Sur les hauts plateaux de Tanzanie.

La paroisse de Kilulu est l’une des premières missions fondées par les Pères Blancs dans l’actuel diocèse de Shinyanga (1939). Pour le jubilé du cinquantenaire, en 1989, l’un des trois Pères fondateurs était présent. Un vieux chrétien s’est agenouillé et lui a baisé les pieds pour le remercier de lui avoir fait rencontrer Jésus Christ.

La Tanzanie progresse.

Depuis 17 ans que je suis en Tanzanie, le pays s’est développé. Par exemple, les routes goudronnées sont plus nombreuses, même si celles qu’on réalisées les Chinois il y a une dizaine d’années nécessitent une réfection par endroits. Actuellement, c’est l’Afrique du Sud qui en construit de nouvelles. Ah, ces Chinois ! Outre les ustensiles de cuisine, les radios, les vélos – on trouve même de l’ail chinois ! - , il y a maintenant des motos, qui se déglinguent rapidement sur nos pistes. Le pays fait un grand effort pour le dépistage du sida et la distribution de rétroviraux. De même pour le paludisme : les femmes enceintes peuvent acheter des moustiquaires imprégnées, et l’on utilise un nouvel anti-paludéen combiné à de l’artémisine, un extrait de plante chinoise.

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En Tanzanie à la saison des pluies.
Photo sma

Une directive voulait que les enfants ne fassent pas plus de 3 kilomètres pour se rendre à l’école. Même si actuellement les écoles primaires fleurissent dans chaque village, les enfants ont encore souvent un long trajet à faire : l’habitat est dispersé, composé de cases entourées de champs. Un gros village peut ainsi s’étirer sur plusieurs kilomètres.

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Kilulu.
Photo J.-M. Guillaume

Pour les Sukumas, qui sont presque 4 millions au nord-ouest de la Tanzanie, l’aliment de base est le maïs, tributaire des conditions climatiques : s’il n’y a pas assez de pluie, il se dessèche ; s’il y en a trop il pourrit, surtout s’il est planté dans cette sorte d’argile noire appelée « black cotton soil ». Les Sukumas sont aussi éleveurs, ce qui occasionne souvent des frictions avec les Massaï voisins, qui disent que Dieu leur a confié tous les bœufs de la terre ! Avoir des bovins, c’est précieux, c’est une réserve pour les factures d’hôpital, pour la scolarité des enfants, et surtout pour régler la dot (une dizaine de bêtes). Si un homme enlève sa belle sans payer la dot, et que par malheur sa femme meurt quelques années plus tard, elle ne sera pas enterrée tant qu’il ne s’en sera pas acquitté. Posséder un troupeau, c’est signe que l’on a réussi. C’est pourquoi le vieux est inhumé dans le parc à bœufs.

La mission de Kilulu.

Par la route la plus directe à quelques 200 km au sud-est du lac Victoria, Klilulu est situé sur les hauts plateaux tanzaniens, à 1450m. Ah ! L’air pur des montagnes, direz-vous… Oui, mais s’il pleut et que vous mettez une bassine en plein air, vous recueillerez parfois de l’eau noirâtre !

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La mission de Kilulu.
Photo sma

Ancienne mission, Kilulu a donné naissance à trois paroisses, situées à l’ouest. Il reste principalement les villages situés à l’est, avec très peu de catholiques, environ 2500 sur 120 000 habitants. Ce sont des villages très difficiles d’accès, surtout en saison des pluies : bas-fonds inondés, boue… Nous sommes dans l’hémisphère sud et, normalement, la saison des pluies va de novembre à mai. Bien souvent, les chrétiens pataugent dans la boue pour fêter Noël ou Pâques. Les communautés chrétiennes de base rassemblent des croyants d’une vingtaine de familles qui n’habitent pas trop loin les unes des autres ; elles peuvent ainsi se réunir plus facilement en dehors d’un dimanche et réfléchir ensemble. Leur vitalité dépend de l’équipe dirigeante élue : un président, un secrétaire, un trésorier. Bien souvent les femmes sont trésorières, parce qu’elles sont considérées comme plus fiables. Et puis, elles représentent environ 80 % des chrétiens…

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Kilulu.
Photo J.-M. Guillaume

Pour animer les différentes communautés chrétiennes, les catéchistes, hommes ou femmes, sont les aides indispensables du prêtre. Dans les villages, ils assurent non seulement la prière régulière du dimanche, mais aussi le catéchismes aux enfants et aux adultes, les enterrements… Cela nécessite parfois une semaine entière à la paroisse pour la préparation immédiate aux sacrements, et tout cela bénévolement. C’est pourquoi, en cas d’imprévu – maladie, mauvaise récolte – il faut bien leur donner un coup de pouce. Lorsqu’ils voient les chrétiens cultiver ensemble un champ pour leur communauté de base, s’entraider lors d’un décès ou d’une naissance, les Sukumas, d’ordinaire assez individualistes, s’étonnent et demandent à suivre la voie de Jésus.

in Terre d’Afrique, mars 2009.

Publié le 15 mars 2009 par Robert Wolff