Petites mésaventures gastronomiques

Des huîtres toutes crues !

Il y a quelques années, à Poitiers, un couple d’amis qui m’avait accueilli m’invita à visiter la belle église de ND de la Grange. Tout près de là, on vendait des huîtres, et tout le monde était invité à en déguster. Mes amis n’hésitèrent pas.
- Oh là là ! dis-je. Vous mangez des choses crues dans des coquilles, chez vous !
- Vas-y ! me dirent-ils. Tu vas aimer ça.
Je dois dire que ce fut difficile. J’ai dû me forcer pour avaler ça, et j’avais envie de vomir. Mais aujourd’hui, plus la peine de me prier, j’aime beaucoup ça.
Chaque peuple a ses habitudes alimentaires. Il faut faire l’effort de l’accepter et respecter la culture des autres.

Florent Alain BIKINI MUSINI

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Photo Marc Heilig

Autour du schnaps.

J’étais récemment invité dans une famille mosellane pour déjeuner après la messe du dimanche. Le repas terminé, après la quiche lorraine et bien d’autres mets délicieux, la maman me demande si j’ai déjà bu du schnaps de mirabelle. Ma réponse affirmative la surprend. Avons-nous des mirabelliers chez nous ? Non, bien sûr, mais on peut distiller le vin de palme.
Et d’expliquer ce qu’est le vin de palme. C’est la sève blanche et très sucrée que l’on tire du palmier. Après l’avoir laissée fermenter sept jours durant, on la distille et l’on obtient un alcool à 80°. On peut le diluer jusqu’à 50 %. Cette eau-de-vie s’appelle le sodabi. On utilise aussi la sève du rônier et du raphia.
Le plus étonnant pour moi fut de boire le schnaps en digestif. Chez nous, nous le prenons avant le repas pour nous ouvrir l’appétit. Les paysans, quand ils reviennent des champs, ont le ventre creux et boivent du sodabi avant de manger. Ça leur donne aussi de la force car le travail est dur dans les champs ou les plantations de café et de cacao. Pour moi donc, qui avais grandi à la campagne auprès de mes grands-parents, boire de l’eau-de-vie après le repas était inconvenant.
Une petite précision, cependant : depuis lors, je me suis habitué !

Fabian GBORTSU

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Photo Marc Heilig

Du fromage et d’autres choses étranges.

Après un excellent repas dans une mission française du Bénin, on mit sur la table un fromage. L’odeur en était si forte que lorsqu’il arriva devant moi, je ne pus la supporter. Bien sûr, en tant que missionnaire, on essaie de comprendre et d’apprécier les choses, n’est-ce pas ? J’en ai vraiment fait l’effort, mais le fromage était devant moi, et j’ai vu quelques vers remuer dedans… J’ai dû quitter la salle à manger en catastrophe. Il m’a fallu trois jours pour m’en remettre. Et plusieurs mois pour apprécier le fromage.
Plus tard je passai deux mois à Lyon pour apprendre le français. Mon groupe comprenait des Chinois, des Latino-Américains, des Coréens, et moi-même, qui suis Indien. Un jour, le professeur nous dit en plaisantant :
- Si vous voulez bien apprendre le français, vous devez goûter le fromage et le vin.
Si bien que nous avons tous décidé d’aller dîner dans un restaurant français. Et nous voilà à table, avec le menu dans les mains. Et il y a des choses bizarres sur cette carte : des cuisses de grenouilles, des escargots, de la viande crue… On a commencé à plaisanter entre nous. Allez ! Ce n’est pas si terrible ! Les Chinois mangent bien du chien, et les Coréens du serpent… Enfin, nous sommes restés dans le restaurant, mais nous avons choisi autre chose sur la carte.
Mais aujourd’hui, je me régale de la cuisine française.

Deva

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Photo Marc Heilig

Histoire de l’œil

Ce genre de situation nous arrive aussi, à nous Français ! Je me souviens qu’alors que je participais à des fouilles archéologiques en Serbie, nous avions décidé de faire un grand repas avec les villageois qui travaillaient pour nous. Le boucher du village prépara des cochons de lait à la broche. L’odeur nous en chatouilla délicieusement les narines toute la matinée. A midi, on se met à table, et je me glisse dans le groupe des ouvriers. Ils sont si contents qu’ils tiennent à me servir le meilleur morceau du porcelet. Et l’on dépose sur mon assiette… un œil. Il était là, au milieu de mon assiette blanche, à me regarder. Et je le considérais en cachant mon effroi. Hors de question que j’avale ça, mais je ne voulais pas non plus vexer mes hôtes.
Heureusement, l’un d’eux se rendit compte de ma gêne et me permit une sortie respectable. Il me proposa aimablement d’honorer le plus âgé des ouvriers en lui offrant ce morceau de choix. Je n’hésitai pas : je les remerciai de leur délicate attention et tendis mon assiette au plus ancien du groupe. Et lui, très flatté, n’en fit qu’une bouchée !

Marc HEILIG

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Photo Marc Heilig
Publié le 26 janvier 2009 par Collectif