Religion et justice

25ème Dimanche du Temps Ordinaire
Textes : Am 8, 4-7 ; 1 Tm 2, 1-8 ; Lc 16, 1-13

Le tableau que peint le prophète Amos dans la première lecture ressemble en beaucoup d’aspects au portrait de nos sociétés contemporaines. L’écart se creuse de jour en jour entre les riches et les pauvres. Les premiers monopolisent presque toutes les ressources à leur profit, faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour exploiter au mieux les derniers. Ceux-ci s’écroulent dans une misère criante et déshumanisante.

Amos a été témoin d’une situation aberrante qui a même révolté le Seigneur. Israël prospérait sous le règne de Jéroboam II. C’était l’époque de la gloire humaine où le royaume du Nord s’étendait et s’enrichissait. Paradoxalement, le luxe des grands constituait une insulte à la misère des opprimés. La splendeur du culte masquait l’absence d’une religion vraie. Amos démasquait alors cette hypocrisie qui n’est rien d’autre qu’une supercherie et une offense faite à Dieu lui-même.

La véritable religion n’est pas simplement une question de rites. Elle ne se borne pas à des pratiques religieuses bien faites, ni à de pieuses dévotions. Elle est avant tout justice sociale, respect de l’humanité de l’autre. Elle est aussi l’application par tout croyant des principes d’amour envers Dieu et le prochain dans la vie de tous les jours.

La dénonciation par Amos du désir de l’argent, qui aveugle et conduit à l’oubli et à l’exploitation des autres, se retrouve chez Jésus dans une déclaration forte : « Vous ne devez pas servir à la fois Dieu et l’argent [1] ». Et pourtant Jésus fait ici l’éloge d’un gérant trompeur. Ne se contredit-il pas ? Avouons que cette parabole comporte quelque chose de déroutant. Mais quand on se penche un peu plus sur le texte, on se rend compte que Jésus ne fait pas l’éloge de la tromperie du gérant, mais plutôt de son habilité : « Ce gérant trompeur, le maître fit son éloge : effectivement, il s’était montré habile [2] ». Anticipant la décision de son maître, il se dessaisit de l’argent trompeur en remettant aux débiteurs leurs dettes dans l’espoir de se faire des amis. Plutôt que d’être aigri et révolté, il entre dans une logique de miséricorde, espérant qu’à son tour il lui sera fait miséricorde.

Cette exigence biblique rejoint l’enseignement de Jésus sur l’usage de l’argent et de la richesse, qui n’est pas un but en soi mais reste en toute chose un moyen en vue du bonheur dans le partage avec les nécessiteux. En effet, nous ne sommes que des gérants de biens qui ne nous appartiennent pas en propre, mais qui sont seulement mis à notre disposition et dont nous devrons un jour rendre compte.

[1] Lc 16, 13.

[2] Lc 16, 8a.

Publié le 20 septembre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia