Mission : un job en plus ?

Je lisais l’inquiétude sur leur visage. En 2007, le projet pastoral du diocèse prévoyait la mise en œuvre de la dimension missionnaire de la pastorale. Les membres des Equipes d’Animation Pastorale et des Auxiliaires Laïcs de Pastorale étaient invités à des réunions de sensibilisation à ce sujet. Ils pensaient spontanément : « Encore une orientation qui va nous créer du travail, des réunions et des activités supplémentaires et charger nos agendas. Comme nous portons déjà pas mal de casquettes et que nous avons une vie familiale qui constitue quand même notre première priorité, il n’y avait pas besoin de ce nouveau truc inventé par les curés ! »

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La crèche de la cathédrale de Strasbourg.
Photo Les Editions « La Goélette »

Porter le souci missionnaire, est-ce nécessairement ajouter des activités, multiplier les « trucs », organiser des meetings sur les places publiques ?... Faire du porte-à-porte comme les Témoins de Jehova, les associations à la recherche de nouveaux donateurs, les entreprises en quête de nouvelles parts de marché ou les partis politiques désireux d’augmenter leur audience ?

Peut-être n’y a-t-il pas à faire plus, mais à faire autrement et à vivre mieux. La mission est d’abord rencontre, visitation. Trois étrangers se présentent à Abraham sous le chêne de Membré ; « Je suis celui qui suis » va à la rencontre de Moïse dans le buisson ardent, puis s’entretient avec lui sur le mont Sinaï lors de la transmission du décalogue. Ainsi, Dieu visite son peuple de multiples manières, avant de venir à notre rencontre et de planter sa tente parmi nous en son fils Jésus. Sa venue met les hommes en « visitation » les uns chez les autres ; elle les pousse à se rencontrer en son nom et sous son regard. Ainsi, Marie, visitée par l’ange Gabriel et enveloppée par l’Esprit qui conçoit en elle le Verbe, se met en route pour rencontrer Elisabeth et demeurer chez elle. Pierre, rempli de ce même Esprit, entre chez Corneille [1].

La mission est d’abord rencontre de l’autre à la manière de Dieu en Jésus, à commencer par ceux qui nous sont les plus proches. Pour cela, il faut « quitter » : sortir de ses univers, de son pays, de la terre de son enfantement, de la maison de son père, des systèmes clos et sécurisants, pour parcourir les chemins des hommes de notre temps. Puis, à l’entrée de la maison, du territoire de l’autre, il convient de frapper, d’attendre la parole qui nous autorise à entrer, sinon nous y pénétrons par effraction et serons rejetés en conséquence. Rendus chez l’autre, contemplons l’œuvre de l’Esprit en lui, car notre frère, aussi incrédule et incroyant soit-il, n’est pas une terre vierge qui échappe à la grâce de Dieu. Il a fait en lui des merveilles ; à nous de les reconnaître et de les célébrer. Ensuite, sachons parler de celles qu’il a opérées en nous : comment il a éveillé notre foi, soutenu l’espérance et allumé le feu du partage. Notre vie ressemble à toutes les autres, avec son lot de doutes, d’erreurs, de mensonges, de découragements, mais aussi de joies et de réelles tentatives d’humanité. Sachons manifester et parler du chemin de la grâce dans les dédales de notre existence et pointer les expériences et les convictions qui nous permettent de garder la tête haute dans les épreuves et les difficultés du quotidien.

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La crèche de la cathédrale de Strasbourg.
Photo Les Editions « La Goélette »

C’est dans la rencontre de deux êtres qui partagent leurs convictions ultimes, qui se confirment dans leur mutuelle humanité, que se réalisent la mission évangélique et le salut.

[1] Ac 10.

Publié le 17 février 2011 par Jean-Paul Eschlimann