Le regard de Dieu vis-à-vis de l’homme

26ième dimanche ordinaire
Textes : Am 6, 1a.4-7 ; 1 Tm 6, 11-16 ; Lc 16, 19-31

Amos est considéré comme le prophète social par excellence. Il interprète les faits et gestes de ses concitoyens à la lumière des prescriptions d’amour et de justice que Dieu a données à son peuple. Il s’offusque de l’avidité insatiable des riches qui vivent dans un confort insolent sans se tourmenter du désastre d’Israël. Cette attitude de suffisance déplaît à Dieu, qui prend alors partie pour les pauvres et les petits.

Il faut le dire, Dieu n’est pas contre la richesse. Selon la théologie sapientiale, les richesses sont un signe de la bénédiction divine. Celui qui trouve faveur aux yeux du Seigneur jouit des biens matériels et passe des jours heureux au milieu de ses nombreux enfants. Job en est le prototype. Quand justice lui a été faite, il a retrouvé tout ce qu’il avait perdu dans ses tribulations. Dieu a restauré toute sa fortune et l’a béni plus qu’il ne l’était avant.

Mais ce qui contrarie le Seigneur dans l’attitude du faux riche, c’est son indifférence à l’égard des besoins réels de ses frères et sœurs les moins nantis. Voilà ce qui est reproché à l’homme riche de l’Evangile. Il n’a rien fait de répréhensible. Il n’a pas fait éjecter Lazare de ses domaines. Il ne l’a pas maltraité. Il n’a pas non plus proféré des obscénités contre lui. Rien de tout cela. Le seul péché du riche consiste à gracieusement ignorer Lazare et à le laisser croupir dans sa misère. Il a cependant failli aux recommandations qu’a prodiguées Paul à son ami Timothée : « Toi, l’homme de Dieu, cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur. Continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle [1] ».

L’Evangile nous invite à développer en nous le sens de la justice sociale et de la paix, et à entretenir l’amour des plus pauvres. C’est l’invitation au partage, comme le faisait remarquer le général américain Dwight Eisenhower : « Chaque fusil qu’on fabrique, chaque bateau de guerre et chaque fusée qu’on lance est un vol commis à l’encontre de ceux qui ont faim et soif ». Le Pape Jean-Paul II insistait, quant à lui, sur la dimension de la coresponsabilité dans un commentaire qu’il fit de ce passage d’Evangile. Il écrivit à ce sujet : « Nous ne pouvons pas rester les bras croisés, nous réjouissant de nos richesses et de la liberté, alors que les Lazare de ce XXème siècle se tiennent à nos portes. A la lumière de cette parabole, nous affirmons que richesses et liberté sont une lourde responsabilité ; elles nous imposent une obligation morale certaine ».

Une personne dont la méditation de cette parole de Jésus a complètement bouleversé la vie a sans doute été Dr Albert Schweitzer. Cette figure nous est certes familière. Il fut l’homme du siècle en 1950 et Prix Nobel de la Paix deux ans plus tard. Interpellé par cette parole, il décida d’abandonner une brillante carrière universitaire pour se faire médecin en vue de la mission qu’il s’était choisie auprès des plus pauvres de l’Afrique équatoriale, à Lambaréné, au Gabon. Il ne nous est peut-être pas demandé de consentir autant de sacrifice. Tout de même, l’Evangile nous exhorte aujourd’hui à sortir de nos ornières pour nous intéresser aux préoccupations et aux conditions de vie de ceux qui nous entourent. C’est dans l’intérêt que nous manifestons aux besoins de l’autre que nous vivons en conformité avec la volonté de Dieu. En effet, l’amour prévenant à l’égard de Dieu ne saurait se passer de l’attention portée à l’autre dans les réalités concrètes de sa vie. Voilà ce à quoi l’Evangile nous invite aujourd’hui : ouvrir les yeux sur nos frères et sœurs, être sensibles à leurs besoins et prompts à leur venir en aide.

[1] 1 Tm 6, 11-12a.

Publié le 24 septembre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia