Pierre Canisius Zosso, sma de Suisse (1913 – 2010)

Notre dernier confrère sma de Suisse vient de s’endormir dans la paix le jour même de son 97e anniversaire, le 26 avril 2010, à Sarnen où il jouissait d’une retraite paisible.

Il est né le 26 avril 1913 à Heitenried, diocèse de Fribourg. Il a rejoint la SMA en 1929. En 1933, le Conseil Provincial a approuvé son admission au serment pour quatre ans et il envoie au Supérieur Général un rapport particulièrement élogieux : Ce frère a toujours donné satisfaction. Il est très pieux, ses relations avec ses Supérieurs et ses confrères sont excellentes, la fidélité au règlement irréprochable, l’application à ses devoirs très satisfaisante. Il a bon jugement, bon caractère, bon esprit, bonne santé et j’ajoute qu’il a bonne intelligence et bonne mémoire. Il parle et écrit le français assez correctement et il a quelques connaissances d’électricité pratique. Il apprend en ce moment la mécanique, pour laquelle il a beaucoup de goût et d’aptitude [1]. Canisius servira alors comme Frère, principalement à l’imprimerie de Haguenau et à Lomé de 1937 à 1945.

Le 2 février 1946, depuis Rechthalben, près de Fribourg, où il passe son congé chez son frère curé, il envoie ce courrier au Supérieur Général : Vous avez sans doute appris par mes supérieurs qui se sont faits interprètes auprès de vous, que je désire me faire prêtre. Cette idée ne date pas d’hier. Déjà tout jeune, je me dirigeais vers ce but. Au collège de Fribourg, j’ai fait deux ans de latin en même temps que mon frère, qui aujourd’hui est prêtre. Pour des raisons financières, j’ai dû abandonner les études, seul mon frère, qui me devance de trois ans, a pu les continuer. Sur ce fait, un peu découragé, je me suis fait frère aux Missions Africaines. Avec cœur et âme, j’ai embrassé cette belle vocation à laquelle je suis toujours resté attaché jusqu’à ce jour. De temps en temps, des prêtres de notre Société m’ont demandé si je ne songeais pas à me faire prêtre ; je leur répondais que j’étais fort heureux dans ma vocation de frère. Après mon serment perpétuel, j’ai eu le grand bonheur de partir en mission, où j’ai passé huit ans. Là surtout, voyant l’immense bien qui reste à faire et, par contre, le manque de prêtres missionnaires, l’idée de me faire prêtre, si ce n’est pas trop tard, est restée fixée en moi. Aussi le manque de vocations par suite de la guerre y est pour beaucoup dans cette idée. Encouragé par tous les confrères, j’ai continué le latin en temps libre pendant trois ans. Avant ma rentrée en Europe, j’ai mis Mgr Strebler et le T. R. P. Kennis au courant. Ils m’ont fortement encouragé et promis leur appui…

Avec la permission du Supérieur Général, le frère Canisius se remet aux études, d’abord à Fribourg de 1947 à 1950, puis au Grand Séminaire de Lyon de 1950 à 1952, où il est ordonné prêtre le 11 février 1952 par Mgr Gerlier. Le 15 juillet de la même année, il est nommé responsable de la maison sma de Fribourg. En octobre 1953, le P. Hugues Brun, un Alsacien de Westhalten, le rejoint. La maison de Fribourg ne procure pas les résultats espérés dans la recherche de vocations missionnaires. Elle tente de diversifier ses activités. Des prêtres étudiants, y compris des confrères sma (le P. Jérôme Fleck, par exemple, qui en gardera un excellent souvenir), viennent y séjourner durant leurs études à l’université et le P. Zosso multiplie ses tournées de conscientisation sur les missions en Afrique.
Du 8 mai au 20 octobre 1955, à l’initiative de la dynamique société missionnaire nationale suisse d’Immensee, a lieu une exposition missionnaire qui demande beaucoup de préparation et a un immense retentissement. La SMA, avec la P. Zosso, y participe activement et présente un grand stand bien éclairé, ce qui vaut au P. Zosso d’être sollicité pour l’éclairage électrique de toute l’exposition, travail qui est confié au P. Brun. L’exposition, qui a lieu à Fribourg, est présentée successivement dans onze villes différentes.
La Province doit finalement se séparer de cette propriété. Le P. Zosso rassure le Supérieur Provincial sur la valeur du bien immobilier : Je comprends bien que la construction du séminaire de Saint-Pierre vous préoccupe et vous cause bien des soucis. Ce n’est pas une petite affaire. Mais je peux dès maintenant vous assurer que la vente de notre maison apportera une aide matérielle substantielle. Le P. Zosso confirme le 6 mars 1970 que la maison est vendue à la communauté des Sœurs d’Ingenbohl au prix de 440 000 FRS. Il se dit très content de cette transaction.

L’évêché de Bâle l’a nommé au début de l’année 1970 chapelain de la paroisse de Grossdietwil. Il y restera jusqu’en 1972. Après cela, il rejoint Thun, où il travaille comme aumônier auprès des malades de la ville et prêtre assistant de la paroisse catholique.

En novembre 2003, il se retire à Lungern, puis à Sarnen, tout près du village où a vécu saint Nicolas de Flue, le patron de la Suisse. Le Père Zosso, malgré son isolement en Suisse, gardait son cœur attaché aux Missions Africaines. Il soutiendra nos œuvres missionnaires, en particulier à travers le P. Jérôme Fleck. Il avait une grande vénération aussi pour le P. Joseph Gass et il lui rendra visite quelques fois à Strasbourg. Le Père Canisius, qui aimait que tout soit beau et propre, était alors peiné de voir la façade de la Maison Provinciale en piteux état. Il reviendra un jour avec sa sacoche remplie de billets pour contribuer largement au ravalement de la façade.

La messe des funérailles a été célébrée le vendredi 14 mai 2010 à 14h à Heitenried (diocèse de Fribourg), dans l’église de baptême du Père Zosso.

Ralliement mai – juin, n°3-2010

[1] Georges Brediger.

Publié le 17 juin 2010 par Jean-Marie Guillaume