Le langage de l’Esprit Saint

Dimanche de Pentecôte
Textes : Ac 2, 1-11 ; Rm 8, 8-17 ; Jn 14, 15-16.23b-26

« Alors ils furent tous remplis de l’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit….Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle [1] ? »

Situons le récit de la Pentecôte dans son contexte historique. Dans la grande tradition juive, la Pentecôte célébrait initialement, sept semaines après Pâque, la fête de la Moisson. Dans la joie et l’action de grâce, le peuple offrait à Dieu les prémices de ce que la terre a produit. Mais, très vite, on en vint à commémorer l’Alliance conclue cinquante jours après la sortie d’Egypte. Ce temps fort de la liturgie juive suscitait toujours des pèlerinages en des lieux saints dédiés à Dieu, en l’occurrence le Temple de Jérusalem, haut lieu de la spiritualité. La foule qui s’est rassemblée en cette pentecôte à Jérusalem n’était pas étrangère à la foi d’Abraham. C’étaient des juifs et des sympathisants, des néophytes ou des craignant-Dieu de la diaspora. On suppose qu’ils avaient au moins une certaine connaissance de la langue. On pourrait vraiment se demander si les apôtres parlaient des langues différentes, ou si chacun des auditeurs entendait dans sa langue maternelle...

Le parler en langue, ou glossolalie, est un phénomène religieux fort répandu dans l’Eglise primitive. Cette pratique n’avait pas beaucoup enthousiasmé Paul, qui lui préférait la prophétie dans la hiérarchie des charismes : « Recherchez la charité ; aspirez aussi aux dons spirituels, surtout à celui de prophétie. Car celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu ; personne en effet ne comprend : il dit en esprit des choses mystérieuses. Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes ; il édifie, exhorte, réconforte. Celui qui parle en langue s’édifie lui-même, celui qui prophétise édifie l’assemblée [2] ».

Le parler en langue est revenu en force ces dernières décennies. C’est quelque peu la mode dans l’Eglise. Beaucoup de mouvements et groupes ont surgi. Sous l’inspiration de l’Esprit, tous les membres parlent en langue, au point qu’on en est venu à faire une supercherie des effets de l’Esprit dans la vie de l’Eglise. Plus tu es capable de te mouvoir sous les grâces de l’Esprit, de trépider et de parler en langue, mieux ça vaut. Tu peux être considéré(e) comme un(e) bon(ne) chrétien(ne). Je me rappelle l’expérience que m’a contée un missionnaire. Pendant ses vacances, il fréquentait un groupe de prière où tout le monde priait en langue. Pour ne pas donner l’impression d’être un niais, il a un peu forcé la main à l’Esprit Saint et s’est mis à prier dans une langue africaine qu’il avait acquise au cours de ses années en mission. Voilà le genre de travers auxquels on peut s’exposer.

Mais quel langage l’Esprit Saint nous inspire-t-il ? C’est le langage par lequel nous annonçons les merveilles de Dieu aux hommes. Certains parlent celui de la foi, d’autres celui de l’espérance, d’autres parlent plus volontiers celui de la charité, de la compassion, de la tendresse… Le silence, s’il n’est pas le mutisme de l’indifférence, peut aussi être un langage que nos contemporains sont capables d’entendre. Le langage de l’Esprit Saint, c’est celui qui permet de construire des ponts dans les marécages et sur les fossés qui séparent les hommes et les rendent étrangers les uns aux autres. C’est aussi la parole donnée qui inspire confiance à un cœur brisé et pousse l’encourage à se relever pour reprendre la route ou l’aventure avec optimisme. Dans la construction de notre monde d’aujourd’hui, que le Seigneur nous fasse redécouvrir l’usage de son langage d’amour. Ainsi la face de l’Eglise en sera transformée.

[1] Ac 2, 4.7b-8.

[2] 1 Co 14,1-4.

Publié le 25 mai 2010 par Nestor Nongo Aziagbia