Proche de tous

Nous avons faim ! Faim de dignité, de reconnaissance, d’amitié, de compréhension, de bonheur. Nous la trompons par l’usage de drogues diverses et d’édulcorants. Nous cherchons aussi à l’éteindre en nous lançant dans toutes sortes d’aventures, surtout amoureuses, pour enfin exister pour quelqu’un, être solidement chevillé à son cœur et bénéficier de sa présence constante à nos côtés. A cause de notre faim, nous avons besoin de la présence d’autrui, qui seule peut nous soulager.

C’est d’ailleurs un drame pour les personnes âgées. Vers la fin de sa vie, maman me le confiait souvent : « Mes amies ne viennent plus me visiter. Et vous les enfants, vous êtres dispersés. Vous venez quand vous le pouvez. Mais je suis souvent seule, surtout pendant les interminables grisailles de l’automne et de l’hiver. » Comme elle, ses amies avaient vieilli, se déplaçaient difficilement, décédaient les unes après les autres. Les rangs se clairsemaient tous les ans davantage. Et la morsure de l’absence et de la solitude se faisait de plus en plus douloureuse.

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Batik africain.
Photo M. Heilig

Si nos liens mutuels se défont avec le temps et l’âge, si nous perdons peu à peu nos parents et nos amis, il nous reste pourtant une relation qui peut s’intensifier d’année en année, celle que nous avons avec Jésus. Il connaît notre faim de l’intérieur. C’est pourquoi il a décidé de s’approcher, de venir dans une chair et une existence comme les nôtres, pour être tout proche et nous rassasier de sa présence. « Ce que nos yeux ont vu, nos oreilles ont entendu, nos mains ont touché du Verbe de Vie… [1] » Oui, sa présence, c’est du concret ! Puis il s’est fait le bon Samaritain, pansant les plaies des blessés de la vie que nous sommes, avant de devenir notre hôte intérieur par le don de l’Esprit. Il est plus présent à nous que nous-mêmes, constatait déjà Saint Augustin.

Il vient encore la nuit de Noël, sans bruit, sur la pointe des pieds, se loger aux marges et aux interstices de nos vies, là où suinte notre faim. Il écoute et comprend, lui qui a tant souffert de l’incompréhension, voire de la trahison, de ses plus proches amis. Il connaît chacun de nous car pour lui nous sommes uniques, élus. Jamais des numéros, des cas ou des clones. Il entend notre désir et nous donne l’occasion de le formuler en réponse à sa question : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Notre bonheur n’est pas du prêt-à-porter, qui sortirait des placards de Dieu. A chacun de le créer en le formulant. Jésus nous soutient et nous défend, comme il l’a fait pour ses apôtres devant les pharisiens, par exemple. Il nous accompagne sur tous les chemins, spécialement sur celui de la solitude et de la mort, qu’il a parcouru personnellement bien avant nous. Il nous offre, par sa venue dans notre monde, une présence fidèle et de qualité, gratuite, respectueuse, tonifiante, celle d’un bébé souriant, livré entre nos mains à jamais.

Quel plus merveilleux cadeau pourrons-nous faire à l’occasion de Noël et des fêtes de fin d’année que de nous faire très proches les uns des autres. Peut-être irons-nous jusqu’à inviter à notre table une personne seule, un étranger ou un marginal sans domicile fixe ? Car, autour d’un café, d’un gâteau, d’un repas, nos vies se réchauffent de la présence mutuelle. D’autres choisiront de se faire proches par le bénévolat dans des associations d’aide aux personnes nécessiteuses. Peu importe le mode de rapprochement et de présence. A l’instar de Jésus, allons vers les autres, offrons-leur notre chaleur pour soulager leur faim.

Terre d’Afrique Messager 2009-4

[1] 1 Jn 1,1.

Publié le 15 juin 2010 par Jean-Paul Eschlimann