Suivre le Christ jusqu’à la croix

12 ième dimanche du temps ordinaire
Textes : Za 12, 10-11a ; 13, 1 ; Ga 3, 26-29 ; Lc 9, 18-24

« Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra [1] ».

Ce propos de Jésus semble aller à l’encontre du bon sens. Comment peut-on raisonnablement sauver sa vie en la perdant ? La sagesse n’enseigne-t-elle pas d’éviter de prendre des risques inutiles ? Ces dernières précautions relèvent simplement du bon sens. Elles prouvent combien l’homme est responsable dans ses choix. Si nous restons à une première lecture de l’exhortation que donne Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui, notre indignation peut se justifier.

Mais prenons l’exhortation jusqu’au bout : « Celui qui perd sa vie pour moi la sauvera [2] ». Loin d’un masochisme déconcertant, Jésus décrit par contre les conditions d’un vrai disciple : s’engager à la suite du Christ et vivre sa foi envers et contre tout. Pour nous mettre à la suite de Jésus, il faut dépasser les multiples obstacles qui encombrent notre parcours et qui nous distraient de l’essentiel, à savoir nous attacher à la personne du Christ. C’est en ce sens qu’il demande à ses disciples : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je [3] ? » Il ne se satisfait pas de l’impression générale que la foule peut avoir de lui. Il veut avoir le cœur net sur ce qui les lie à lui. Il les questionne alors sur leur motivation ou sur le sérieux de leur engagement.

A ce niveau, chacun de nous peut déjà se demander : qu’est-ce qui me fait trébucher et m’empêche de me donner à fond à mon engagement de chrétien et de disciple du Christ ? Aussi la question de porter sa croix à la suite du Christ ne relève-t-elle pas de la bienséance, mais plutôt des combats pour la promotion de la vie dans des choix courageux et des situations qui peuvent parfois ébranler les convictions les plus profondes. Qu’on se rappelle l’histoire de Clarence Jordan en Géorgie, aux Etats-Unis, dans les années 1940. Inspirateur du mouvement « Koinonia » dans le milieu agricole, ce chrétien de confession baptiste s’est résolument engagé contre la ségrégation raciale et pour la promotion des droits des Noirs. Sa foi l’a poussé à prendre parti pour eux. Ils avaient été soumis à l’esclavage, leur dignité était bafouée. Ils cherchaient à faire reconnaître leurs droits. Face aux difficultés, Jordan se tourna naturellement vers son frère Robert, un éminent avocat et un politicien accompli. Ce dernier refusa de se mouiller. Confronté à son frère, il se défendit comme il le pouvait en ces termes : « J’ai suivi le Christ jusqu’à un point… je l’ai suivi jusqu’à la croix. Je ne vais pas me faire crucifier ». Comme Robert, il y a des moments dans notre vie où notre engagement à la suite du Christ est mis à rude épreuve. La tentation est souvent grande de nous détourner de Jésus et de sa croix. Nous prenons nos distances. Nous avons peur d’afficher nos convictions religieuses. Les exemples ne manquent pas.

Il est difficile à une jeune femme de prendre sa croix à la suite du Christ quand elle vient d’être rejetée par celui qu’elle aime tendrement. Il est difficile à une personne âgée de prendre sa croix à la suite du Christ lorsqu’elle sent qu’elle est désormais devenue un fardeau pour les autres et qu’on souhaite se débarrasser d’elle. Il est difficile à une femme de prendre sa croix à la suite du Christ quand elle est abandonnée avec ses enfants par un mari qui mène la belle vie ailleurs. Il est difficile à un jeune homme de prendre sa croix à la suite du Christ quand il est condamné à passer le reste de sa vie dans un fauteuil roulant par la faute d’un chauffard. Que faire quand la croix devient trop lourde à porter ? Tournons-nous vers le Christ lui même, qui a dit : « Celui qui perd sa vie pour moi la sauvera [4] ».

Seigneur, nous t’offrons notre vie entière : toutes nos joies et toutes nos peines. Face aux vents contraires, que ton exemple nous stimule, toi qui nous exhortes à porter notre croix à ta suite. Donne-nous de lever le regard vers toi et de trouver en toi la consolation dont nous avons le plus grand besoin. Dans nos épreuves, apprends-nous la grâce de l’humilité, apprends-nous à mettre notre confiance en toi.

[1] Lc 9, 23-24a.

[2] Lc 9, 24b.

[3] Lc 9, 20a.

[4] (Lc 9, 24b.

Publié le 21 juin 2010 par Nestor Nongo Aziagbia