Les vrais secrets du bonheur

18ième dimanche ordinaire
Textes : Qo 1, 2 ; 2, 21-23 ; Col. 3, 1-5.9-11 ; Lc 12, 13-21

Nous pouvons résumer l’essentiel du message de Paul aux Colossiens par la célèbre expression de saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi [1] ». Cette tension vers le Seigneur et cette volonté de vivre avec Dieu s’expriment par la recherche des « réalités d’en haut [2] ». L’homme est-il pour autant orienté vers le ciel en faisant abstraction des réalités concrètes de son existence ici-bas ? Si tel était le cas, on parlerait de fuite.

Face aux nombreuses contraintes auxquelles l’homme est soumis, l’auteur du livre de l’Ecclésiaste trouve que tout est vanité, c’est-à-dire illusion. Les temps ont certes changé, mais moins la réalité. Aussi pourrait-on lui donner raison en dépit de son nihilisme. Tout semble confirmer la justesse de ses analyses. La crise affecte presque tous les domaines. Aucun n’est épargné. Tout s’écroule de manière déconcertante comme un château de sable. Les causes de déception et de désenchantement sont nombreuses. Chacun pourra faire siennes ces analyses à la lumière de sa situation personnelle. Les causes de déprime ne manquent pas : l’augmentation de taux de chômage avec la précarité qui s’en suit et les divorces qui se libéralisent. Les relations se font et se défont, brisant souvent des rêves et laissant des hommes, des femmes et des enfants dans une fragilité sans précédent. On finit par résignation à se demander : à quoi bon se donner autant de peine ? On rejoint alors le constat désabusé de l’Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité [3] ! »

La cause est-elle définitivement perdue ? Faut-il nécessairement baisser les bras ? La sagesse humaine semble ne pas fournir toutes les réponses adéquates aux attentes de l’homme. Certes, les contraintes pèsent sur lui. Elles ne déterminent pas toujours favorablement sa vie. Néanmoins, Dieu n’abandonne pas ses amis à leurs misères. Il s’engage résolument à leurs côtés. Il les accompagne dans les moments troubles de leur vie et les aide à passer le cap difficile. Quelle que soit l’instabilité inhérente à la vie humaine, seul Dieu peut satisfaire la quête du bonheur de l’homme : « Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants [4] ». Aussi, réussir notre vie, c’est l’orienter vers Dieu, ne chercher que ce qui nous conduit à lui et qui nous fait grandir en son amour. Vivre pour Dieu en aimant nos frères, vivre pour nos frères en aimant Dieu : tel est l’itinéraire du vrai bonheur. C’est cela l’anticipation du bonheur que le Seigneur a promis à ceux qui le cherchent et qui marchent dans ses pas. L’homme ne pourra réussir sa vie qu’avec la grâce de Dieu. En effet, c’est le Christ qui nous rend heureux.

Cette vérité ne semble plus être une évidence tant l’homme se laisse accaparer par l’envie de posséder. Il finit par devenir prisonnier de ses possessions.Car ce qui compte désormais pour lui, c’est de jouir de l’existence, de profiter de la vie comme le disent beaucoup de personnes aujourd’hui. Or tout ce que nous faisons doit concourir à notre chemin vers le Ciel et nous ouvrir à l’amour véritable de nos frères et sœurs. C’est en ce sens que la mise en garde de Jésus à l’homme qui lui demandait d’arbitrer le partage de l’héritage entre lui et son frère nous concerne également. L’histoire de ce riche insensé nous interpelle dans les priorités que nous fixons chacun pour soi. L’essentiel n’est pas dans l’acquisition de richesses, ni dans l’accumulation de biens matériels. Comme le rappelle plutôt Jésus à son interlocuteur, soyons riches en vue de Dieu.

[1] Saint Augustin, Confessions 1, 1.

[2] Col. 3, 1.

[3] Eccl. 1, 2.

[4] Ps 89, 14

Publié le 5 août 2010 par Nestor Nongo Aziagbia