Par grâce, Dieu fait vivre !

A partir des textes du 4ème dimanche de Carême de l’année B, 22 mars 2009 :
1e lecture : Ch. 36, 14-16.19-23 ;
2e lecture : Ep. 2, 4-10 ;
Évangile : Jn 3, 14-21.

« C’est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés [1] ». Cette phrase ponctue l’expérience du peuple d’Israël et montre l’initiative de Dieu dans le dessein de l’homme. Abandonné à lui-même, l’homme est voué à la mort. Il admet son impuissance devant les pouvoirs du mal qui le dominent, l’assujettissent à leur règne dont il ne peut s’en défaire. Au-delà de cette réalité que saint Paul décrit comme puissance de mort, « autrefois, vous étiez spirituellement morts à cause de vos fautes, à cause de vos péchés [2] », le salut de l’homme ne vient que de Dieu. Saint Paul le rappelle avec insistance : « Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu [3] ».

L’initiative divine est manifeste dans l’expérience que fit Israël. En dépit des infidélités du peuple, qui accumulait sacrilèges et profanations contre le Seigneur, son grand amour envers Israël ne s’est jamais démenti. Il suscita parmi les nations un homme dont la mission était de réaliser l’unité de son peuple. Cyrus, roi de Perse, était conscient des responsabilités qui reposaient sur ses épaules. Non seulement le Seigneur lui a-t-il soumis tous les royaumes de la terre, mais encore devait-il bâtir le temple de Jérusalem. Ce dernier a été brûlé et mis en sac par les Babyloniens. Cyrus avait la responsabilité de reconstituer l’un des signes de la présence de Dieu au sein du peuple.

L’évangile évoque, quant à lui, un autre épisode de la rébellion d’Israël contre Dieu et contre son serviteur Moïse. « En chemin, le peuple perdit patience. Il parla contre Dieu et contre Moïse : Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Egypte pour mourir en ce désert ? Car il n’y a ni pain ni eau ; nous sommes excédés de cette nourriture de famine [4] ». Le Seigneur revint sur sa colère contre le peuple et ordonna à Moïse d’ériger un serpent d’airain afin que « quiconque aura été mordu et le regardera restera en vie [5] ».

Dans chacun de ces récits que nous présente la liturgie en ce quatrième dimanche de carême, il est évident que Dieu garde la main sur le cours des événements. Il mène l’histoire en fonction du salut de l’homme, dont il prend particulièrement soin. Cette préoccupation revient à plusieurs reprises sous différentes formes dans les textes de la liturgie d’aujourd’hui. De manière implicite, le livre des Nombres en parle en termes de montée à Jérusalem, lieu par excellence de la révélation de Dieu et où le peuple est en communion avec lui dans les différents sacrifices qu’il lui offre. C’est à Jérusalem que Cyrus donne rendez-vous à tout le peuple. Cet intérêt est aussi présent sous les plumes de saint Paul lorsqu’il rappelle l’infinie bonté de Dieu qui accompagne l’homme dans les différentes étapes de sa vie. Cette dimension est mise en évidence dans la relecture que saint Jean fait de l’événement du serpent d’airain. Dieu ne veut pas la mort de l’homme, c’est pourquoi il « a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé [6] ».

Nous vivons de la grâce de Dieu. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Contrairement à une certaine opinion, il ne s’agit ni d’une démission, ni d’une fuite de nos responsabilités. L’homme s’engage par contre, dans la confiance, à se remettre entre les mains du Seigneur. Vivre de la grâce comporte donc ses exigences. Dans un monde où rien n’est laissé au hasard et où l’on a davantage besoin de certitude ou d’accumuler des garanties, la grâce de Dieu est une constante interpellation qui révèle les limites de l’autosuffisance humaine. L’homme ne se suffit pas à lui-même ; il dépend de l’amour de Dieu qui le façonne à son image et à sa ressemblance. En un mot, vivre de la grâce, ce n’est pas s’enfermer sur soi-même, mais s’ouvrir à l’amour de Dieu qui nous porte. N’est-ce pas l’expérience que nous sommes invités à vivre en ce temps de carême ?

[1] Ep. 2, 6.8.

[2] Ep. 2, 1.

[3] Ep. 2, 8b.

[4] Nb 21, 4b-5.

[5] Nb 21, 8b.

[6] Jn 3, 16.

Publié le 23 mars 2009 par Nestor Nongo Aziagbia