Le Vivant

2ième dimanche de Pâques
Textes : Ac 5, 12-16 ; Ap 1, 9-11a.12-13.17-19 ; Jn 20, 19-31

L’histoire de Jean dans le livre de l’Apocalypse est rassurante à bien des égards pour nos communautés chrétiennes d’aujourd’hui. En dépit des persécutions, il a persévéré dans le témoignage de la foi en Jésus Christ, annonçant la Bonne Nouvelle. Avait-il pris la bonne résolution ? Toutefois une chose est certaine. L’endurance de l’apôtre a été récompensée : « Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier, je suis le vivant : j’étais mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens les clés de la mort et du séjour des morts [1]. » La voix du fils de l’homme a non seulement confirmé ses choix, mais l’a davantage réconforté dans sa mission et lui a donné des raisons d’aller plus loin. Certes les obstacles ne manquent pas et les difficultés jonchent le passage. Mais le Christ est plus fort que la mort. Il est le Vivant et il fait vivre de sa vie.

Croyons-nous vraiment en cette Bonne Nouvelle ? L’expérience des disciples nous permet d’en douter. Ils sont assaillis de doute et de scepticisme. Echaudés par la brutalité de la mort de Jésus, « ils avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs [2] ». Tournés vers le passé, ils étaient plutôt sur leur garde et méfiants à l’égard de tout le monde, au point qu’ils ne surent reconnaître les différents signes que le Ressuscité leur donnait de sa présence. Ils voulaient un signe fort et convaincant, une preuve irréfutable qui ne se discute pas. L’expression de Thomas résume à dessein les sentiments qui habitent les apôtres : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas [3] ! » En ce sens, en tout homme sommeille un « thomas », c’est-à-dire ce doute profond qui l’enferme sur lui-même et l’empêche d’accueillir avec allégresse la Parole de Dieu.

Ce qui est passionnant dans cette histoire parsemée de doute, c’est l’attitude du Ressuscité. Il ne s’impose à personne. Encore moins oblige-t-il quelqu’un à le suivre. Il est respectueux du cheminement de chacun. N’a-t-il pas accédé à la requête de Thomas ? Au lieu de le réprimander, le Ressuscité lui montre les blessures de la passion et son côté ouvert. Toutefois les signes qu’il donne de lui ne sont pas contraignants. Ceux-ci sont donnés pour que l’homme croie. Autrement dit, il y a un acte à poser, un certain risque à prendre, en tout cas un choix à faire. La foi est ultimement un acte de confiance que l’homme place en Dieu. Devant cette lumière qui inonde l’homme et qui éclaire ses pas, Thomas peut alors accueillir la grâce et confesser sa foi au Ressuscité : « Mon Seigneur et mon Dieu [4] ! »

Renouvelé dans sa foi, l’homme n’est plus soumis aux contraintes. Il est libéré des angoisses de la mort puisqu’il vit désormais de l’Esprit de Dieu qui chasse la peur. Aussi est-il invité à avoir confiance en Dieu et en lui-même comme le rappelle la liturgie d’aujourd’hui : « Sois sans crainte [5] » et « la paix soit avec vous [6] ». En effet dans sa mort et sa résurrection, le Christ rassemble tous les hommes en une grande famille des enfants de Dieu. Il leur communique sa vie et établit avec eux la Nouvelle Alliance. Dans la reconnaissance du Christ à travers les signes de sa présence - le pain et le vin, sa Parole de vie, et la communauté des frères réunis - proclamons notre foi au Ressuscité qui nous fait vivre de sa vie et nous établit témoins de sa Bonne Nouvelle dans le monde

[1] Ap 1, 18.

[2] Jn 20, 19a.

[3] Jn 20, 25.

[4] Jn 20, 28.

[5] Ap 1, 18.

[6] Jn 20, 19.21.26.

Publié le 12 avril 2010 par Nestor Nongo Aziagbia