Le pays où les dieux se font porter.

A Chennai, l’année nouvelle s’apparente à un lever de rideau. Un politicien local a mis en scène et en valeur la déesse Ganga. Elle a illuminé la nuit de la St Sylvestre. Dans sa position assise, elle inspire le calme et la maîtrise de soi. Il faut rappeler que dans la mythologie indienne, elle a été domestiquée par le dieu Shiva alors qu’elle menaçait d’engloutir la terre sous ses eaux tumultueuses. La chevelure de Shiva a tamisé sa fougue au grand soulagement des humains. Le déluge a été évité.

En bordure du golfe de Bengale, la ville de Mahabalipuram offre aux touristes un bas-relief géant qui illustre le destin ou la descente du Gange dans un environnement rupestre et paisible. Une telle mère nourricière ne peut qu’avoir les honneurs du panthéon hindou. Elle est une vraie déesse, à égalité avec les dieux. Comme eux, elle a son véhicule de service, son vahanna [1]. Les dieux indiens ont leur monture propre. Shiva se déplace sur un taureau, Ganesh sur une souris. C’est ainsi que les animaux sont sacrés et protégés. Mais la déesse Ganga a la monture la plus insolite, un patchwork animalier, des pattes de lion, un corps de cochon, une trompe d’éléphant, une bouche de crocodile, des yeux de singe, des oreilles de vache et une queue de paon. Un monstre marin parfait avec le chiffre 7.

Nous le savons bien, l’eau peut passer de la douceur à la fureur. La déesse peut nous surprendre sans crier gare, sans faire de bruit, elle s’avance, à la manière d’un lion, à pas de velours, en toute discrétion. Elle sait engloutir tout ce qui se présente sur son passage, sans faire d’indigestion. Un vrai porc ! Avec la force tranquille de l’éléphant, elle vient à bout de toutes les résistances. Si elle vous happe, elle ne lâchera plus prise. Difficile de desserrer la mâchoire d’un crocodile ! Des yeux malins pour guetter sa proie et arriver à sa fin (faim). Comme le singe, elle ne manque pas de vivacité. Ses oreilles lui servent d’éventail pour se donner de la fraîcheur. Sa queue de paon vous hypnotise par sa beauté. Malheur à vous si vous tombez sous son charme, elle vous entraîne là où vous ne voudriez pas aller. Au pays du syncrétisme, elle ne détonne pas, elle séduit par son assemblage insolite. En Inde tout est possible !

Terre d’Afrique Messager septembre 2009

[1] Lisez le « h » comme un « g », et vous n’êtes pas loin du « wagala » haut-rhinois !

Publié le 12 octobre 2009 par Marcel Schneider