Les marcheurs de l’espérance

L’histoire n’est certes pas passée inaperçue [1]. En ce matin du 9 août 2010, Ed. Stafford pouvait être fier de lui. Cet ex-capitaine de l’armée britannique, originaire de Leicester et âgé de 34 ans, venait en effet de réussir un pari fou qui l’a mené des sources du fleuve Amazone au Pérou jusqu’à l’Océan atlantique au Brésil. Il lui a fallu 859 jours et 4000 miles [2] de marche pour réaliser cet exploit qui restera dans les annales de l’exploration. Avec une grande abnégation, il s’est mis en route pour éveiller les consciences humaines aux effets du changement climatique et pour récolter des fonds au profit de la recherche médicale et des associations de conservation de la nature.

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Photo Nestor Nongo Aziagbia

Il convient de signaler que l’initiative de cette grande expédition a été décidée d’un commun accord avec Luke Collyer. Les deux amis ont mis le plus grand soin dans la préparation de ce projet qui leur tenait vraiment à cœur. Les dangers et les risques n’ont pas entamé leur détermination. Ils réussirent bien au contraire à surmonter les difficiles conditions, inhérentes à une telle expédition, à savoir un brusque changement de température, des sommets abrupts à escalader et de puissantes rivières à traverser. Toutefois, ils ont failli aux nombreuses tensions de nerfs auxquelles ils étaient soumis. Au bout de 90 jours, les deux amis ont mis fin à leur collaboration. Ils se sont séparés sans amertume, Luke Collyer préférant donner à Ed. Stafford la chance de terminer en apothéose l’expédition qu’ils avaient initiée ensemble. C’est justement ce que fit Stafford en compagnie du péruvien, Gadiel « Cho » Sanchez.

De l’expérience de Stafford et de son ami Collyer, nous retiendrons :
la formulation et la mise en œuvre d’un projet ;
la nécessité d’une minutieuse préparation ;
l’importance d’un compagnon de route en dépit de l’indispensable infrastructure dont dépendent les explorateurs.
Ces recommandations relèvent du bon sens, dirait-on ! Ces précautions sont d’ailleurs de mise dans les excursions à haut risque, surtout dans les escalades où la vie de l’un dépend de l’autre. La cordée se tient comme un seul homme et se soutient mutuellement.

Le parallélisme se conçoit sans difficulté dans le domaine spirituel et religieux. Cette solidarité se manifeste effectivement dans l’attitude que Jésus recommande à ses disciples lorsqu’il les envoie deux par deux en mission et leur demande de ne rien emmener sauf un bâton et des sandales [3]. La recommandation s’exprime avec une grande radicalité dans les évangiles de Matthieu et de Luc. Il y est en effet interdit aux disciples de prendre quoi que ce soit pour la route [4]. Ils dépendent ainsi de la sollicitude divine et de l’hospitalité des personnes qui les accueillent lors de leur séjour. Cette expérience est vécue chaque année par de nombreux pèlerins qui avalent des centaines de kilomètres en direction de Compostelle. Pour ne pas entraver la marche et avancer d’un pas alerte, il convient de ne se munir que de l’essentiel. Le discernement s’impose quant au choix de ce qu’il faut prendre au moment de faire son sac.

A l’instar d’Ed. Stafford et de ses amis, ou comme les disciples du Christ, chacun de nous est invité aujourd’hui à endosser son sac de voyage et à se mettre en route. Vers où et à qui aller ? La question ne se pose pas vraiment en ce temps d’été. Il suffit d’être attentif aux prévisions de « bison futé » pour se rendre compte de l’ampleur de l’événement. Au pic de la saison, les déplacements sont décuplés au point que des bouchons se forment à tous les niveaux. On en compte des centaines sur les routes alors que les gares ferroviaires et les aéroports sont bondés. Chacun prend son mal en patience jusqu’à ce que le départ soit effectif. Les destinations dépendent des personnes. Certains vont loin ; l’exploration et l’aventure les mènent jusqu’au bout du monde. Ils traversent des monts, des collines, des vallées et même des mers. D’autres restent près de chez eux. Quel que soit l’endroit où l’on se rend, le dépaysement est toujours garanti si l’on accepte de sortir de ses routines et de se laisser interpeller par les coutumes et les traditions locales.

Au-delà de l’effort physique et des contraintes, partir est en soi formateur. Chacun est renvoyé à soi, à sa propre vie, à ses démons, mais aussi à ses joies et aux souvenirs qui le font vivre. On apprend à positiver la vie, à se remettre en cause, à compter sur les autres. C’est la naissance d’une nouvelle fraternité où l’on se sent solidaire les uns des autres, se soutenant et s’encourageant mutuellement, se répartissant les fardeaux, partageant les moments de bonheur mais aussi de peine, avançant ensemble dans l’inconnu de la vie.

Prendre le large comme le Seigneur nous y invite, devenir les marcheurs de Dieu et les porteurs de l’espérance aux hommes, telle est la vocation à laquelle les croyants sont appelés. Nous ne sommes pas seuls. Le Seigneur nous précède sur ce chemin où l’amour divin prend un visage humain comme le chantait déjà Dominique Fauchard : « Ecoute, écoute, surtout ne fais pas de bruit. On marche sur la route, on marche dans la nuit. Ecoute, écoute, les pas du Seigneur vers toi. Il marche sur ta route. Il marche près de toi ». Telles sont les convictions qui nous mettent encore aujourd’hui en route et nous rendent artisans d’une nouvelle Communauté humaine où la fraternité rassemble des hommes et des femmes de toute origine et les font avancer la main dans la main en quête d’un bonheur qui se donne en JESUS CHRIST.

[1] Voir le site walkingtheamazon sur Internet.

[2] Cette unité de mesure internationale pour les distances en navigation aérienne ou marine vaut par convention 1852m ou 1853,18m dans les pays du Commonwealth. Aussi notre explorateur a-t-il parcouru entre 7408 à 7412,72kms.

[3] Mc 6, 7-9.

[4] Mt 10, 1.9-10 ; Lc 9, 1-3.

Publié le 14 septembre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia