Pèlerinage à Fourvière

Samedi le 18 juillet eut lieu dans la chapelle de Fourvière, où notre Fondateur a consa-cré la Société à la Vierge Marie, une eucharistie d’action de grâce présidée par Pierre Richaud, Provincial de la Province de Lyon, c’est lui aussi qui assura l’homélie ci-dessous.

Aujourd’hui nous voulons honorer la mémoire de notre fondateur quelques jours après le 150e anniversaire de son décès à Freetown (Sierra Leone). Quand je dis nous, c’est bien sûr tous les membres sma ici présents, les laïcs associé, mais aussi les religieuses Notre-Dame des Apôtres et les Missionnaires catéchistes du Sacré Cœur qui sont créées bien après Mgr de Brésillac mais qui doivent beaucoup aux inspirations missionnaires qu’il a données.

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Dessin Anne Audiffret

L’évangile (Jean 4) nous aide à comprendre ce qu’était l’intuition missionnaire de notre fon-dateur. Il s’agit d’une présence aimante et remplie de paix. Jésus arrive au puits de Jacob à Samarie. Et l’on assiste à une scène toute simple, mais très intense. Jésus s’assoit, une femme arrive. Ils parlent de tout et de rien, de l’eau que la femme est venue puiser. Puis des questions fusent. La femme est intéressée par l’eau vive dont parle Jésus : Donne-moi de cette eau. Je sais que le messie doit venir. Puis d’une conversation ordinaire vient la foi, et même plus, vient la mission puisqu’elle s’en va annoncer aux siens qu’elle a rencontré un homme qui pourrait être le Messie.

Cette démarche est celle vécue par de nombreux missionnaires. Nous sommes arrivés quelque part en Afrique. Nous nous sommes installés, souvent sommairement, surtout les anciens. Nous avons partagé la vie du village. Nous avons parlé des problèmes quotidiens, Nous avons cherché avec les habitants les solutions possibles. Puis des questions fusent : Pourquoi tu fais ça ? Cette question était l’occasion de parler de celui qui nous fait vivre, Jésus-Christ. Cette démarche ressemble à celle de Jésus vis-à-vis de la Samaritaine. Et puis ces personnes qui nous ont posé des questions sont allées en parler à d’autres. Au marché, on parle de tout ! Et c’est ainsi que des communautés naissent et continuent à naître ici et là.

La première lecture nous fait comprendre un peu plus comment se présente cette parole de Dieu qui veut s’installer dans le cœur de chacun. Dieu a voulu se manifester à Elie qui était réfugié dans une grotte. Différents phénomènes se produisent : un ouragan, et Dieu n’est pas dans l’ouragan ; un tremblement de terre, et Dieu n’est pas dans le tremblement de terre ; du feu, et Dieu n’est pas dans le feu ; une brise légère, c’est alors qu’Elie com-prend que Dieu est là devant lui.
Nous avons souvent la tentation de vouloir voir Dieu dans des phénomènes extraordinaires ou dans des choses grandioses. Là aussi, c’est la tentation du missionnaire : construire de grandes chapelles, beaucoup d’écoles et de dispensaires, des puits et des barrages... Beaucoup parmi nous ont fait cela. Par-fois nous l’avons fait à contrecœur, mais il fallait bien le faire pour le développement de la paroisse ou de l’œuvre que nous animions. Mais ce n’est pas dans ces grandes cho-ses que se trouvait l’essentiel. Il se trouvait dans la brise légère qui ne fait pas de bruit et qui se remarque à peine.

Mais quel est cet essentiel qui donne sens à notre travail de proximité, à toutes nos en-treprises humaines ? Nous avons aimé ceux vers qui nous étions envoyés. Nous avons posé sur eux un regard plein d’amitié et de respect. Dans son Journal d’un mission-naire, notre fondateur a écrit : Les Indiens n’aiment personne ! Et qui les aime ? Voulez-vous qu’ils aiment ceux qui les repoussent avec dédain ?... Je les ai aimés et ils m’ont aimé. Voilà ce que je puis assurer. Je crois pouvoir me rendre ce témoignage que tous les Indiens qui me connaissent, à quelques mauvais sujets près, m’aiment, qu’ils m’aiment d’autant plus qu’ils me connaissent davantage.

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Dessin A. Audiffret

Proximité des personnes au milieu de qui nous vivons, vie ordinaire avec eux, amour quotidien qui ressemble à une brise légère qui réconforte, en résumé amour de chacun au quotidien : c’est cela qui fait la vie du missionnaire.
Parmi ceux qui sont allés à Freetown le 25 juin dernier, l’un d’eux a ramené ce souvenir : la tombe où avait reposé le corps de Mgr de Bré-sillac et où reposent cinq autres membres des Missions Africaines est au milieu du cimetière parmi de nombreuses autres tombes. Tout près d’elles, on voit la tombe d’un musulman ! Cette présence simple au milieu de nombreuses autres tombes est tout un symbole de ce que doit être notre vie missionnaire.

Aujourd’hui nous sommes rassemblés en cette chapelle où Mgr de Brésillac est venu confier à Notre Dame de Fourvière son œuvre missionnaire naissante. Plus de 150 ans après nous pouvons encore confier à Marie ce qui fait notre travail, ce que veut réaliser notre Société missionnaire. Nous pouvons aussi remercier Dieu d’avoir soutenu nos deux confrères qui célèbrent cette année leurs 50 ans de sacerdoce. Nous y asso-cions nos deux nouveaux membres honoraires que nous sommes heureux de compter parmi nos amis.

Ralliement 5, septembre – octobre 2009

Publié le 20 septembre 2009 par Pierre Richaud