Prophètes de Vérité

15ième dimanche ordinaire
Textes : Am 7, 12-15 ; Ep 1, 3-14 ; Mc 6, 7-13

Alors que pullulent les marchands d’illusion qui proposent leurs recettes miracles, la liturgie rappelle quelques principes fondamentaux quant au prophète et à son rôle : personne ne s’institue prophète ; cette mission est reçue de Dieu au profit de toute la communauté. Le prophète n’est que porteur de la Bonne Nouvelle. Il est au service de la Vérité. C’est d’ailleurs le sens de la réflexion que fait le prophète Amos au prêtre Amazias :
« Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : Va, tu seras prophète pour le peuple Israël [1]. »
Amos relève ici les tensions latentes entre deux courants de prophétisme au sein du judaïsme : d’un côté le prophétisme d’Amos dans le respect de la grande tradition du prophétisme où les prophètes sont appelés et envoyés par le Seigneur pour être des interprètes de sa volonté auprès du peuple d’Israël ; de l’autre les courtisans royaux qui ne pensent qu’à pérenniser leur influence auprès du roi. Les uns et les autres travaillent, mais à quelle fin ?

Les deux visions contradictoires du prophétisme nous ramènent à la question fondamentale au cœur de la mission du prophète : à quoi ou à qui sommes-nous envoyés ? Quelle est la nature de notre mission ? Quels sont les moyens dont nous disposons pour la mener à bien ? Telles sont les questions qui peuvent nous tarauder l’esprit. Ces considérations nous placent devant les exigences de la mission.
L’expérience d’Amos et la mise en garde de Jésus aux disciples nous rappellent que la mission n’est pas que triomphalisme. Elle est traversée de défis, d’incompréhension, d’indifférence, de rejet et même d’échec. On pourrait se retrouver dans cette pathétique description. Combien de fois ne s’est-on pas demandé pourquoi nos assemblées sont clairsemées en dépit des efforts que nous ne cessons de déployer en vue d’y insuffler une nouvelle vie ? Nous semblons prêcher dans le vide ; nos paroles ne portent pas le fruit escompté. Nous nous décourageons au point de vouloir tout abdiquer. A quoi bon continuer ?
C’est alors que le réalisme du prophète Amos et de Jésus nous épate. Au-delà des difficultés qu’ils ne sous-estiment pas, ils exhortent au témoignage de vie. C’est en vivant de l’Evangile et en cherchant la Vérité du Christ que nous serons des prophètes de notre temps. Pour cela, il faut oser bousculer, ne pas avoir peur des résistances, briser le tabou du conformisme individuel et matérialiste.

C’est à ce prix que nous pouvons porter la Bonne Nouvelle au cœur des préoccupations de nos frères et sœurs et semer la graine de l’espérance dans leur vie. Comme les disciples, dépouillons-nous de nos certitudes et des richesses qui nous encombrent pour témoigner de la pureté de l’Evangile.

[1] Am 7, 14-15.

Publié le 13 juillet 2009 par Nestor Nongo Aziagbia