Nouvelles de la famille SMA

Jean PERRIN à Sotouboua (Togo)
L’Ami-Hebdo annonce la nouvelle : « le Père Jean Perrin à l’honneur »
Le Père Jean Joseph Perrin est né le 18 janvier 1925 à Fouchy. Durant la Seconde Guerre mondiale, il a été incorporé de force dans la Wehrmacht. Fait prisonnier par les Soviétiques, il a connu la captivité au camp de Tambow. Il a été ordonné prêtre en 1952. Au sein de la Société des Missions Africaines, il a ensuite œuvré pendant une soixantaine d’années en Afrique.
Il mobilise actuellement son énergie à la construction d’un sanctuaire dédié à Notre Dame de la Merci à Sotouboua, dans le nord du Togo. Selon le Père Félix Lutz, « il tient pour moi, toutes proportions gardées bien sûr, à la fois du Docteur Albert Schweitzer et de l’abbé Pierre ».
C’est en reconnaissance de son œuvre, non seulement dans le domaine pastoral, mais aussi économique, social et culturel - « il a le don de découvrir des sources d’eau, il a fait creuser quantité de puits dans les villages », souligne le Père Lutz - que le Père Perrin a été promu chevalier de la Légion d’honneur le 1er janvier 2010
 [1].

Le Père lui-même nous écrit : « Une nouvelle que je devais vous annoncer, mais que je n’avais reçue que par téléphone ou par les coupures de journaux. Elle m’est maintenant arrivée officiellement, à savoir : ma nomination au titre de Chevalier de la Légion d’Honneur. Celle-ci ne devient effective qu’après avoir fait la demande d’entrée dans l’Ordre et trouvé celui qui va me la remettre moyennant une taxe de 20 euros. C’est l’Ambassadeur de France que j’ai choisi. Avec le Père Gérard Brétillot, nous lui avons rendu une visite de courtoisie. Il va me la remettre le 1er avril dans les jardins de l’Ambassade. Ce n’est pas un poisson d’avril. Je peux inviter jusqu’à 100 personnes. Il m’a remis une lettre avec ses félicitations et celles du ministre Kouchner qui a introduit la demande.
Pour le sanctuaire, je n’ai que 30 millions CFA alors qu’il m’en faut encore autant. Peut-être qu’avec ma décoration pourra-t-on relancer les appels dans les journaux ? Je vais quand même commencer la construction… La chrétienté va venir demain pour aplanir le sol, le bull que j’avais sollicité est tombé en panne.
La chaleur me convient ici, c’est pourquoi je me suis retraité ici. Les docteurs et infirmières sont très gentils et ils me soignent mieux qu’en Europe et peut-être moins cher. Ayant mon chauffeur-cuisinier des plus serviables, je ne suis pratiquement à la charge de personne. Mon frère sait que je ne viens qu’en 2013 pour ses noces de diamant, en oiseau migrateur. » (05.02. 10)

Ernest KLUR, paroisse Notre-Dame-de-Lourdes à Tieme (Côte d’Ivoire) [2]
La nomination pour cette nouvelle mission à Tieme remonte au 15 octobre 2008 : c’était une mission en construction au début de la guerre et saccagée par la rébellion. Il faut à présent la reconstruire et créer ou réveiller les communautés chrétiennes. Avec l’arrivée d’un nouvel Evêque, Mgr Kone Antoine, j’ai été déchargé de ma responsabilité d’économe diocésain et j’ai à présent toute latitude pour m’adonner pleinement à la vie pastorale.
Si les infrastructures administratives se mettent tout doucement en place (les sous préfectures, la police, la banque, la poste), l’acheminement du courrier reste très aléatoire. Au retour de mon congé, j’ai pu rejoindre la paroisse le 26 septembre au soir et j’ai pu y célébrer la messe dominicale dès le lendemain. Huit jours après, c’était la rentrée pastorale diocésaine et il fallait parcourir 630 km ; j’ai retrouvé les confrères de l’ouest à 175 km pour faire une parti du voyage ensemble. Le Thème pour l’année est : « Etre Eglise : famille de Dieu (à l’image de la Trinité). Tous unis autour du prêtre, témoignons de l’amour du Christ pour tous les hommes. » En cette année sacerdotale, avec le 150e anniversaire de la mort du curé d’Ars, c’est providentiel pour susciter des vocations, surtout dans le nord.
La vie pastorale pouvait commencer. Etant déchargé de l’économat après un audit de passation qui s’est bien passé, je me trouve dans un secteur de quatre sous préfectures : Tieme sur place, Seguélon à 40 km, Madinani à 50 km (1h30 en voiture tellement la piste est défoncée par la saison de pluie et les gros camions de transport de bois), Gouliah à 65 km où je ne suis pas encore allé tellement la piste est mauvaise, et surtout il n’y existe encore rien comme communauté chrétienne.
A présent deux communautés sont bien parties, avec les quelques chrétiens fonctionnaires (instituteurs, enseignants du collège) et les pré-catéchumènes sénoufo, seule ethnie qui s’ouvre au christianisme dans cette région fortement islamisée. Il me faudra apprendre la langue dioula pour entrer en relation, établir des contacts et devenir témoin de la foi.
Il y a ici beaucoup de jardiniers, surtout des femmes, qui utilisent les bas-fonds pour trouver l’eau et la bonne terre. Je me lance dans la sélection des plantes potagères pour améliorer les plants et susciter la culture biologique avec l’association Kokopeli qui m’a fourni les semences sélectionnées. A côté de notre puits, un jardin prend lentement forme. Une centaine de semis attendent de lever pour être transplantés.
Etre témoin par le partage des connaissances et l’amour charité. Le témoignage précède la proclamation de la parole… Ainsi nous aidons à creuser des puits, à faire des sanitaires dans les écoles ou les lieux publics avec la participation de la population… L’hygiène est un facteur important de l’enseignement. Mais ma grande préoccupation c’est de trouver un catéchiste et de l’accueillir en lui construisant une petite case avec la communauté chrétienne.
Tieme, Noël a commencé un peu plus tôt, car nous avons accueilli durant trois semaines une femmes enceinte de 4 mois avec ses 3 enfants, dont deux jumelles, et la dernière était malnutrie. Soins et médicaments l’ont aidée à remettre l’enfant sur ses jambes... Ainsi, elle a été habillée, nourrie, et elle a pu repartir juste avant Noël pour rejoindre son mari qui travaille dans les plantations.
Dans une paroisse en création, l’ennui n’est pas possible. Nous profitons aussi de la saison sèche pour construire une cuisine ronde couverte de paille, car durant la saison des pluies, l’auvent actuel est souvent inondé. Petit à petit l’oiseau fait son nid.
Pour Noël nous avons eu la joie d’accueillir notre nouvel évêque pour la messe du 24 décembre célébrée à 18 h avec une belle foule - une cinquantaine de personnes – et une liturgie animée par les balafons et les djembés.

Bernard BARDOUILLET, à Yaokope (Togo)
Après le départ des deux coopérants de la DCC, l’été dernier, nos trois sœurs sont parties également dans les mois suivants. Ces départs en ont désorienté plus d’un au « Village Renaissance », mais il fallait continuer à aller de l’avant. La Providence a mis sur notre route un homme excellent par sa droiture et son engagement au service du village ; il se retrouve ainsi le « coordinateur national ». Le groupe des « renaissants » devient plus consistant grâce aux arrivants de la prison de Dapaong. Je partage l’eucharistie avec le Père Albert à la prison de Sokodé où il y a 260 prisonniers en ce moment : beaucoup de misère et d’attentes en un seul lieu ! Avec l’écoute, on s’emploie à semer un peu de bonté et d’espérance. (10 & 16 /02/2010)

