Les funérailles du Père Charles Cuenin

Le 7 mars 2009 étaient célébrées à Saoudé les funérailles du P. Charles Cuenin. A cette occasion, le P. Bernard Bardouillet a fait une belle homélie. A la sortie de la messe, plusieurs orchestres traditionnels exécutèrent la danse « Sô », qui est réservée aux personnes ayant atteint un âge respectable.

C’est chez vous, ici, à Saoudé, que le P. Charles Cuenin a commencé en 1962 ses 40 années de vie missionnaire au Togo, avec le P. Reiff. Dans votre tradition africaine, vous savez garder vivant le souvenir des anciens, de ceux qui vous ont transmis la vie et qui ont façonné votre peuple. Nous voulons donc nous souvenir de ceux qui vous ont tracé le chemin vers Dieu. Après avoir passé quelques années à Saoudé, le P. Charles a répondu à l’appel du Seigneur dans d’autres postes : à Adjengré, à Sokodé, puis à Yao-Kope. C’était un homme heureux, et il voulait que tout le monde le soit. A Sokodé, il visitait les prisons et il fut bouleversé par les misères rencontrées. Pour ceux qui sortaient de prison, il voulut ouvrir un centre : c’est le Village « Renaissance » à Yao-Kope, où nous continuons d’accueillir ceux qui veulent prendre leur vie en main et mettre en valeur leurs talents. Si vous vous arrêtez à Yao-Kope, regardez ce que Charles a inscrit sur les bâtiments : des mots comme Heureux, Paix, Joie, Amour, Bienveillance, Confiance, Debout, Marche, Résurrection… A travers ces mots, il a laissé parler son cœur, un peu comme un programme de vie auprès de ses frères sortant de prison.

JPEG - 275.7 ko
Photo B. Bardouillet

C’est depuis la paroisse N.-D. de la Visitation, à Kulundé, que Charles a ouvert le Village « Renaissance ». Il s’est investi à fond dans cet apostolat. Dans les prisons, il avait découvert que les détenus perdent souvent leur identité, qu’on se méfie d’eux et qu’ils sont rejetés parfois par leur famille et la société. Charles a voulu ainsi aider ses frères à se remettre « debout », à retrouver confiance en eux et dans les autres pour devenir des citoyens comme les autres, bien dans leur peau et utiles à la nation. « Rendre heureux l’autre », quel magnifique programme ! C’est le cœur même de tout le message de Jésus. Quand on rend quelqu’un heureux, on est soi-même heureux ; bien plus, on entre déjà un peu dans la joie de Dieu, qui veut tous ses enfants heureux. M. Zundel, que Charles lisait volontiers, a une définition de Dieu assez originale : « Dieu, dit-il, c’est quand tu es bon, quand tu es vrai, quand tu aimes… En dehors de cela, ce ne sont que des formules. »

JPEG - 265.2 ko
Photo B. Bardouillet

Le P. Charles a essayé de vivre cela. S’il pouvait nous parler, il nous inviterait encore à vivre dans la joie, dans la bonté et à être toujours attentifs à ceux qui souffrent. Je vous donne à présent une parole extraite du testament qu’il nous a laissé : « Quelle joie d’être ainsi sûr de vivre éternellement avec et dans l’amour. » Un dernier mot. Ses courriers se terminaient invariablement par deux mots : Paix et Joie. Je crois que nous pouvons affirmer que le Dieu-Amour qu’il a servi au Togo durant 40 années l’a déjà accueilli dans sa Paix et dans sa Joie.

Terre d’Afrique Messager septembre 2009

Publié le 12 octobre 2009 par Bernard Bardouillet