Les mémoires du Père Charles Roesch (5e partie)

Le Collège Saint-Joseph de Lomé. Octobre 1958.

Le Père Kapuscik et le Père Eschenbrenner nous arrivent du collège de Haguenau au mois d’octobre 1958, ainsi que M. Henrion, neveu de Mgr Henrion, évêque de Dapaon, M. Hey et M. Christ, anciens élève du collège sma de Haguenau. Quant à moi, je dois assurer les cours de physique en 2nde C et M et les deux classes de mathématiques en 4e. Je conserve les sciences naturelles dans les deux 3e. Le Père Peter, qui nous est revenu au courant du premier trimestre de l’année précédente, assure l’enseignement de la chimie dans les classes de 2nde à la place du Père Goetz qui a dû rentrer en Alsace pour raison de santé ; il prendra en charge également l’histoire et la géographie en 3e, 2nde et 1e, et sera aussi Vice-Directeur.

J’ai entièrement passé les trois mois de grandes vacances 1958 à la mission d’Atakpamé, chez le Père Georges Erhard. Son vicaire, le Père Kpatoté, était parti à Rome pour aider Le Père Atakpa qui préparait une thèse de doctorat sur le mariage coutumier au Togo. J’étais logé dans sa chambre. Quand le Père Erhard partait en brousse, j’assurais la permanence à Atakpamé et faisais les offices à la paroisse Sainte-Famille.

J’ai trouvé à la mission les jeunes Afan qui avaient quitté leur village d’Outinvou. Leur père, chef du village, avait été molesté et sa maison saccagée à la suite des élections et du changement de régime [1]. Mathieu Afan, futur vicaire général du diocèse d’Atakpamé, était au petit séminaire Saint-Pierre Claver en classe de 5e. Emmanuel Afan s’est occupé de la peinture de certaines classes de l’école primaire de la mission ; je l’ai baptisé du baptême des adultes le 15 août cette année-là, en même temps qu’il faisait sa première communion [2].

Et puis il y eut Jean-Baptiste Afan. Elève du C. M. 1, il fut mon professeur d’ewé : nous faisions un peu de conversation, mais il m’a aussi enseigné dans cette langue le catéchisme et l’histoire sainte de Schuster. Ce garçon était très doué, il connaissait le catéchisme mieux que moi, possédait les connaissances et les prières requises pour le baptême et la première communion : je l’ai donc proposé à l’examen du Père Erhard et il fut accepté à la dernière « première communion » de l’année pastorale, fin août, à Glei. Après avoir fait le petit séminaire à Lomé, il fit des études universitaires et devint professeur de lettres à l’université du Bénin.

Cette année-là, le petit séminaire Saint-Pierre Claver de Tokoin ouvrait la classe de 3e. Dans le train qui me ramenait à Lomé après les grandes vacances, Mgr Strebler me demanda d’y prendre en charge les mathématiques dans cette classe : il n’avait trouvé personne. J’assurerai cet enseignement pendant les deux années scolaires 1958 à 1960. Là, j’ai eu comme élèves plusieurs futurs prêtres : Seshie, qui deviendra évêque, Bédiaku, Afan Mathieu, Niendah, Pérezi, et bien d’autres encore.

Au petit séminaire, à ce moment-là, le Père Joseph Fischer était Supérieur. Le Père François Kapuscik, venu comme moi du Collège Saint-Joseph, fut d’abord professeur de grec (1958-1959), puis directeur des études (1959-1960). Comme professeur, il y avait le Père de Kok, l’abbé Missodey et le Père Paul Rostoucher. Paul sera à la fois économe du séminaire et aumônier de l’hôpital, chargé de plus de terminer les constructions du petit séminaire et de la pouponnière Sainte-Claire de Lomé-Tokoin (1956-1961) [3].

Lors de notre rencontre dans le train, j’avais dit à Mgr Strebler que j’apprenais l’ewé. Il me répondit qu’il me convoquerait prochainement pour l’examen de langue à l’archevêché, avec un Père franciscain de Hannoukopé, le Père Motte. Le jour dit, les examinateurs étaient les Pères Riegert, Wieder et Nyaku. Je fus reçu et je reçus la fonction de confesser en ewé, avec mission d’aider les Pères d’Amutivé dans les confessions du samedi afin de me perfectionner en langue. Je devins vicaire de dimanche de la paroisse St-Augustin d’Amutivé, principalement dans ses stations secondaires. J’y accompagnais Antoine Ocloo, le catéchiste ambulant qui organisait les messes ce jour-là.

Ainsi, jusqu’à la fin de mon séjour au Collège Saint-Joseph, en 1971, j’assumai une double fonction, professeur au Collège et vicaire de dimanche, quand je n’étais pas de service à la chapelle du collège, une ou deux fois au maximum par trimestre.

Ralliement mai – juin, n°3-2010

[1] Il y eut à cette époque des vengeances et des règlements de comptes en bien des endroits qui avaient soutenu un autre parti politique le CUT vainqueur.

[2] En 1970, j’ai célébré son mariage à Amutivé avec Elisabeth, fille du catéchiste de Kovié et sœur des prêtres Emile et Emmanuel Amouzou Daye. Il est devenu adjudant-chef, et même député. C’était mon grand ami au camp militaire de Lomé, et il n’a pas oublié de m’inviter à ces noces d’argent en 1995.

[3] Cette pouponnière a fêté son jubilé d’or du samedi 30 mai 2009 au dimanche 14 février 2010. Jusqu’à ce jour, elle a accueilli 1437 enfants !

Publié le 17 juin 2010 par Charles Roesch