Savoir prendre des risques

19ième dimanche ordinaire
Textes : Sg 18, 6-9 ; Hb 11, 1-2.8-19 ; Lc 12, 32-48

Nous savons presque tous l’histoire de cet homme qui se promène sur les crêtes d’une montagne lorsque, tout à coup, il perd l’équilibre et se retrouve dans le vide. C’est la chute fatale. Heureusement pour lui, il réussit à s’agripper de justesse aux branches d’un arbuste. Il se met alors à demander de l’aide en criant au secours du mieux qu’il peut : « Y a-t-il quelqu’un pour me venir en aide ? Est-ce que vous m’entendez ? Un coup de main, s’il vous plaît, je suis désemparé. » Du ciel une voix se fait entendre : « Mon fils, ne crains rien. Je suis à tes côtés pour te protéger et veiller sur toi. Lâche donc les branches auxquelles tu t’es accroché et tout ira bien pour toi. » L’homme regarde dans le vide, apprécie la chute, relève la tête vers le haut et demande de nouveau : « N’y a-t-il personne d’autre ? »

Tout est dit. Il a suffit d’un seul regard pour que l’homme se rende compte de l’absurdité de cette proposition. Quelle personne sensée ne se comporterait pas de la sorte ? Il faut être vraiment naïf pour courir un tel risque. Par expérience, l’issue d’une telle chute ne fait pas de doute. La sagesse humaine invite dans de pareilles circonstances à prendre beaucoup de précautions. Il en est ainsi pour les gestes ordinaires de la vie. On est assené à longueur de journée des dispositions sécuritaires qu’il convient de mettre en pratique. Dans cette perspective, l’exhortation de Jésus semble manquer de bon sens. Comment peut-on tout vendre et s’exposer à la précarité ?

Sans toutefois tomber dans l’imprudence et l’inconscience, la foi apparaît plutôt comme un engagement de tout l’être confiant dans les promesses divines et tendu vers leur réalisation. C’est ainsi que l’auteur de la lettre aux Hébreux fait l’éloge des patriarches. En quoi consiste leur mérite ? En quoi leur expérience se distingue-t-elle de la nôtre ? En quoi sont-ils différents de nous ? Telles sont certaines questions que nous ne pouvons éluder. De prime abord, nous pouvons dire que la foi des pères - Abraham, Isaac et Jacob - dans les promesses de Dieu a nourri l’espérance de leurs descendances. Croire, en ce qui les concerne, c’est accepter de faire confiance sans tout comprendre. La foi permet de traverser les questionnements, les frustrations, les purifications, pour accéder à un sens qui se dégage peu à peu et à la conscience accrue de la présence de Dieu qui agit dans l’histoire. C’est ainsi que nous pouvons interpréter l’histoire d’Abraham et de Sarah, sa femme. C’est pourquoi ils sont considérés comme les ancêtres des croyants : « La foi est ce moyen de posséder déjà ce que l’on espère et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Ecriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi  [1] ». De l’incertitude aux épreuves qui menacent la réalisation de la promesse de Dieu en leur faveur, Abraham et Sarah ont fait confiance à Celui qui les a appelés et les a fait sortir de leur pays : « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner comme étranger dans la Terre promise ; c’est dans un campement qu’il vivait, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse que lui, car il attendait la cité qui aurait de vraies fondations, celle dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte  [2] ».

Comme nous le voyons par la vie des patriarches, la foi n’est pas seulement faire confiance au Seigneur. Elle ne décharge pas l’homme complètement de tous ses engagements. Loin de là. L’obéissance dont le croyant fait montre dans sa foi n’est pas une obéissance servile. Elle l’engage par contre dans les combats de la vie et le met au premier plan. N’est-ce pas le message que la liturgie veut nous transmettre en ce 19ième dimanche ordinaire ? En effet nous lisons dans le livre de la Sagesse : « Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères  [3] ». L’Evangile nous en fait une application pratique. Alors qu’il exhorte le croyant à la confiance et au dépouillement, il lui rappelle en même temps la nécessité du service et de l’attention aux autres. En effet, la confiance à laquelle est convié le croyant n’est pas une confiance passive. Elle nécessite de sa part de prendre des initiatives. Aussi le croyant est-il associé par ses actions et ses engagements à la réalisation du Règne de Dieu parmi les hommes. Voilà ce à quoi la foi en Dieu nous engage aujourd’hui.

[1] Hb 11, 1-2.

[2] Hb 11, 8-10.

[3] Sg 18, 9.

Publié le 9 août 2010 par Nestor Nongo Aziagbia