Marchons dans la lumière du Messie

Dimanche de l’Epiphanie (c)
Textes : Is 60, 1-6 ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12

La solennité de l’Epiphanie nous présente la figure des mages. Qui sont-ils ? Plusieurs légendes courent à leur sujet. Sous l’influence du Ps 72, 10 et des citations du livre d’Isaïe, notamment Is 49, 7 et 60, 10, la tradition chrétienne en a très tôt fait des rois. Toutefois dans la culture proche-orientale, ils constituaient une caste de sages, associés à l’interprétation des rêves. Ils passaient pour des savants en astrologie. C’est pourquoi ils se sont rendu compte, grâce à l’observation des astres, de l’événement qui allait bouleverser le monde. Ils ne se sont pas trompés. L’étoile qu’ils ont suivie, les a conduits jusqu’au « roi des Juifs qui vient de naître [1] ». Quels que soient les risques encourus, au-delà des ténèbres et de l’égarement, l’aventure les a menés à la rencontre du Sauveur, Dieu fait homme.

Voilà tout le mystère de l’Epiphanie : Dieu se fait proche de nous et il se révèle à tout homme. En lui les barrières sont désormais détruites comme le proclame saint Paul : « Il n’y a plus ni juif ni païen, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus [2] ». En effet ceux qui étaient jadis privés de la grâce de Dieu, peuvent maintenant en jouir. C’est d’ailleurs l’annonce que saint Paul a faite aux Ephésiens en leur faisant connaître le mystère du salut : « Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile [3] ». On comprend alors pourquoi « les nations marcheront vers la lumière de Jérusalem, et les rois, vers sa clarté » (Is 60, 3). Dieu s’est manifesté à tout homme ; il est d’ailleurs venu sanctifier notre expérience humaine. Dans l’événement de l’Epiphanie, nous célébrons la réalisation des prophéties de Dieu en faveur de l’homme. C’est la manifestation de la fraternité humaine qui triomphe des ténèbres qui couvrent les peuples et les maintiennent dans l’ignorance, dans le rejet et dans la haine de l’autre. C’est pourquoi Jérusalem est exhortée à laisser éclater sa joie : « Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras [4] ». A l’Epiphanie, le rassemblement des enfants de Dieu devient une réalité. Quelle que soit la couleur de leur peau, quelles que soient leurs intimes convictions, les hommes sont invités à communier à ce qui fait leur unité en Jésus Christ.

La célébration de l’Epiphanie nous place d’emblée dans cette dynamique de recherche et de prise de risques. Elle nous encourage à nous mettre en route et à partir en aventure. Quels que soient les aléas du voyage, la durée du trajet et les imprévus de la route, l’Epiphanie nous rappelle que l’essentiel consiste à toujours maintenir notre regard fixé sur l’étoile. Cependant nombreuses sont les zones d’ombre qui font éclipser l’étoile et nous obligent à naviguer à vue : échecs professionnels, blessures sentimentales, décès d’un être cher, souffrances psychologiques et incapacité physique due aux maladies. En ces moments-là, on a parfois l’impression d’être laissé à soi et abandonné de tous. Aussi doute-t-on de soi et même de la bonté de Dieu à l’égard de l’homme. Les difficultés sont certes réelles. Elles peuvent obscurcir un certain temps la lumière dans notre cœur. Mais elles ne peuvent en aucun cas l’éteindre. Célébrer dans ce contexte la solennité de l’Epiphanie, c’est manifester notre confiance en ce Dieu qui nous attire à lui, nous révèle sa bonté, guide nos pas en dépit des incertitudes et fait de nous le peuple de ceux qui sont rassemblés en son amour. Que l’étoile du Sauveur brille dans nos vies et nous mène vers la joie éternelle du Père.

[1] Mt 2, 2

[2] Ga 3, 28

[3] Ep 3, 6

[4] Is 60, 4

Publié le 4 janvier 2010 par Nestor Nongo Aziagbia