Mystère pascal, avenir de la SMA

Nous sommes bien d’accord : il n’y a que les cadavres qui ne bougent plus ! Ils sont figés dans une « rigidité cadavérique ». A l’opposé, la vie est mouvement, changement, croissance, élargissement. Il n’y a qu’à nous regarder et nous comparer au corps que nous étions à notre naissance, à la petite enfance, à l’adolescence… et que nous sommes maintenant ! Que de changements, au point de ne plus se reconnaître.
Peut-être n’est-il pas besoin d’attendre le trépas pour être mort. Car la mort est un processus, engagé depuis longtemps, que le trépas et la disparition viennent consacrer, achever, qu’il s’agisse de la Société ou des membres qui la composent.

A l’occasion de nos réunions au Zinswald et à Lyon, nous avons beaucoup parlé de nos actions, engagements, réalisations. Ils sont impressionnants ! Mais cette approche comporte un risque : nous enfermer dans le FAIRE. Nous avons ainsi créé des habitudes, des traditions, que les uns et les autres trouvent incontournables, immuables, intouchables et nous voilà coincés et figés, comme des cadavres ! La vie les déserte alors à petits pas, nous laissant avec des coquilles vides que nous nous escrimons à maintenir envers et contre tout. Vous voyez bien à quoi je fais allusion : à ces statuts, habitudes de penser, modes de vie, etc. qu’on veut absolument maintenir, sous prétexte qu’autrefois on s’est battu pour ça. Ils étaient certainement nécessaires « autrefois », mais aujourd’hui, ne sont-ils pas des freins, des formes désaffectées par la vie ?

Nous revisitons régulièrement nos textes fondateurs, les éditons, les commentons. Nous fétichisons les lois et constitutions et autres chartes et directoires. Je reconnais tout à fait leur nécessité pour faciliter le vivre-ensemble. Mais je ne me rends pas complice de leur transformation en prisons, en systèmes clos, en « cercueils », interdisant toute diversité d’interprétations et de pratiques, toute initiative instauratrice d’ouverture. Je ne travaille jamais à coincer quelqu’un dans un système, même s’il a fait ses preuves par le passé, mais plutôt à l’en libérer et à lui permettre ainsi d’échapper au « filet de l’oiseleur ».

Il y a bien d’autres enfermements qui compromettent la circulation de la vie. D’abord, l’héritage d’une certaine histoire et la manière de s’en servir. Lorsqu’on s’y réfère comme à un réservoir de « solutions » à reproduire, comme à l’idéal auquel il faut retourner, comme à l’époque « vraie », à la forme accomplie de la mission et de l’Eglise à restaurer, cet héritage nous fait alors marcher à reculons et nous enferme dans le passé. Puis, il y a nos peurs, nos angoisses, nos fantasmes individuels et collectifs, nos blindages et défenses diverses. Car, dans les moments difficiles que connaissent nos pays, notre Eglise, notre Société missionnaire, nous avons la tentation de nous raidir dans des certitudes pharisaïques, dans la condamnation de ce monde mauvais, dans le légalisme, le formalisme, le culturalisme et de cultiver les replis identitaires et de multiplier les normes et les textes, qui deviendront fatalement des coquilles vides. A l’image des arthroses et rhumatismes divers, qui bloquent nos corps physiques et nous obligent à l’immobilité, ainsi « l’arthrose » spirituelle, culturelle et mentale des membres plutôt âgés que nous sommes, menace l’avenir de notre Société d’immobilisme et assombrit notre avenir.

Quelle attitude, quelle issue ? Quel avenir a encore la vie dans notre Société ? L’accueil du mystère pascal et son déploiement dans nos personnes et nos institutions.La (ou les) crise(s) que nous vivons sont aussi le signe que la vie est têtue : elle veut passer ! Là où elle rencontre des freins et des barrages, elle fait un travail de sape pour faire sauter les obstacles. Cela peut faire mal, mais c’est salvateur. A mes yeux, la crise est une figure actuelle de la résurrection au travail en nous, dans notre Institut.

Souvenons-nous ! La résurrection a mis les apôtres et le monde juif en ébullition, en crise. Elle les a arrachés à la stérilité (symbolisée à l’ouverture du Nouveau Testament par le couple Zacharie – Elisabeth), figure de la mort et du manque d’avenir. Elle a remis la vie en mouvement vers une nouvelle rive, par la foi, la créativité, l’apparition de communautés nouvelles, lieux de rapports humains inédits. Elle a renouvelé la lecture et l’appropriation des Ecritures, qui se mettent subitement au service des hommes, spécialement des plus faibles, pour les libérer, les humaniser et servir leur bonheur. Debout ! Lève-toi et marche ! Va vers toi, pour toi, vers le pays que je t’indiquerai et qui est le pays de ton humanité libre, responsable, heureuse.

En offrant l’Esprit de pardon et d’amour, le Christ ressuscité remet du « jeu », de la souplesse, de l’imagination et de la créativité, en somme de l’huile dans les rouages de nos vies et de nos institutions. Je ne peux que souhaiter une déferlante de cet Esprit sur notre Société. Au niveau du District de Strasbourg, nous cherchons à traduire l’Esprit de Pâque dans le vécu institutionnel. L’entité est un District « ad expérimentum ». Ce que je traduis : souplesse, imagination, prise d’initiative, mise en mouvement des habitudes sclérosées, vides de sens. Pour cela, il nous faut nous approprier les textes de la Société et du Fondateur avec le souci de la vie et de l’avenir, même s’il faut les interpréter différemment.

Le District s’offre comme « laboratoire » d’internationalité, de fonctionnement autre, de solidarité nouvelle entre les entités. Je ne dis pas que tous les essais sont réussis (transformés) et que toutes les molécules produites sont efficaces. Mais nous avons décidé de donner une chance à la vie, à la mission, à la SMA, en imaginant du neuf. C’est notre manière de nous laisser travailler par le mystère pascal, mystère de mort, de renoncement, de dépouillement, non pas pour disparaître mais pour faire de la place à la nouveauté de l’Evangile et des contextes socioculturels et religieux actuels.

La résurrection a définitivement ouvert tous les tombeaux dans lesquels nous nous sommes enterrés, quelque fois volontairement, souvent à notre insu. Passons donc sur l’autre rive, celle du mouvement, de l’évolution et de la vie.

Courage ! Croyons et créons, alors nous vivrons !

Ralliement 5, septembre – octobre 2009

Publié le 20 septembre 2009 par Jean-Paul Eschlimann