Le salut de Dieu

23ième dimanche ordinaire
Textes : Is 35, 4-7a ;
Jc 2, 1-5 ;
Mc 7, 31-37.

Le récit de la guérison du sourd-muet dans l’évangile de Marc se perçoit comme l’authentique réalisation de la prophétie d’Isaïe : « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie [1]. » Cette tendance est reprise ailleurs dans le psaume où « le Seigneur délie les enchaînés, ouvre les yeux des aveugles et redresse les accablés [2] ». Ces mots accompagnent le retour des exilés sur la terre promise. C’est la description de la manifestation messianique du règne de Dieu qui prend possession de son domaine. Il fait participer les siens au bonheur conçu de toute éternité pour ceux qui se laissent conduire par lui.

D’après cette description, le salut de Dieu ne relève pas d’un idéal vers lequel il faut tendre. C’est l’expérience de Dieu dans le concret et l’aujourd’hui de la vie de l’homme. Le salut est donc l’intervention de Dieu en faveur de l’homme qui est sauvé du danger qu’il encoure. Ce péril peut prendre plusieurs formes et la nécessité du salut dépend alors de sa nature. Dans les textes de ce 23ième dimanche ordinaire, le salut est assimilé à la guérison. Jésus rend la faculté d’écoute et l’usage de la langue à un sourd-muet.

Il ne s’agit certes pas uniquement d’un handicap qui réduit l’horizon de la personne et l’enferme sur elle-même. Les difficultés de communication sont réelles et les incompréhensions fréquentes. Dans le contexte biblique, l’infirmité est un empêchement réel à s’approcher du Seigneur. Selon 2 S 5, 8, l’accès au temple est interdit aux aveugles. Les prescriptions légalistes dans le livre du Lévitique sont formelles à ce sujet. Les lévites, c’est-à-dire les prêtres atteints d’une quelconque infirmité, n’étaient plus autorisés à offrir des sacrifices au Seigneur. Ils ne pouvaient même pas s’approcher de l’autel [3].

Il apparaît de toute évidence que le geste de Jésus ne vise pas uniquement à rétablir la santé physique du sourd-muet. Au-delà de cette dimension non négligeable, Jésus redonne à cet homme toute sa dignité d’enfant de Dieu et lui permet de reprendre sa place au sein de la communauté des fils d’Israël. Jésus lui ouvre, en effet, les portes de la vie. Libéré de son isolement, l’infirme peut désormais magnifier la grandeur de Dieu. C’est d’ailleurs ce que fait la foule lorsqu’elle admire les bienfaits de Jésus : « tout ce qu’il fait est admirable : il fait entendre les sourds et parler les muets [4]. »

La sollicitude de Dieu pour les petits et les faibles l’amène à se pencher avec compassion et amour sur les blessés de la vie, les opprimés, les affamés, les enchaînés, les aveugles, les étrangers, les veuves et les orphelins. Ceux-ci constituaient le maillon faible de la société dont il fallait s’occuper. Effata, mot par lequel Jésus ouvre ce sourd-muet à la vie, nous engage dans notre vocation baptismale à être des forces de libération, des bouées d’oxygène lorsque tout se ferme et des sources d’espérance pour des personnes qui désespèrent d’elles-mêmes et de la vie. Telle est la mission à laquelle nous sommes aujourd’hui conviés : être des sources d’espérances les uns pour les autres.

[1] Is 35,5-6a.

[2] Ps 145, 8.

[3] Lv 21, 17-21.

[4] Mc 7, 37.

Publié le 8 septembre 2009 par Nestor Nongo Aziagbia