Le regard qui fait vivre

31ème dimanche du temps ordinaire
Textes : Sg 11, 23-12, 2 ; 2 Th 1, 11-2, 2 ; Lc 19, 1-10

Les propos du livre de la Sagesse, dans la première lecture d’aujourd’hui, trouvent un écho pratique dans l’épisode de Zachée le publicain. Le Seigneur a pitié de tous les hommes ; il ferme les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent ; il n’a de répulsion envers aucune de ses créatures. Il ne veut ni la condamnation ni la mort du pécheur. Mais au contraire Dieu veut que ce dernier se détourne de ses penchants mauvais et qu’il vive. La sollicitude de Dieu à l’égard de l’homme n’a de limite que sa volonté de reprendre ceux qui tombent et leur offrir une seconde chance.

Selon le standard des Juifs religieux et pieux, tout indique que Zachée était de mauvaise fréquentation par sa profession. Collecteur d’impôts, il était considéré comme un traître par les Juifs orthodoxes puisqu’il travaillait pour l’administration romaine. Il ne jouissait d’aucune reconnaissance auprès des Juifs. En effet il était exclu aussi bien de la société civile que de la société religieuse. Dans le contexte de la religion juive, c’était un homme voué à la mort.

Mais le regard que Jésus portait sur lui était tout autre. C’était un regard empreint de compassion et d’amour ; au fait, c’était un regard qui fait vivre. Jésus ne lui a porté aucun jugement. Il ne l’a pas davantage condamné. Bien au contraire, il l’a aimé, lui a permis de reprendre confiance en lui-même, de se relever et d’oser affronter le regard des autres : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi…. Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu [1] ». Quelle bouffée d’oxygène pour celui qui avait été condamné à l’isolement et à la solitude ! Il peut désormais relever la tête et être fier d’être homme et enfant de Dieu. Le regard de Jésus a donc permis à Zachée de se reconstruire et de revivre. Il est sorti de la déliquescence à laquelle il était réduit : « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si je fais du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus [2] ». L’attention que Jésus a manifestée à son égard l’a non seulement ragaillardi, mais encore réconforté et rassuré. Aussi a-t-il retrouvé la parole et plus encore sa place au sein des fils d’Abraham.

L’évangile de Zachée le publicain suscite en nous une réflexion existentielle sur le regard que nous portons les uns sur les autres. Le regard est bien souvent le miroir de l’attitude que nous voulons afficher. Négativement, il exprime la suffisance, la méfiance et la négligence à l’égard des autres. Positivement, il inspire la confiance, valorise la personne et respecte l’humanité de l’autre. Par la logique de la critique acerbe et de la condamnation facile, les Juifs optent pour la mort. Cette option va à l’encontre du choix de vie que le Christ nous propose : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison… En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu [3] ». Ailleurs, en saint Jean, Jésus se compare au bon berger et annonce qu’il est venu « pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance [4] ».

Voilà ce à quoi l’évangile nous engage aujourd’hui : devenir gardiens de nos frères et sœurs par le souci que nous portons pour leur bonheur et par l’apport positif de nos suggestions. Cette attention transcende les exclusions que nous pouvons établir de manière arbitraire sur les critères de possession, de religion, de sexe, de langue et de couleur. La proposition du salut s’adresse à tous et pour chacun il y a un chemin. L’essentiel demeure la réponse de l’homme à l’initiative d’amour prise par Jésus. Comme Zachée, avec enthousiasme, entendons la voix du Christ qui nous interpelle et nous exhorte à faire sauter les certitudes dans lesquelles nous nous sommes emmurés.

[1] Lc 19, 5b.9-10.

[2] (Lc 19, 8b.

[3] Lc 19, 9-10

[4] Jn 10, 10b.

Publié le 2 novembre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia