Les trésors de la sagesse

28ième dimanche
Textes : Sg 7, 7-11 ; Hb 4, 12-13 ; Mc 10, 17-30

L’épisode de la rencontre de Jésus avec un homme qui était accouru vers lui semble être aux antipodes de la sagesse qui transparaît des deux premières lectures. Même si Jésus admire ses dispositions à observer rigoureusement les commandements, il reste cependant à cet homme à faire le pas décisif. Au-delà du respect de la lettre de la loi, Jésus l’invite à aller à l’essentiel, c’est-à-dire à la charité qui incarne l’esprit même des commandements : « Une chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi [1] ». Mais l’homme quitte Jésus tout triste car il avait de grands biens.

Le contraste est saisissant entre l’attachement de cet homme à ces biens et les trésors de la sagesse que la première lecture nous propose. Face à la Sagesse qui vient de Dieu et qui donne l’intelligence, la richesse, les pierres précieuses, l’or et l’argent n’ont qu’une valeur relative. En effet la Sagesse est la source de tous les biens qui proviennent de Dieu. C’est ce qui transparaît dans la leçon de vie, histoire certes imagée, mais qui nous éveille à une meilleure manière de représenter notre existence. Il s’agit d’une femme qui voit devant le parterre de sa maison trois hommes qui avaient l’air d’avoir faim. Elle eut pitié d’eux et les invita à prendre place autour de sa table. Les trois compères refusent l’invitation tant que le mari de cette femme n’est pas à la maison. Dès le retour de ce dernier du travail, son épouse lui expose brièvement le problème et le couple convient de faire entrer les trois hommes dans la maison. A la grande surprise de la femme, ces trois hommes qui s’appellent respectivement Richesse, Succès et Amour, refusent de rentrer tous en même temps dans la maison. Après consultation, le couple suit la suggestion de leur fille et invite Amour dont Richesse et Succès emboîtent immédiatement le pas. En effet partout où il y a l’amour, il y a aussi richesse et succès. Il en est de même de la Sagesse de Dieu. Cette conviction est soulignée à dessein dans le livre de la Sagesse, qui proclame avec force la provenance divine des biens dont jouit l’homme : « Tous les biens, évoque le sage, me sont venus avec la sagesse, et par ses mains une richesse incalculable [2] ». Cette grande Sagesse ne peut être acquise que dans l’écoute de la Parole de Dieu, comme nous le rappelle l’auteur de la lettre aux Hébreux.

Pour suivre cette leçon de vie, il nous faudrait opérer un changement d’attitude, une conversion intérieure qui nous ferait porter un regard neuf sur les réalités qui nous entourent. Se pose alors la nécessité d’un passage des pratiques qui caractérisent notre vie au quotidien aux réalités qui donnent un sens à notre existence et nous font grandir. Ces passerelles sont nombreuses. Je n’en citerai que quelques unes : passage de la suffisance à l’humilité, passage de l’égoïsme au partage et à la solidarité, passage de l’indifférence à l’accueil de l’autre et à la proximité. Ces attitudes et ces conversions successives manifestent réellement la sagesse évangélique qui est la condition sine qua non pour se rapprocher de façon radicale de Dieu et pour vivre en son intimité. Le grand passage est finalement celui de ne pas se contenter de la pratique vertueuse selon la sagesse humaine, mais d’accéder à la sagesse évangélique qui enracine l’homme dans la vertu chrétienne. Dans l’écoute de la Parole et dans la proximité à ce Dieu qui nous aime d’une sollicitude paternelle, l’homme, vivant de la sagesse de Dieu, peut pleinement se réaliser en tant que son enfant bien-aimé. Voilà la Sagesse que je nous souhaite aujourd’hui.

[1] Mc 10, 21.

[2] Sg 7, 11.

Publié le 12 octobre 2009 par Nestor Nongo Aziagbia