Retour en pays krou

Du 20 mai au 9 juillet 2009, j’ai effectué un voyage en Côte d’Ivoire qui fut pour moi un pèlerinage. Il m’a permis de revisiter les lieux où j’exerçai mes premiers amours pour la mission, d’abord comme vicaire à Tabou-Grabo, puis comme curé de Grabo. Trois moments importants ont marqué ce pèlerinage.

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Photo A. N’Koy

Passage éclair à la mission catholique N-D du Mont Carmel de Grabo. Mon ancien vicaire, le P. Dossoumou (sma), célébrait sa messe d’au revoir. Il venait d’être affecté au Nigeria, où il travaillera dans l’administration de la nouvelle entité africaine de la Baie du Bénin. A Grabo, l’ambiance festive fut au rendez-vous. Beaucoup de paroissiens furent surpris de me revoir. A Tabou, l’ambiance fut également festive. On célébrait un double jubilé : 75 ans d’évangélisation en pays krou et 70 ans de la paroisse St-Louis. Pour les fidèles paroissiens, cette célébration fut un moment de relecture et d’engagement. Relecture de l’histoire de la paroisse à travers les personnages qui l’ont marquée. Engagement dans une pastorale d’intégration sociale pour promouvoir un meilleur vivre-ensemble dans un contexte régional marqué par des conflits : les guerres du Liberia voisin ont abouti à un mouvement de réfugiés à Tabou ; le conflit foncier des années 2000 a attisé la haine ethnique et raciale ; la rebellion des Forces Nouvelles a contribué à déstabiliser les efforts vers une paix sincère et durable entre les populations d’origines diverses venues chercher une bonne vie dans les plantations et les unités agro-industrielles de la région.

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Photo A. N’Koy

La paroisse St-Louis de Tabou, érigée canoniquement en 1939, existe depuis 1934. depuis ce temps, elle est gérée par les Pères des Missions Africaines. Elle couvre une superficie de 1895 km² et compte environ 50 000 habitants, essentiellement des paysans planteurs de palmier à huile, d’hévéa, de noix de coco et de cacao. Elle est subdivisée en Communautés Ecclésiales de Base et en Communautés Villageoises. Elle compte 6 CEB dans la ville de Tabou, et environ 55 communautés villageoises dans les villages et campements des sous-préfectures de Tabou et d’Olodio. Les activités paroissiales s’insèrent dans la pastorale d’ensemble du diocèse de San Pedro, mais s’inspirent aussi de circonstances particulières qui imposent une pastorale missionnaire axée sur la réconciliation, la cohabitation pacifique et la constitution de communautés chrétiennes intégrées. La priorité missionnaire est donc de faire en sorte que les personnes qui partagent le même espace vital de production commerciale et économique, même si elles ont des opinions politiques, religieuses ou tribales divergentes, vivent ensemble sans confrontation, sans haine ni jalousie.

La paroisse St-Louis est marquée par trois grandes périodes. Il y a d’abord celle de Simon-Pierre Cossé. Ce prêtre missionnaire français, fondateur de la paroisse, figure en première ligne de toute évocation. Sur le pagne de la fête, son visage est imprimé à côté de la maquette de l’église paroissiale. C’est le temps de l’arrivée de l’évangile en pays krou. Au cours de cette période longue de 30 ans naquirent les premières écoles primaires dans le département et eurent lieu les grandes luttes contre les sorciers, les génies et les masques, que l’on présentait comme ennemis de l’évangile. La 2e période va de 1963 à 1990 Elle s’ouvre avec l’arrivée du P. Joseph Parriaux et prend fin avec la création de la paroisse N-D du Mont Carmel de Grabo. Elle porte une attention particulière à la tradition krou. Des sessions de catéchistes sont régulièrement organisées et ceux-ci peuvent échanger sur les priorités pastorales pour adapter l’évangile au vécu social des fidèles. Le contact des Pères avec les fidèles est rendu plus facile et plus fructueux grâce à l’implantation des unités agro-industrielles de la Palm-Industrie qui entretiennent les routes. Les travailleurs des usines ont apporté une nouvelle dynamique à la vie chrétienne, et l’exode de gens venus du Burkina et du nord-est de la Côte d’Ivoire provoque l’accroissement de la population. Ce qui va augmenter considérablement le nombre des fidèles chrétiens et des communautés villageoises. Car à cette époque naissent également des villages, des campements et des cités pour travailleurs.
La dernière période se termine en 2009, avec la construction de la nouvelle résidence des Pères et la nomination du premier curé africain. En effet, le P. Dario Dozio, curé depuis deux ans, cède la place au P. Fidelis Atolagbe, vicaire depuis trois ans.

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Photo A. N’Koy

Soixante-quinze ans après l’arrivée de l’évangile à Tabou, beaucoup de choses ont été faites, et l’évangile a réussi à pénétrer dans les campements les plus reculés du département. Des pasteurs se sont succédés et une attention particulière a été portée à la coutume locale. Mais beaucoup reste à faire. Il est nécessaire, par exemple, de construire une communauté chrétienne vivante et agissante qui milite pour une société juste et pacifique, et de former les fidèles laïcs à la responsabilité pastorale. Depuis 75 ans, les catéchistes ont assuré des tâches importantes d’animation des communautés chrétiennes et de responsables des mouvements et associations. Il y a aussi le défi de l’autonomie financière de ces communautés. La paroisse St-Louis de Tabou vit essentiellement de dons extérieurs, il est donc important de créer des mécanismes locaux pour générer des ressources.

Publié le 6 octobre 2009 par André N’koy Odimba