Religions peu connues d’Afrique

Les Falashas d’Ethiopie

Aussi appelés « Beta Israël », c’est à dire « maison d’Israël », ce sont des juifs d’Afrique noire qui se disent issus de l’antique tribu perdue de Dan dont on ne sait plus où elle a pu survivre. Ils se réclament aussi de l’héritage de Salomon et de la reine de Saba. Il est vrai que l’Ethiopie antique était plus grande que celle d’aujourd’hui et que l’eunuque éthiopien baptisé par le diacre Philipe aurait sans doute une carte d’identité soudanaise aujourd’hui. N’oublions pas que selon les Actes des Apôtres, cet événement s’est passé avant la conversion de saint Paul.

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Préparation du repas dans une famille falasha.
Photo wkimedia

L’histoire nous dit aussi qu’il y avait des deux côtés de la Mer Rouge des communautés bédouines juives de race noire. En Arabie, elles étaient établies jusqu’au Yémen actuel qui faisait certainement partie du royaume de la reine de Saba. Mohamad les a bien connues au VIIe siècle. On n’a plus entendu parler des ces juifs d’Ethiopie avant le XIIIe siècle car ils vivaient dans une sorte de réduit judéo-chrétien que les conquêtes de l’Islam n’ont jamais pu envahir. A cette époque, ce sont des prêtres dissidents du patriarcat copte d’Alexandrie qui servaient de rabbin. Ils ne connaissaient que le canon chrétien de la Bible et ses apocryphes. Ils ignoraient le Talmud et les Ecrits rabbiniques. Persécutés au même titre que les juifs d’Europe, ils s’étaient cantonnés à la pratique des artisanats les plus divers, jusqu’à édifier les palais des rois.

A la charnière des XVIIIe et XIXe siècles, ce sont deux intellectuels français, Joseph Halévy et Jacques Faitlovitch, qui ont œuvré à la réinsertion de ce judaïsme marginalisé dans la communion juive occidentale. Les premières migrations en Israël commencèrent en 1977. En 1984 et 1991, deux ponts aériens rapatrièrent les Falashas qui souffraient de persécutions sous le régime communiste de Mengistu Hailé Mariam. Depuis 1991, 3000 « Beta Israël » ont émigré et ont posé quelques problèmes à Israël car ils acceptent les conversions, alors que la qualité juive ne peut être reconnue traditionnellement que par la descendance matriarcale. Si ta mère est juive, alors tu es juif ! Comme bien des communautés juives modernes aux Etats Unis et en Europe, les falashas ont des pratiques religieuses d’allure plus universelle…

Le mouvement rastafari

Originaire de la Jamaïque, il fut l’inspirateur du courant musical reggae mais surtout d’une religion ethno-politique qui s’appuie sur le contexte culturel éthiopien. En 1914, Marcus Garvey prophétise l’avènement d’un roi qui restituera à la race noire sa noblesse et la délivrera des injustices qui lui sont faites. La prophétie devait se réaliser avec Hailé Sélassié, né sous le nom de Tafari, puis désigné par l’Eglise éthiopienne comme Ras (chef redoutable), d’où l’expression abrégée de « Rasta ». En 1930, Ras Tafari est sacré « négus négès », Roi des rois, dans la lignée de Salomon et de la reine de Saba, sous le nom de « Hailé Sélassié » qui veut dire « Présence de la Trinité ».

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Haïlé Sélassié Ie
Photo wikimedia

Les rastas authentiques s’inspirent de la Bible mais ils n’ont pas de doctrine. Ils en ont adopté quelques pratiques comme, à l’imitation de Samson, de ne pas se couper les cheveux, ni la barbe dont les bouloches évoquent la crinière du Lion de Judas. Ils sont végétariens et ne boivent pas d’alcool, mais ils fument le chanvre indien, car la « ganja » aurait poussé semble-t-il sur la tombe de Salomon. Une traduction rasta de la Bible, Holy Piby, fut publiée en 1940. Tous les personnages, patriarches et prophètes, sont des Noirs. Mais Babylone est peuplée de colonisateurs blancs responsables de l’exil esclavagiste des Noirs. Nourrie par cet imaginaire un peu particulier, il existe une petite communauté américano-jamaïcaine de rastas en Ethiopie, mais ils ne sont pas intégrés.

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Bob Marley
Photo wikimedia

C’est en 1966, lors d’un voyage du « Négus » en Jamaïque, que Bob Marley est devenu rasta. Réprimés par les autorités britanniques, les rastas ont sans doute hâté l’indépendance de la Jamaïque. Mais bien avant la mort de Bob Marley, en 1981, le mouvement rasta s’était déjà réduit à une mode capillaire véhiculée par des artistes de music-hall comme Alpha Blondy, Yannick Noah, Doc Gynéco…

Les Mourides

L’islam n’est pas en reste de pertinences modernes. Ainsi les chefs traditionnels du Sénégal étaient-ils en contact avec l’islam dès le IXe siècle. Les messagers de la culture piétiste et humaniste soufi propre aux Qadirriyya du Maroc et aux Tidjaniyya d’Algérie furent accueillis comme des sages dans les cours des chefs car ils n’exigeaient pas la conversion des notables impliqués dans les religions traditionnelles. Ils n’en formèrent pas moins une solide élite musulmane bourgeoise.

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La mosquée de Touba.
Photo Nezumi

Parmi eux, il y eut un Cheikh qui sut fédérer autour de lui des disciples conscients de leur responsabilité du développement sur la terre sénégalaise. C’est Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie de la Mouridia, les Mourides. Né en 1853, il est décédé le 19 juillet 1927. Ses quatre grands principes étaient : l’instruction, la dévotion, le travail et la discipline.

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Amadou Bamba. Peinture murale à St-Louis du Sénégal.
Photo wikimedia

Son influence a été grande dans la constitution des coopératives agricoles productrices d’arachides. Cet homme est considéré comme un saint. Il repose dans la grande mosquée de Touba qui, en pleine savane, est un lieu de pèlerinage pour beaucoup de Sénégalais, et surtout pour les Sénégalaises qui veulent recevoir la bénédiction du Cheikh dans l’espoir d’avoir beaucoup d’enfants. Pour Amadou Bamba, la bénédiction de Dieu est productrice de fertilité à condition que l’on sache s’en préoccuper selon ses quatre principes.

Terre d’Afrique, juin 2010

Publié le 15 juin 2010 par Jacques Varoqui