Quand Kundrathur s’illumine de mille feux…

Les Puranas [1] précisent que « les dieux choisissent toujours leurs terrains de jeux près des rivières, des montagnes et des sources. » Le village de Kundrathur est étymologiquement prédestiné à accueillir une divinité du panthéon indien. Son nom signifie « village de la montagne ». C’est Muruga, le dieu des montagnes, qui a jeté son dévolu sur ce lieu privilégié.

Le 11 décembre 2008, Kundrathur s’est éclairé de mille feux qui ont bravé la nuit. La fête de Kaarthihai Deepam a fait pousser les ailes des Hindous et des curieux, dont je faisais partie. Kaarthihai est le nom du mois ; les mois du Tamil Nadu sont en décalage avec nos mois culturellement marqués par la civilisation latine ou l’envahisseur romain. Les mois tamils épousent le cycle de la lune ; c’est cette divinité, Chandran, qui préside à la marche du temps. Ce 11 décembre annonce le mois de Maarhazhi qui met en veilleuse toutes les festivités de mariages et de réjouissances. Ce mois, les esprits des ténèbres, les asuras, rôdent et maraudent entre les maisons d’habitation à la recherche de proies humaines. Il faut être sur ses gardes, sinon gare à vous !

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Temple du dieu Muruga à Kundrathur.
Photo M. Schneider

Kaarthihai Deepam est une invitation à rechercher la vraie lumière. A la faveur de la lumière, nos pas sont assurés et peut-être notre trépas différé. Grands et petits se précipitent sur les « deepam », coupelles de cire garnie d’une mèche ; elles illuminent leurs pas lorsqu’ils gravissent allégrement les marches qui conduisent au temple du dieu Muruga. L’escalier structure le flux montant et descendant. Il est coupé en deux par les coupelles et de petits tas de sel saupoudré de poivre. Durant leur ascension, il arrive que les gens marquent le sol en abandonnant, sous forme d’offrande, tantôt les deepam, tantôt une pincée de sel, tantôt des grains de poivre.

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Fête du Kaarthigai, fête de la lumière et du sel.
Photo M. Schneider

Le père de famille porte l’offrande, qui symbolise notre ignorance. En la plaçant devant son dieu, il attend d’être éclairé spirituellement, et quand le prêtre lui retourne une part, il recueille la grâce et la bénédiction de la divinité.

Au pied du poteau sacrificiel, toute la famille s’agglutine et communie religieusement au geste du père, la fraction de la noix de coco qui exprime symboliquement sa volonté à casser son ego. En famille, ils boivent le lait de coco, comme pour confirmer leur détermination à quitter les appétits égoïstes, leur souci de soi.

Sous forme de pèlerinage, les familles tournent autour des sanctuaires, dressés dans l’enceinte de l’espace sacré. Il est important de ne pas commettre d’impair, il faut toujours tourner de gauche à droite. Qui tourne autour des divinités des planètes, qui autour de l’arbre de la chance ou de fécondité. De petits berceaux pendent aux branches, sur le piédestal sont entassées des briques… la divinité est invoquée pour les accompagner dans leurs projets de vie.

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Une lampe devant une maison durant la fête.
Photo M. Schneider

Une femme nous approche, elle mendie une obole. Pas pour elle-même, mais pour l’offrir à la divinité et connaître la joie d’une naissance. Nous ne saurons si le dieu a visité son peuple. Mais nous savons que la foi aura été le feu intérieur qui a éclairé leur démarche et leur nuit.

in Terre d’Afrique, mars 2009.

[1] Les Puranas sont un groupe de textes mythologiques de la littérature indienne.

Publié le 15 mars 2009 par Marcel Schneider