Le triomphe de la foi

1er dimanche de carême
Textes : Dt 26, 4-10 ; Rm 10, 8-13 ; Lc 4, 1-13

Les différents textes de ce premier dimanche de carême reviennent sur la profession de foi du peuple d’Israël et de la première communauté chrétienne. L’auteur du livre du Deutéronome évoque l’histoire du salut en rappelant les bienfaits du Seigneur en faveur de son peuple et de leurs ancêtres : « Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions pauvres, malheureux, opprimés. Le Seigneur nous a fait sortir d’Egypte par la force de sa main et la vigueur de son bras, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges [1] ». L’initiative du salut revient ainsi à Dieu. Toutefois, pour que ce salut devienne effectif, il faut que l’homme y adhère de plein pied : « Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Celui qui croit du fond de son cœur devient juste. Celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut [2] ».

Quant à Jésus, il manifeste en acte les principes édictés ci-dessus en se fixant à la volonté de son Père. Le Tentateur aura beau essayer par des séductions alléchantes et mielleuses : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain [3] », « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux [4] », « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas [5] ». Mais Jésus reste de marbre. Il ne se laisse pas perturber et sa détermination en est plutôt renforcée. A chaque tentation, il oppose un non catégorique éclairé par la Parole de Dieu d’où il puise sa sagesse.

L’Evangile nous rappelle qu’il n’est pas tout d’invoquer le nom du Seigneur pour être sauvé. Il faut surtout faire sa volonté dans les différentes circonstances de notre vie. Nous mesurons alors la profondeur de notre adhésion par l’engagement de toute notre vie qui ne se caractérise pas uniquement par la pratique hebdomadaire de la messe, mais surtout par le témoignage de notre vie et notre manière de laisser l’Evangile devenir lumière dans notre comportement. Dans sa détermination, la fidélité de Jésus à son Père a été respectivement mise en épreuve dans la triple tentation du pouvoir, de la richesse et de la gloire. « Mais Jésus oppose la parole de la loi qui est présence de l’Autre [6] à l’imaginaire d’un désir qui ruine toute alliance [7] ». Contre l’affirmation de son égo et la confiance en soi, Jésus trouve en l’obéissance à Dieu la vraie voie du salut. L’homme est ainsi appelé à dépasser sa suffisance personnelle, à se tourner vers le Seigneur et à se laisser porter par son amour.

C’est l’expérience à laquelle la liturgie nous invite en ce début de carême, c’est-à-dire faire l’indispensable choix de la vie avec le Christ à l’écoute de la Parole de Dieu. Comment dans un esprit d’abnégation, chacun peut-il porter cet idéal et y donner corps au point que cela porte du fruit ? Répondre à cette question, c’est définir la manière pratique de vivre notre carême au jour le jour. Ces quarante jours de montée vers l’événement pascal sont un temps de préparation joyeuse à la célébration de la résurrection du Christ. Comme le rappelle Jésus dans ses recommandations, l’essentiel n’est pas tant de porter de masque, mais d’être véridique avec soi-même. Que nos résolutions de carême nous mènent à nous complaire dans la volonté de Dieu.

[1] Dt 26, 7-8

[2] Rm 10, 9-10

[3] Lc 4, 2b.

[4] Lc 4, 6

[5] Lc 4, 9b.

[6] Cf. Dt 8, 3 ; 6, 16 ; 13.

[7] Placide Deseille, « Tentation », dans Jean-Yves Lacoste, Dictionnaire critique de théologie, Paris, PUF/Quadrige, 2002, p. 1136

Publié le 22 février 2010 par Nestor Nongo Aziagbia