Missionnaires à l’exemple du Christ

29ième dimanche et dimanche des missions
Textes : Is 53, 10-11 ; Hb 4, 14-16 ; Mc 10, 35-45

L’Eglise est missionnaire dès sa fondation. Les instructions que le Christ a données à ses disciples le jour où il montait dans la gloire de son Père ont le mérite de bien signifier la nature de la mission qu’il leur confiait : « Allez dans le monde entier annoncer la Bonne Nouvelle à tous les êtres humains [1]. » Les instructions sont donc formelles. La mission fait partie de notre être chrétien. Elle n’est pas une tâche supplémentaire qui se rajoute à la longue liste de ce que nous avons déjà à faire, ni un boulet qui nous tire vers le bas. Cette dimension essentielle du témoignage chrétien permet à tous les baptisés de mieux rendre compte de leur foi qui agit. En ce sens, nous sommes fondamentalement missionnaires lorsque nous permettons à la Parole de Dieu de résonner en nos vies et de nous façonner à l’image du Christ qui nous invite au service de nos frères et sœurs : « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude [2]. »

A la lumière de cette exhortation de Jésus, nous pouvons nous demander quel type de missionnaires ou de serviteurs nous sommes aujourd’hui. Quel témoignage donnons-nous de l’Evangile ? Grand est le risque de chercher, sous couvert de bonnes intentions, notre autosatisfaction. La mission consiste dans cette perspective à soigner notre image par nos bonnes actions. Chacun se met en valeur. Personne n’est à l’abri de cette tentation qui nous guette tous. C’est justement l’histoire des fils de Zébédée dont nous parle l’Evangile. Ils espèrent exploiter leur proximité avec Jésus pour enfin assouvir leur désir de grandeur : « Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans la gloire [3]. » Pour eux, s’engager à la suite du Christ, c’est une manière de se prémunir de la précarité et de mettre toutes les chances de réussite de leur côté.

Jésus ne s’emporte pas contre les deux frères. Il ne porte aucun jugement sur eux. Il semble avoir compris le sens de leur démarche. Toutefois, il les invite à transcender leurs intérêts personnels et à prendre de la hauteur par rapport aux événements qu’ils vivent et à leurs engagements. La gloire qu’ils recherchent a ses contraintes et elle passe par la croix. C’est dans l’abaissement que le Seigneur élève ses élus et leur fait partager sa véritable gloire.

Le chemin de croix n’est pas l’exaltation d’un dolorisme, où l’homme se fait mal en vue de gagner son ciel. Il purifie par contre notre regard par rapport à nous-mêmes et par rapport à notre entourage. Il nous sensibilise aux besoins de nos frères et sœurs parce que nous avons déjà pris la mesure de notre faiblesse qui nous rend plus humains et capables de communier au malheur de l’autre. C’est pourquoi Isaïe peut alors prophétiser en ces termes : « Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes [4]. »

Chacun, en tant que témoin de la Bonne Nouvelle du Christ, continue à porter cette vérité dans la fragilité qui le constitue, comme « broyé par les souffrances [5] »de sa propre vie. La mission nous rejoint alors de manière existentielle. Elle n’est pas simplement un discours sur ce qui doit se faire. Elle nous engage dans notre manière de vivre l’Evangile au jour le jour dans un souci permanent du bon droit et de la justice conformément à la volonté de Dieu. C’est pourquoi le thème de la journée mondiale missionnaire de cette année ne peut laisser personne insensible. « Dieu aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour [6] » est le défi qui est lancé à tout chrétien. Dans des cas de blessures personnelles, d’injustice, de manque de droit, comment témoignons-nous en acte de l’amour de Dieu ? Voilà les contextes où l’aspect de notre engagement missionnaire est appelé à s’exercer dans la sollicitude que nous pouvons témoigner à nos frères et sœurs. Missionnaires de l’amour de Dieu auprès de nos frères et sœurs, vivons aujourd’hui de notre vocation baptismale.

[1] Mc 16, 15b.

[2] Mc 10, 44-45.

[3] Mc 10, 37.

[4] Is 53, 11b.

[5] Is 53, 10.

[6] Ps 33 [32], 5.

Publié le 19 octobre 2009 par Nestor Nongo Aziagbia