Bernard RAUCH, à Tioro (diocèse de Korhogo, Côte d’Ivoire)
Je vous transmets mes nouvelles par le courrier traditionnel car depuis plus de trois mois je n’ai plus de connexion Internet. Quant au téléphone, il ne marche plus depuis la fin du mois de février. Il est inutile donc de s’énerver et il faut s’adapter au temps présent.
Ici ça va bien. Les pluies cette année ont duré plus que d’habitude et ce n’est qu’à la mi-novembre qu’elles se sont arrêtées. Aussitôt nous avons repris les visites des villages car le temps qui nous reste avant les prochaines pluies est relativement court. Je pense qu’on pourra travailler jusqu’à la fin avril.
Depuis mon retour, fin juillet, nous avons pu terminer la construction d’un bâtiment qui sert de magasin et de réserve pour le charbon, les outils etc. On continue la construction de l’église et nous en sommes aux pignons. La prochaine étape sera le toit. C’est bien le travail le plus important et le plus difficile. Mon ancien curé m’a envoyé les plans de la charpente. On le sait, c’est le toit qui fait la beauté d’une église. S’il est réussi, je pense que l’église sera vraiment belle. Beaucoup d’étrangers s’arrêtent pour la voir et se demandent comment on pourra faire le toit. Nous avons repris le vieux plan des églises romanes.
Ces derniers mois, j’ai été secoué par de violentes fièvres et par deux fois, j’ai eu vraiment chaud. Chaque fois, c’était la fièvre typhoïde, sur laquelle venait se greffer le palu. Le temps de voir de quoi il s’agissait, la maladie s’aggravait. Maintenant tout est terminé et je me sens revivre.
Cette année, grâce à nos amis du groupe St Vincent de Paul de Châlons-sur-Saône, nous avons pu envoyer 8 jeunes filles en formation d’aides-soignantes : 4 à Korhogo pour une formation de 10 mois et 4 à Bouaké, dans le centre de la Côte d’Ivoire, pour une formation de trois ans.
Beaucoup d’élèves s’aperçoivent en effet que les études secondaires au delà de la troisième mènent à une impasse. Si vous êtes enfants de paysans, il ne faut pas espérer pouvoir payer ce qui est demandé pour entrer dans les écoles supérieures ou à l’Université. Il faut avoir des parents très riches pour envisager d’aller au delà du bac.
Autrement la vie suit son cours : pour le moment, on fait le travail sans trop de problème, sans se préoccuper du lendemain, et c’est bien ainsi.

Aloïs KITUBA, à Kinshasa (RD Congo)
Bonjour à vous tous et merci pour vos prières à mon intention depuis le temps que je suis parti de France pour le Congo en décembre 2009. Je suis bien arrivé au Congo-Kinshasa malgré tous les déboires que j’ai eus avec la compagnie aérienne Ethiopian Airlines : j’avais perdu mon bagage à main à Nairobi après l’escale que nous avions faite à Addis Ababa…
Mais la vie continue, je suis à Kinshasa comme curé de la paroisse Saint-Barthélémy et vice-régional des Missions Africaines. Je m’installe tout doucement, le temps de rencontrer tous les groupes et commissions de la paroisse. Je suis heureux d’être ici, « chez moi » : je n’apprends pas une nouvelle langue, pas de problème avec la nourriture…
Saint-Barthélémy est une grande paroisse, dans la banlieue de Masina, le quartier le plus populaire de Kinshasa, d’où partent souvent les flammes et troubles de Kinshasa. Il y a quinze CEVB (communautés ecclésiales vivantes de base), plusieurs commissions et mouvements apostoliques. Le travail ne manque pas, surtout celui de la formation permanente. C’est ce qui est ressorti des entretiens que j’ai eus avec certains groupes.
La paroisse a aussi besoin de développement matériel, les chrétiens eux-mêmes ont entrepris des efforts d’auto prise en charge en commençant par l’agrandissement de l’église. Je joins mes efforts aux leurs pour que nous puissions fêter Pâques sous la nouvelle aile agrandie de l’église.
Ma santé s’améliore au jour le jour, je continue avec les exercices de kyné deux fois par semaine, j’espère retrouver l’usage normal de mon épaule. Merci de continuer à prier pour moi : les défis ne manquent pas, les gens ne cessent de m’inviter à bénir les maisons, mais j’ai toujours peur qu’un autre couteau m’attende quelque part !
Merci pour votre soutien et que le Seigneur continue à bénir vos efforts de soutien à ma mission ! (13/02/2010)*

Ralliement, mars-avril, n°2-2010

[1] Nicolas Mengus, dans l’Ami-Hebdo du 4 février 2010.

[2] Adresse : TIEME B.P. 165 ODIENNE.

Publié le 3 juin 2010