Les entités du « Vieux Monde » devenues des sas de maturation

Lettre à Jean-Pierre Frey

Promouvoir l’interculturalité
Nous connaissons la hantise de Brésillac à vouloir « sortir de l’ornière ».
J’espère tout de ce mouvement qui nous fera nécessairement sortir de l’ornière [1].
Nous connaissons son utopie, qu’il partageait avec Onésime Luquet, son double.
Si c’est possible, on le fera, si c’est impossible on le tentera. Patience, patience ! Avec cela on est fort, on sait attendre [2].
Notre fondateur a mis tout son cœur, son talent pour ouvrir un autre chemin d’évangélisation. Il a osé... Gabriel Ringlet, l’auteur de Ceci est ton corps, a trouvé une formule heureuse, une invitation à ouvrir des horizons : Oser ouvrir quand tout se ferme.

Un défi pour la SMA
A un moment donné, nous avons osé. Poussés par les événements, nous nous sommes donné un nouveau sursis en ouvrant la Société à l’autre, aux Africains, aux Indiens... une initiative heureuse ! Depuis, la globalisation nous a rejoints. Dans l’ère de la planétarisation, les frontières géographiques sont devenues virtuelles, de nouveaux espaces ont vu le jour, espace Schengen... Les replis identitaires deviennent anachroniques, la restructuration géographique de nos entités est un bien pour un mal.
La mission relève de l’envoi « au pays de l’Autre ». Ce « pays de l’Autre » est ici et ailleurs. Nous avons soutenu le dialogue des cultures. Et nous pourrions faire un pas en plus. Nous pourrions passer au stade de l’interculturalité au point d’en faire notre carte de visite. Nous avons souvent mis en avant l’esprit de famille qui caractérise la SMA. Au nom de cet esprit de famille, nous pourrions donner à nos entités un visage pluriel. Nous témoignerons hic et nunc que le vivre ensemble est possible. Peut-être ferons-nous reculer la résurgence des nationalismes et des sentiments communautaristes. L’universalité de l’Eglise sera dans nos espaces.

Les entités, espaces et signes de l’interculturalité
Faire de nos entités des espaces « ouverts » en passant de l’enclos au réseau. Nous avons bien vécu, repliés sur nous-mêmes, sur notre propre culture. L’accueil d’une autre culture serait un levain et un challenge. Le résultat : nous serons amenés à relativiser notre approche et notre façon de penser et d’agir. Au milieu des diocèses et des personnes, nous serons signes d’un monde en devenir (monde métissé ou hybride, culture métissée et hybride).
Chaque entité doit devenir un sas de l’interculturalité. Nous permettrons aux membres de sortir de leur univers formaté et de connaître une autre réalité, dans le but de mettre de la souplesse dans nos esprits. Nous aiderons nos Eglises à être missionnaires quand elles côtoient une autre culture. Un enrichissement réciproque.

Les entités du « Vieux Monde », des sas de maturation
Le « Vieux Monde » a terminé ses révolutions et offre des espaces de paix, de remise en forme. Les jeunes entités peuvent trouver des sas de régénération, à travers des études, à travers l’engagement pastoral, à travers le service aux personnes. Pourquoi ne pas ouvrir nos entités à l’accueil de membres « loués » pour du moyen terme ou du long terme, ou du définitif ? Nos entités bénéficieraient d’un regain de vitalité et permettraient à la SMA de rayonner. L’appel aux laïcs pourrait compléter la ré-animation de nos Provinces. Celles-ci assureraient un contrepoids indispensable à l’harmonie interne de la SMA. L’équilibre se trouve dans le trépied ou la triangulation. Trois forces : celle du Généralat, celle de l’Afrique, celle du non-Afrique/non Généralat.

L’interculturalité est une façon de vivre l’exode, de vivre la sortie de nos égoïsmes et de nos myopies.

[1] Lettre de Brésillac à Joseph Pacreau, en date du 9 mai 1844 de Pondichéry.

[2] Lettre à Luquet, en date du 21 décembre 1845.

Publié le 11 août 2009 par Marcel Schneider