Le balafon qui évangélise…

Un instrument de musique et quelques bœufs sont les moyens insolites qu’utilise un évêque pour attirer les jeunes Ivoiriens.

Quand l’évêque d’Odienné, Mgr Antoine Koné, a reçu en don un lopin de terre de 150 ares, il a pensé que cela pouvait être une excellente occasion pour favoriser l’évangélisation, surtout parmi les jeunes, dans son vaste diocèse qui ne compte que quelque 2.500 catholiques.

L’évêque savait qu’il avait déjà touché le cœur des jeunes quand il a commencé à jouer de la musique liturgique sur balafon, un instrument semblable au xylophone et typique de cette région de l’Afrique de l’Ouest.

S’adressant à l’association internationale catholique « Aide à l’Eglise en Détresse » (AED), il a raconté que dans son église il enseignait aux jeunes le balafon et que la participation à la messe avait augmenté, passant d’une petite poignée de fidèles à près de 700 fidèles.

Maintenant Mgr Koné souhaite capitaliser le succès de son initiative d’évangélisation en créant des opportunités de travail pour les jeunes découragés qui luttent pour avoir un avenir dans une région caractérisée par un taux de chômage élevé et une pauvreté croissante. Il a en projet d’utiliser le terrain qui lui a été offert pour y développer une plantation de coco et acheter des bœufs pour aider à travailler la terre.

Il a demandé une aide financière à l’AED qui, le mois dernier, a envoyé une équipe sur place pour évaluer les nécessités pastorales du pays. A son retour, la coordinatrice des projets pour l’Afrique de l’AED, Madame Christine du Coudray Wiehe, a dit avoir beaucoup apprécié l’initiative de Mgr Koné.

« L’AED ne soutient pas les projets qui fournissent du travail pour les laïcs sauf dans des cas vraiment extrêmes comme celui-ci », a-t-elle affirmé. La coordinatrice a souligné la difficulté des conditions économiques et sociales de la Côte d’Ivoire depuis l’an 2000, date à laquelle des violences avaient éclaté, divisant le pays entre les zones rebelles du nord et les zones du sud sous contrôle gouvernemental. « J’ai découvert une Eglise qui souffre d’un profond sens d’abandon, une sorte de frustration qui dérive de son isolement du monde extérieur », a-t-elle confié, avant d’ajouter : « Évêques et fidèles font face à une situation d’urgence et ne savent pas à qui s’adresser ».

Durant le voyage de l’AED dans neuf des 15 diocèses du pays, les évêques ont souligné la nécessité de programmes catéchétiques. Des projets de soutien ont été lancés par le mouvement Youth Alive, dont le siège est en Ouganda, sur des questions comme la prévention du SIDA, les clubs de jeunes et des initiatives visant à affronter l’abus de drogues et d’alcool, de même que la prostitution.

L’AED est aussi engagée dans la reconstruction des séminaires du pays, occupant des édifices décrits par Christine du Coudray Wiehe comme « profondément endommagés, où très peu de travaux ont été réalisés pendant de nombreuses années ». « Les étudiants », a-t-elle déclaré, « n’ont pas de livres et manquent aussi d’eau potable et d’électricité. »

En Côté d’Ivoire, sur une population d’environ 20 millions d’habitants, les catholiques ne représentent que 25%.

Agence Zenit, Rome, mercredi 21 avril 2010

Ralliement mai – juin, n°3-2010

Publié le 17 juin 2010