Michel Wack (1912-2008)

Né le 17 septembre 1912 à Stutzheim, le P. Michel Wack est devenu membre des Missions Africaines en 1936 et a été ordonné prêtre en 1937. Il fut professeur au collège St Arbogast de Haguenau et a travaillé dans plusieurs paroisses (Niederschaeffolsheim, Rosteig et Gertwiller). Il fut aussi l’un des fondateurs du District SMA du Canada, d’abord économe à Shawinigan (1953-58), puis Supérieur à Montréal (1958-68).

Ce fut mon professeur de grec en quatrième et déjà à l’époque il semblait prendre feu et éclater comme un pétard… Mais il retrouvait son calme et son rayonnement naturel qui irradiait son visage à l’instant même.

C’était l’homme du terroir ou, comme dit la Bible, l’homme de la glèbe rouge… C’est ainsi qu’elle appelle le premier homme « Adam le rouge », l’homme pétri de terre rouge, fait d’une terre énergique et pleine de vie, peut-être comme le Kochersberg…

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A saint-Pierre en 1996.
Photo M. Heilig

Quand on est élève, on est observateur et on scrute la vie et les tics des profs. Il faut dire que dans nos petits séminaires il n’y avait rien ni personne d’autre à scruter. Ce qui m’avait frappé le plus, c’était la vitalité ironique de cet homme. Bien plus tard, lorsque j’étais en terminale, j’ai compris cette ironie, que l’on pourrait appeler Ironie active à la Socrate. Socrate est l’un des pères de la philosophie mais il n’a rien écrit. Sa méthode, c’était l’oralité. Il disait deux choses toujours actuelles : il ne faut pas faire le mouton qui suit et imite mais il faut « se connaître soi-même ». C’est de soi-même que doit jaillir la vérité. Il faut sortir de soi-même ! Socrate a appelé cela « la maïeutique », une sorte d’accouchement à soi, sinon on reste toujours un « suiveur/mouton ». Goethe, le grand poète allemand, a dit la même chose, mais un peu autrement : « Wer sich nicht selbst befiehlt bleibt immer KNECHT ! Wer mit dem Leben spielt kommt nie ZU RECHT. »… Si tu ne te prends pas en main, tu resteras toujours un esclave dépendant de tout et de tous. Telle était la pédagogie du Père Wack, peut-être même à son insu. Mais c’était un intuitif ! Nos « maîtres », au Petit Séminaire de Haguenau, étaient sérieux et compétents à leur manière. Ils nous ont bousculés pour nous sortir de nous-mêmes et de notre torpeur.

Et puis Michel a passé au Canada, où il est devenu le « Père Michel » comme formateur de grands séminaristes pendant 15 ans… et le souvenir qu’ils en ont gardé reste vif. C’est que le Père Michel les a fascinés ! Il n’y a que lui, « Michel », qui pouvait dire à sa façon son prénom de Michel. Ce n’était pas l’accent de l’inuit bien canadien, ni même celui de l’alsacien bien de chez nous. Non ! c’était le parler spécifique du Kochersberg ! Ah ! Père « Mijjel » !

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Avec les PP. Guillaume et Gass (à g.) en 1998.
Photo sma

Mais il était resté profondément humain et bon, toujours accueillant et proche des gens. C’est ce qu’a souligné longuement, lors de l’enterrement à Saint-Pierre, le Président du Conseil de Fabrique de Gertwiller devant une chapelle pleine et un ensemble de chorales qui a rendu un digne hommage à leur ancien curé.

Jean-Pierre FREY

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Jubilé d’or du P. Wack, à Stutzheim, en 2004.
Photo J.-M. Guillaume

Depuis l’année scolaire 1946-47, il y a 60 ans, alors que le P. Michel Wack était professeur au petit séminaire de Haguenau, son existence et la mienne ont été très proches, sauf évidemment le temps de son séjour au Canada, où il a donné le meilleur de lui-même pour y faire connaître et implanter les Missions Africaines. C’est surtout à partir de 1969, alors que j’étais responsable par intérim de la paroisse de Gertwiller, que nos deux vies et activités paroissiales se sont rencontrées, à Gertwiller et à Saint-Pierre jusqu’à sa mort. Et me vient à l’esprit la parabole du Bon Samaritain. Elle nous dit que nous devons aimer nos frères non pas avec des paroles, mais par des actes et en vérité. C’est dans cette ligne que le P. Wack s’est efforcé de situer sa vie et ses engagements, avec beaucoup d’humilité et de simplicité. Oui, sa vie était aux autres, et à tous les autres.

Roger MORITZ

Terre d’Afrique 2008-3

Publié le 3 décembre 2008 par Jean-Pierre Frey et Roger Moritz