée, le séminariste rejoint le Grand Séminaire de Lyon. Il y fait de bonnes études, malgré l’interruption du cursus pour le service militaire. Il fait ce service au 305e Régiment d’artillerie à Besançon, il accède au grade de Maréchal de Logis. En écrivant à tous les appelés sous les drapeaux, le supérieur de Lyon lui conseille de fréquenter plus souvent le grand Séminaire de Besançon pour y trouver « les conseils et l’appui moral nécessaire », auprès des directeurs.

Après son retour à Lyon, le séminariste est retardé aux deux derniers ordres mineurs. Il semble que c’est l’assistance sans permission à un match de football qui ait provoqué cette sanction. Pour les responsables, c’était « un manquement relativement grave au règlement ». Le séminariste fait de bonnes études et le Père Delhommel dit de lui : « étudiant bien doué, actif, mais se disperse trop ». En novembre 1934, en vue de l’admission au serment perpétuel et au sous-diaconat, le supérieur donne les appréciations suivantes : « En bons termes avec les maîtres et populaire auprès des confrères. Semble avoir fait des progrès pour la fidélité au règlement. Pas de manquements notables. Intelligence au-dessus de la moyenne et très bien doué du côté de la mémoire. Quant aux aptitudes spéciales : orienté vers l’action ; susceptible d’être un entraîneur ». Hubert sera admis par sept voix sur sept votants. Il émet alors le serment perpétuel le 5 janvier 1935.

Le corps professoral relève encore les mêmes aptitudes pour l’admission à la prêtrise. Il est donc ordonné prêtre à Lyon, le 7 juillet 1935, par Mgr Cessou. Dès le mois de juin, il avait reçu sa nomination : « Le Conseil Provincial vous a assigné la Haute Côte d’Ivoire comme future champ de travail ». En manuscrit, le provincial ajoute : « Il n’est pas sûr que vous partirez de suite. » Peu après, le jeune missionnaire apprend qu’on lui demande de préparer un diplôme avec résidence dans la maison de Haguenau. C’est ainsi que durant l’année 1935-1936, le jeune missionnaire sera professeur et vicaire du dimanche à Walbourg. En juillet 1936, le conseil décide de maintenir l’affectation en Côte d’Ivoire.

Le professeur

Le Père Antoine Goetz, élève du Père Hubert, garde un souvenir vivant de cette année : J’ai eu la joie de connaître le Père Hubert Grieneisen de 1935 à 1936 à Haguenau. J’étais alors en 5e et le Père était chargé de nous enseigner la botanique. Je ne me souviens plus de ses qualités d’enseignant, mais j’ai gardé vivant le souvenir de son comportement humain envers nous. C’était un professeur agréable et heureux. Il avait ses élèves bien en mains ; son autorité était reconnue et respectée. Jamais d’éclats de voix, de menaces ou d’élève en pénitence. Une parole ferme suffisait au besoin, à faire régner le calme… Certains professeurs s’acharnaient à détecter fraudes et mensonges ; le Père Hubert faisait confiance aux élèves… Les élèves admiraient et aimaient ce professeur aux grandes qualités humaines, si compréhensif et si près des jeunes.
J’ai surtout retenu l’admiration que nous avions pour sa valeur humaine. Il s’intéressait vraiment à nous et à notre formation. Il traitait chacun avec respect, sans jamais dramatiser un manquement ou une faute. Il n’avait rien du prêtre réservé, distant. Le Père Hubert était simple et proche de nous, heureux de son travail et de sa vocation de prêtre. Cette joie rayonnante nous plaisait, nous attirait et nous attachait à lui. On avait vraiment envie de travailler avec lui et de lui ressembler. Il n’est pas téméraire d’affirmer qu’il a aidé plus d’un séminariste à persévérer dans sa vocation missionnaire.
Son sport préféré était le football. Il s’y adonnait à fond avec nous chaque jeudi après-midi. La bienséance ecclésiastique de l’époque lui imposait de jouer en soutane. Un tel accoutrement gênait sa vivacité… Le Père Hubert était convaincu que cet effort physique était nécessaire à notre équilibre psychique… Hélas, le football n’avait pas bonne presse auprès de nos supérieurs. L’interdiction de jouer était la sanction préférée de l’autorité, en expiation d’une faute collective. Quelle déception pour nous ! Mais le plus malheureux, c’était encore le Père…

Publié le 14 septembre 2010 par Jérôme Fleck