Le prix de la fidélité

32ième dimanche ordinaire
Textes : 2 M 7, 1-2.9-14 ; 2 Th 2, 16-3, 5 ; Lc 20, 27-38

Les différentes lectures de la liturgie d’aujourd’hui expriment une forte conviction au sujet de la vie après la mort. L’épisode du livre des Martyrs d’Israël est d’ailleurs la première formulation de la théologie de la résurrection. Celui qui a foi dans le Seigneur et qui a marché sur ses traces ne sera jamais déçu. Le Seigneur le relèvera de la mort et lui fera partager sa vie. L’amour de Dieu transcende en effet la mort. C’est pourquoi le psalmiste pouvait, en toute sérénité, exulter de joie devant la face du Seigneur : « Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable. Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption. Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! A ta droite, éternité de délices [1] » !

Ces textes viennent à point nommé après la célébration de la Toussaint et la commémoration des morts. Ils soulignent en toute évidence le caractère pascal de la liturgie. C’est d’ailleurs ce que les chrétiens célèbrent à chaque rassemblement eucharistique, même si beaucoup considèrent encore qu’avec la mort tout est fini.

Au-delà de la description de la mort abominable à laquelle les Juifs étaient soumis durant l’atroce persécution perpétrée par Antiochus, roi de Syrie, le livre des Martyrs d’Israël n’exalte en rien le suicide. L’enthousiasme des sept frères devant la mort peut en déconcerter plus d’un. Toutefois, ce qu’il convient de retenir de ce récit, c’est la motivation profonde de ces personnes qui sont entrées en résistance contre une grave injustice. De quoi s’agit-il ? Israël est menacé dans son intégrité existentielle par la mainmise d’Antiochus. La menace est d’autant plus réelle que l’existence du peuple est garantie par les lois que ses pères lui ont transmises de génération en génération. Aussi Israël fonde-t-il son identité sur le culte du Temple, le respect du sabbat, l’observation des interdits alimentaires, la pratique de la circoncision et le monothéisme. Dans le contexte de la fidélité et de la loyauté à Dieu, le fait de manger du porc, viande interdite par la Loi, n’est pas anodin. Antiochus voulait ainsi remettre en cause le fondement même d’Israël.

Confronté à un tel dilemme, un choix s’imposait alors. Certains ont incontestablement opté pour leur confort personnel et la préservation de leur propre vie. Ils ont transgressé sans état d’âme l’alliance que Dieu avait établie avec leurs pères. D’autres, tels les sept frères, ont manifesté leur attachement à Dieu au détriment même de leur vie. Ils ont suivi en cela le témoignage d’Eléazar qui « quitta donc la vie de cette manière, laissant dans sa mort, non seulement à la jeunesse, mais à la grande majorité de la nation, un exemple de courage et un mémorial de vertu [2] ». Ils sont allés avec détermination au devant de la mort, qu’ils considèrent d’ailleurs comme un gain. Le récit met donc en valeur le courage et la fidélité des jeunes Israélites par amour pour la Loi de Dieu. Ils sont les témoins du Créateur, le Dieu unique. Leur courage est celui de martyrs, témoins fidèles jusqu’à la mort. Ce ne sont pas seulement leurs souffrances qui méritent notre respect, mais aussi leur foi inébranlable.

Dans un monde où les intérêts individuels priment au détriment du bien commun, les jeunes martyrs d’Israël nous rappellent à quel prix nous devons tenir nos convictions personnelles. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour les défendre ? Dans la fidélité à ce Dieu qui nous rend forts, témoignons ensemble de notre attachement à son immuable amour, quelle que soit l’hostilité grandissante à laquelle nous pouvons faire face.

[1] Ps 15, 8-11.

[2] 2 M 6, 31.

Publié le 10 novembre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia