Nouvelles de famille

Pierre Kunegel à Kombolokoura (diocèse de Korhogo)

Je suis en train de construire une chapelle de 170 places environ à Nidyon. Les murs sont montés et la toiture posée depuis 3 jours. Il reste à la finir. Ce matin j’y suis allé pour dire la messe à l’intérieur et j’ai été surpris par le nombre de participants. Il y avait une centaine de jeunes et d’adultes et une trentaine d’enfants. D’habitude, sous le manguier, il y avait trente à quarante personnes. (26 avril 2010)

Un courrier du 30 juin 2010 nous apprend que la chapelle de Nidyon est à présent terminée. Elle sera dédiée à la Vierge Marie, en mémoire du Père Pierre Lévêque qui a terminé sa vie au sanctuaire de Gildwiller, un pèlerinage dédié aux Rois-Mages, mais qui a une vénération spéciale pour la Vierge, surtout le 15 août. Nous allons donc dédier ce nouveau lieu de culte à Notre-Dame de L’Epiphanie. Et cela convient parfaitement puisque c’est le chef de ce village qui avait fait appel au Père Pierre Lévêque pour qu’il vienne y porter la Parole.
Cette Parole avait été semée dans le village de Dokaha, banlieue de Korhogo, lors d’une veillée funéraire. Elle est tombée dans de la bonne terre, à savoir le cœur attentif du chef de Nidyon qui a demandé au Père de venir la porter aussi dans son village. Le chef en question fut baptisé par la suite, après sa formation, et il prit le nom de Joseph !
Lorsque le Père Lévêque, lors de ses passages, venait dans ce village, les autres villages furent prévenus et, petit à petit, se forma une communauté qui, par la suite, se transforma en paroisse. Comme le village était éloigné de la grande route, le Père Jean Founchot, qui prit la relève et fut chargé de fonder la Mission, décida de l’installer à Kombolokoura.
J’ai demandé à Monseigneur de se réserver un jour pour la bénédiction de ce lieu de culte puisqu’il s’agit d’un événement particulier, un lieu d’où est parti le Message grâce à un chef de village païen et grâce aussi au Père Pierre Lévêque qui n’a pas ménagé sa peine et qui a laissé une excellente empreinte dans le diocèse de Korhogo. (30 juin 2010)

Pour le moment nous ne sommes plus que cinq prêtes sma sur Korhogo. A Katiola, il n’y a plus personne. Katiola est bien fourni en prêtres, surtout Tagouanas. A Niakara notamment, il y a une bonne équipe, et le Centre agricole a vraiment repris de la couleur.Ici, sur mon secteur, la future paroisse, annoncée par Monseigneur, et que je suis en train de mettre en place, ne fonctionne pas mal. Beaucoup de choses reposent sur un seul gars très dynamique. Mais il y a quelques catéchistes, non encore formés, qui sont bien motivés. Il y a même deux jeunes filles qui se sont proposées il y a deux semaines pour le catéchisme scolaire, ce qui est nouveau ! On verra à l’usage.
La saison est très dure. De grosses chaleurs et les pluies très rares jusqu’à présent. Comme je n’ai pas de courant, je vais parfois me reposer en climatisé à Korhogo. Mais, hélas, il y a maintenant des délestages électriques. Cela arrive sans avertissement et on ne sait jamais quand le courant revient ! (26 avril 2010)

Ernest Klur, Paroisse Notre-Dame de Lourdes à Tieme (diocèse d’Odienné)

Un nouveau style de vie au presbytère ! Un projet préparé durant la neuvaine de la Pentecôte 2010 pour un partage d’expérience. Venez et voyez ! Grâce de l’année sacerdotale certainement, mais aussi suivant les directives de l’année pastorale avec l’arrivée de notre Nouvel Évêque, Mgr Koné Antoine, dans notre diocèse d’Odienné « nouvelle stratégie pastorale » - « être Eglise famille de Dieu, l’image de la Trinité, tous unis autour du prêtre, témoignons de l’amour du Christ pour tous les hommes. »

Tieme est une mission-paroisse en fondation, en construction avant la guerre et en reconstruction puisque saccagé par la rébellion : inhabitable, sans eau et sans électricité, sans ameublement. De plus, dans cette région, je ne connaissais pas la langue.

Le style de vie et la caractéristique de la SMA, c’est un esprit de famille, de simplicité, devant être vécu normalement en communauté de vie. Or je suis nommé seul, par manque de confrère disponible... Il s’agit à ce moment là de créer une famille. Cinq chrétiens à la première Eucharistie, quelques Sénoufos sympathisants et à présent certains des professeurs du collège (280 élèves) et des enseignants du primaire (deux écoles de 200 élèves chacune), actuellement une communauté de 25 à 30 personnes. Les mardis et les jeudis soir : célébration eucharistique communautaire (à 20h afin de permettre aux agriculteurs d’être disponibles), servant aussi de catéchèse à partir des textes liturgiques, entre dix et quinze personnes pour ces deux jours. Nos deux catéchumènes venus du sud de la Côte d’Ivoire sont fidèles à ces rendez vous et se préparent à leur baptême, et trois autres à la confirmation.

Je me suis adjoint une auxiliaire paroissiale, compagne de prière, Monique Ahou, appelé Sœur Monique dès le début de notre arrivée, mère de famille de 2 enfants : Julie, l’aînée, à Université cette année, et Liliane qui prépare son brevet. Ainsi une communauté de prière et de travail est née : Prière du temps présent en commun, Eucharistie quotidienne, chapelet. Parlant le dioula, Sœur Monique est une femme de relation, attentive aux besoins des autres, au milieu de ses sœurs et frères d’ethnies différentes, employée de maison pour la cuisine, le ménage, la lessive et aussi traductrice aux eucharisties pour ces Sénoufo qui comprennent le dioula. Nous attendons un catéchiste Sénoufo pour l’an prochain.
Ensemble, nous nous sommes attelés à défricher le terrain, avec l’aide de quelques jeunes du quartier. Région essentiellement agricole, le terrain nettoyé nous avons semé l’arachide, le gombo. Une servante sénoufo, Mlle Korotoum, puis une nièce, Cynthia, orpheline de mère et une autre nièce, Éliane, abandonnée par son père, sont venues rejoindre leur tante, ainsi qu’un oncle, Luc, venu s’occuper de la rizière avec une bonne expérience. Et voilà la petite famille du presbytère.

En janvier, un étudiant de mon ancienne paroisse, Stéphane, en difficulté pour poursuivre ses études (manque de soutien de ses parents), est venu nous rejoindre. Homme à tout faire : planter des fleurs, sarcler, arroser, refaire et consolider la clôture, menuiserie, faire l’étanchéité de la toiture… Il s’est même mis à la mécanique pour régler le mécanisme de la boîte à vitesse, surveiller le pompage de l’eau du puits, et réamorcer la pompe le cas échéant.

Nous voilà sept personnes, une communauté mixte, travaillant ensemble, partageant travail, vie de prière, argent et compétences diverses. Une école de formation à la vie communautaire avec une pyramide d’âge diversifiée, entre 14 et 70 ans, ce qui a fait chuter la moyenne à 25 ans. Une belle jeunesse pour le printemps de l’Eglise. Certains se découvrent de nouvelles qualités pour l’enrichissement de tous. Une vraie fourmilière lorsque dès 5h30 du matin chacun va à son occupation.

Nous avons dû chacun, accueillir les différences, les complémentarités, adapter les temps de prière communautaire pour gérer cette nouvelle situation. Une dure école de convivialité, surtout avec les différences d’âge ; les tensions ne sont pas inexistantes, l’amour fraternel est à construire chaque jour, mais ce sont des moments où Jésus, au milieu de la barque, nous réveille pour refaire et renforcer l’amour. Les moments de détente ne manquent pas non plus : émissions de télévision, jeux de sociétés, sorties d’évangélisation dans les autres communautés, bricolage d’une girouette dont les pales portent Gloire au Père, au Fils, à l’Esprit Saint, aménagement de notre carillon, fait de quatre disques de charrue et marqué Sois béni Seigneur pour la Gloire de Dieu et le salut du Monde, un Westminster original. Tout doit porter vers la prière permanente et élever nos cœurs vers le Dieu vivant.

Ainsi la vie paroissiale s’est dotée d’une nouvelle expression de vie pour être témoins de l’Amour du Christ. Enfin nous avons la joie de pouvoir bientôt prier dans une église restaurée avoir la présence du Saint Sacrement : un tabernacle entouré des couleurs de l’arc en ciel. Une belle Sainte Cène derrière l’autel, d’expression africaine, surmontée d’une colombe. L’Esprit Saint, acteur de la nouvelle évangélisation, qui vient poursuivre et achever l’œuvre de la création et de sa sanctification. « Voici je viens faire toutes choses nouvelles. [1] »

Bernard Rauch, à Nevy-sur-Seille [2]

Depuis quelques jours, je suis de nouveau dans le Jura. Je suis vraiment heureux d’être là, après ces derniers mois assez difficiles à vivre à cause des tensions qui surgissent en Côte d’Ivoire. On ne sait toujours pas où le vent va souffler et, comme l’écrivait un journaliste le mois dernier, on recherche la paix avec des paroles de guerre. Il est évident que ceux qui ont le pouvoir, dans le Sud comme dans le Nord, ne veulent rien lâcher et continuent de s’enrichir en pillant le pays, alors que les populations luttent pour survivre… Cela dure depuis huit ans et ça peut durer encore des années.
Donc on fait avec. Je vais passer ces quelques mois l’esprit en paix et, à la fin août, je regagnerai la paroisse de Tioro pour achever ce qui a été commencé il y a quatre ans déjà. De toute façon « Dieu est grand » et, s’il veut que nous continuions à travailler là-bas, il n’y aura pas de problème. Les tensions et les menaces qui apparaissent régulièrement ne nous empêchent pas de vivre et de poursuivre nos activités.

Cette année, la paroisse a permis, grâce à l’aide de nos amis, d’inscrire 13 jeunes femmes dans des écoles d’aides soignantes. Cinq d’entre elles sont dans deux établissements de Bouaké, dans le centre de la Côte d’Ivoire, et les autres sont sur Korhogo. Quand elles auront terminé leur formation, il leur faudra chercher du travail dans les dispensaires de brousse qui manquent de personnel.
Cette année encore, nous avons aidé des dizaines et des dizaines d’écoliers et de collégiens à s’inscrire dans les nombreux lycées et collège de Korhogo. Quant aux malades, ils sont toujours aussi nombreux. Nous en envoyons beaucoup chez les sœurs colombiennes qui ont un dispensaire à Koni, à 30 km de Tioro. Les autres sont soignés au dispensaire de la ville et dans les hôpitaux de Korhogo, ou à l’hôpital des baptistes américains qui se trouve à Ferké, à une cinquantaine de kilomètres de Korhogo. C’est chez eux que se font les opérations les plus délicates, en particulier les amputations. Quant à ceux qui souffrent d’une hernie, ils sont opérés à Korhogo.

Depuis le début de la crise, de nombreuses paroisses de la ville de Korhogo ont ouvert des dispensaires. Le système est assez libéral en ce moment et on peut avoir des autorisations d’ouverture. Je pense que tôt ou tard nous devrons en ouvrir un sur la paroisse : cela facilitera notre action auprès des malades. Si prochainement je dois être envoyé dans un autre secteur, je pense que ce sera une de nos priorités. (Nevy, le 15-05-10)

Christophe PACHUT à Monasao (Rép. Centrafricaine) [3]

Ce petit mot pour vous dire que je viendrai bientôt vous rendre visite au Zinswald. Je pars en congé le 10 juin et je pense faire un tour en France début juillet. Chez moi tout va bien, à part un petit bobo. Je suis tombé avec la moto et je me suis cassé la clavicule. Depuis quatre semaines, je porte un plâtre que l’on va heureusement m’enlever dans une semaine. De ce fait, je suis un peu limité dans le travail, je ne peux pas trop bouger et le temps passe très lentement. Je vous dis à très bientôt ! (12 mai 2010)

[1] Apoc.21, 5.

[2] 538, Route de la Vallée 39 210 Nevy-sur-Seille
Email bernard rauch.fr

[3] BP 121 Bangui (Rép. Centrafricaine)

Publié le 31 août 2010