Nouvelles de la famille sma

Alphonse Kuntz, Saoudé (Togo)

A la fin de la construction de la nouvelle église paroissiale (1992-2000), il s’est avéré qu’il fallait ajouter un déambulatoire extérieur car les offices étaient dérangés quand la pluie était accompagnée de vent. Le bâtiment de l’église est de forme octogonale et, de ce fait, une grande partie des ouvertures est exposée à la pluie.
L’aide que nous avons obtenue n’a suffi que pour la moitié du travail (un demi déambulatoire). Aujourd’hui, on constate des infiltrations de pluie sur une partie des murs restants et de la dalle de la crypte exposée à la pluie, surtout après les pluies exceptionnellement abondantes de la dernière saison. Nous avons eu tort de temporiser. Car entretemps, les prix des matériaux ont quasiment doublé. Pourquoi avons-nous attendu si longtemps ? De fait, nous étions essoufflés. Devant l’urgence, après plus de 10 ans, nous osons espérer un nouveau « miracle » de générosité.
(6 avril 2009)

La revue de l’association Amour sans frontière, dans son numéro de mars 2009, nous donne encore d’autres nouvelles de Saoudé par le P. Alphonse…
En vingt ans, le pays est descendu bien bas. Il est déjà loin le temps où la propagande officielle le présentait comme la Suisse de l’Afrique de l’Ouest. Le comportement quotidien des gens témoigne de cette dégringolade. Même à la montagne, on s’est habitué non seulement à la pénurie, mais à la saleté. Vivre au milieu de déchets de toutes sortes semble être un signe de liberté…
Peu à peu, la légendaire solidarité africaine fait place au « chacun pour soi ». Combien de temps faudra-t-il pour remettre debout un peuple réduit à la seule préoccupation de la survie ? Malheur à ceux qui tombent sérieusement malades ou qui doivent subir une intervention chirurgicale.
Nous nous efforçons d’alimenter par l’OCDI (Caritas) paroissiale et par Saint-Fridolin, notre pharmacie pour les plus démunis où continuent à travailler nos deux missionnaires laïques polonaises. Nos moyens sont toutefois limités et, pour comble de malheur, en France, une loi vient de sortir interdisant aux associations d’acheminer les médicaments que le Père Lucas recevait en assez grande quantité de Pologne. A cause d’abus réels, on punit tout le monde, et surtout les plus exposés. Cela ressemble fort à une punition collective, pratique d’une autre époque et d’autres régimes.

Mais si sombre que soit devenu le tableau, il y a des choses auxquelles les gens ne renoncent pas. Les « funérailles », expression courante pour nommer les coutumes de « sortie de deuil », nous en donnent la preuve. Au mois de février, la vie déjà ralentie s’arrête pour faire place à une fête qui se voudrait sans fin. Pour cela, on s’endette durablement, si bien qu’ici, on lit endettement durable à la place de développement durable… Si on ne renonce pas à la fête entourant le mort, n’est-ce pas symptomatique d’une conception de la vie où l’au-delà a plus de poids que l’en-deçà ?
Une chose qui n’a pas disparu, c’est bien le rire des enfants, leurs cris, leurs jeux… Ils laissent aux adultes les problèmes qu’ils se créent par leur égoïsme. Pour les enfants, chaque matin est toujours aussi neuf et beau qu’un matin de Pâques.

Pierre Kunegel, Kombolokoura (Côte d’Ivoire)
Pierre est en congé depuis le 7 mai.

Avant de partir, j’ai fait bénir la petite église de Dassoumgboho par un Père salésien espagnol qui a été tout heureux de faire cela. Depuis Noël, j’y célèbre de temps en temps et il n’y a jamais eu en dessous de 215 personnes. J’en suis le premier étonné. Certes, le plus grand nombre de participants aux offices ne vient pas du centre mais des autres villages du secteur. Cependant, il y a quelques personnes de Dassoumgboho qui commencent à venir.

Bernard Rauch, Tioro (Côte d’Ivoire)

Je serai au pays le mardi 28 avril au matin, jusqu’en juillet. Jeudi soir, 5 heures après mon départ de Tioro, un coup de vent a enlevé le toit de l’église. Les gars sont en train d’enlever les tôles qui restent encore et on verra pour les réparations à mon retour.

Casimir Kieszeck
Casimir arrive à Strasbourg, en congé, vers le 1e juillet. Il a fini son année sabbatique en Israël. Il est affecté au Caire, en Egypte, à partir du 15 août 2009.

Aloïs Kituba, Bangui (République Centrafricaine)

J’espère que vous avez bien célébré la semaine sainte et Pâques. De mon côté, j’étais malade et sous perfusion pendant la semaine sainte, mais je me suis efforcé de célébrer le jeudi saint et les autres jours saints. Je ne peux plus vous écrire régulièrement car je me suis fait voler mon ordinateur portable, je ne peux plus travailler depuis ma chambre, je dois aller en ville pour envoyer les mails, cela fait 24km !

Nous avons appris depuis que le Père Aloïs a été agressé et blessé de plusieurs coups de couteau pour une raison inconnue. Voici les nouvelles qu’il nous envoie le 27 mai.
Salutations de Nairobi, où je suis en train de suivre un traitement à la suite de l’agression de Bangui. En effet, le mardi 28 avril, vers 17h, un jeune est venu chez moi à la paroisse avec une note qui me demandait d’aller bénir une maison. J’ai dit qu’il m’était impossible d’aller faire un tel service à cette heure-là. Je lui ai demandé de revenir le dimanche 3 mai à 11h car je serais libre après la messe.
Je ne connaissais pas le jeune, je n’ai pas eu, beaucoup de temps pour lui poser des questions. J’ai pris ma voiture, de l’eau bénite et le livre des bénédictions. Le jeune, qui devait avoir entre 22 et 23 ans, est monté dans la voiture avec moi, nous nous sommes dirigés vers le quartier Soh, un nouveau quartier de Begoua, où je travaille. On a dépassé toutes les nouvelles constructions, je ne cessais de lui demander où se trouvait leur nouvelle habitation. Le jeune me disait qu’il fallait avancer. Lorsque nous nous sommes retrouvés dans la brousse, j’ai arrêté la voiture pour lui dire qu’on ne pouvait plus continuer. Nous sommes descendus de voiture, nous avons marché près de 300m, je me suis arrêté et j’ai fait demi-tour. C’est alors que le jeune a sorti un poignard et m’a dit en sango, la langue du pays : « Mo, mbi ke fa mo », ce qui veut dire : « Toi, je vais te tuer. »
J’étais pris de panique, mais j’ai gardé mon sang-froid. Il m’a attaqué par un premier coup, que j’ai évité grâce à une parade, puis un deuxième coup de poignard que j’ai dû parer mais qui a atterri sur le flanc gauche, au niveau de l’abdomen. J’ai hurlé mais je me suis défendu en le terrassant jusqu’à lui arracher le poignard alors que je saignais terriblement. Le jeune a pris la fuite dans la brousse. Je suis retourné là où j’avais laissé la voiture, j’ai crié au secours et un passant m’a pris sur sa mobylette jusqu’à un dispensaire proche.
Puis ils ont appelé une ambulance qui m’a conduit à l’hôpital communautaire de Bangui. J’ai été opéré d’urgence pour voir si aucun de mes organes n’avait connu de dommages. Dieu merci, rien n’avait été percé à l’intérieur. Je suis resté 8 jours à l’hôpital de Bangui, puis, le 12 mai, j’ai été évacué vers Nairobi. Actuellement, je peux marcher et me tenir debout, mais pas longtemps.
Dieu seul sait pourquoi j’ai été victime d’une telle attaque. La vérité surgira un jour. Après ma guérison, je ferai un tour en France pour un contrôle médical approfondi. Merci à vous tous pour tout le soutien que vous m’avez apporté. En union de prières.
(27 mai 2009)

Publié le 9 août 2009