Sur les chemins de la vie

24ième dimanche du temps ordinaire
Textes : Is 50, 5-9a ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35

Que s’est-il passé entre la profession de foi et la rebuffade de Pierre par Jésus ? Le changement de ton a été vraiment radical au point que l’on pourrait bien se poser certaines questions. De cet épisode, on peut retenir deux approches différentes des mêmes faits : la conception commune du messie d’une part et de l’autre la conscience que Jésus avait de sa mission.

A cause de ses nombreux prodiges, le peuple voyait en Jésus qu’il se cachait quelque chose de divin. Celui qui déploie tant de puissance ne peut pas être un homme ordinaire. Il est forcement habité par le Seigneur dont il jouit des faveurs. C’est pourquoi Jésus a été facilement identifié au Messie. Pierre ne s’y trompe guère lorsqu’il révèle l’intime identité de son Maître : « Tu es le Messie [1] ». Pour le commun des mortels dans le judaïsme, cette affirmation est étroitement associée à la grandeur de Dieu qui exerce de manière souveraine sa royauté sur toute l’humanité. Aussi le messie est la figure du grand roi qui vient rétablir la royauté de Dieu au milieu des hommes. L’imaginaire du peuple s’est fixé sur un nouveau David, guerrier et dominateur, bref un messie triomphant. Dès lors, comment peut-on concevoir qu’il puisse souffrir et mourir ? Tel est le scandale contre lequel Pierre compte prémunir Jésus. De grâce, il ne t’arrivera rien puisque tu es sous la protection de Dieu.

Décidément l’entourage de Jésus ne comprend rien. Contre la toute-puissance des hommes qui veulent tous se soumettre, Jésus trace une nouvelle voix dans laquelle il manifeste sa grandeur. Ce chemin passe par l’abaissement, la souffrance et même la mort : « Pour la première fois il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué [2] ». La logique de Jésus se distingue fondamentalement de celle des hommes. En effet, il vient, non pas pour vaincre, mais pour partager le destin des hommes jusqu’à une mort ignominieuse.

Voilà qui nous change de notre approche et de notre manière de vivre notre foi à la suite du Christ. L’évangile n’est une question ni de pouvoir, ni de domination. Il est source de vie et invite au don de soi. C’est le sens du dépouillement auquel le Christ nous appelle. S’embarquer sur cette voie à la suite du Christ, c’est accepter de prendre des risques, au détriment de notre confort et parfois de notre propre vie. C’est aussi dépasser des certitudes qui nous enferment sur nous-mêmes, dans nos vérités, et constituent à la longue des obstacles qui nous empêchent de grandir. C’est ainsi qu’on pourrait interpréter la rebuffade de Jésus à Pierre : « Passe derrière moi, Satan » ! Nous avons parfois besoin de cette vive interpellation pour sortir de la léthargie où nous nous enlisons profondément. Le coup de gueule de Jésus serait donc perçu comme une invitation à nous recentrer sur l’essentiel et à définir nos priorités, non en fonction d’un quelconque intérêt égoïste, mais au profit de tous. En effet, suivre le Christ serviteur, c’est être animé d’une foi vivante qui nous engage au service de nos frères et sœurs dans la justice comme nous le rappelle saint Jacques.

[1] Mc 8, 29b.

[2] Mc 8, 31.

Publié le 14 septembre 2009 par Nestor Nongo Aziagbia