Togo : les paysans prennent en main leur avenir

La situation au Togo est difficile pour les paysans qui représentent 70 à 80% de la population. En 2003, quelques représentants du monde rural se sont regroupés pour créer Mapto (Mouvement pour une Alliance paysanne au Togo). Le CCFD-Terre Solidaire est partenaire de ce syndicat paysan depuis sa création.
Une interview de Koffi Tomi, venu présenter l’activité de Mapto pendant la campagne de Carême en France.

Pourquoi avoir créé Mapto voici sept ans ?
Pour faire entendre notre voix. À l’époque, tout se passait comme si les paysans n’existaient pas. Le prix du coton par exemple était fixé par le gouvernement sans même nous consulter. De même, les décisions importantes concernant les politiques de développement agricole étaient prises directement à la capitale, Lomé, sans la moindre concertation. C’était inacceptable. En créant Mapto, nous avons voulu favoriser le dialogue et le partage d’expérience entre les paysans de l’ensemble du pays. Notre mouvement compte aujourd’hui plus de 17 000 membres actifs.

Quels sont les axes d’action prioritaires ?
Nous en avons plusieurs. Nous voulons tout d’abord professionnaliser les filières agricoles afin de répondre aux besoins alimentaires du pays et défendre nos conditions de vie. Nous souhaitons également promouvoir l’agriculture familiale qui, seule, peut résoudre dans la durée les problèmes liés à l’alimentation des populations. Les seules cultures subventionnées aujourd’hui sont le café, le coton, le cacao, parce qu’une grosse part de ces productions sont orientées vers l’exportation. Or, la plupart des paysans cultivent le maïs pour la consommation familiale, mais aussi pour la vente sur les marchés. C’est dans ce domaine que doivent porter les efforts.

Vous avez également pris des initiatives intéressantes pour défendre les paysans. Je pense notamment au « Bol Mapto ». Expliquez-nous...
Nous souhaitons — ce qui est légitime — pouvoir vendre nos productions à un juste prix. Dans cette optique, nous testons une nouvelle méthode dans plusieurs régions du pays. Tous les jours, nous affichons le cours des céréales à l’entrée des marchés. Des crieurs annoncent les prix pour ceux qui ne savent pas lire. Par ailleurs, nous avons en effet distribué aux paysans un bol qui doit servir de mesure universelle. On l’appelle maintenant le « Bol Mapto ». Il permet de mesurer très exactement 2,5 kilos de céréales. Nous avons pris cette initiative parce que certains commerçants malhonnêtes trafiquaient leurs mesures. Ils payaient pour 2,5kg de céréales alors qu’ils en achetaient en fait pour 3kg ou 3,5kg. Avec notre méthode, le villageois est sûr qu’il achète les céréales au « prix du marché » et peut mesurer lui-même, en toute transparence, la quantité souhaitée.

Quel est le résultat dont vous êtes le plus fier ?
Nous avons communiqué ces nouvelles mesures aux préfets et aux services de l’État. De façon surprenante, l’accueil a été plutôt bon et nous allons pouvoir étendre l’expérience à l’ensemble du pays. Aujourd’hui, notre organisation est reconnue par l’État qui nous considère comme un interlocuteur à part entière. Grâce à cela, nous avons réussi à doubler le prix plancher du maïs qui constitue le principal revenu des paysans togolais. Quand on mesure le chemin parcouru depuis sept ans, on peut dire que c’est un beau succès.

Dans la « Lettre du CCFD – Terre Solidaire » n°42 juillet 2010

Publié le 7 septembre 2010