Un Nouvel An de couleurs

En Inde, la poignée de mains ne fait pas partie des coutumes d’accueil ou du rituel de salutation. L’Indien joint les deux mains à la hauteur du cœur et vous salue en faisant la révérence. Il n’y a pas de contact physique comme dans notre civilisation européenne. Autre pays, autres mœurs !

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Mme Arokia réalise son kolam avec ses enfants.
Photo M. Schneider

Quand à Nouvel An 2009 j’ai visité la maison du dentiste Arokia, je fus accueilli par une beauté silencieuse. Un magnifique « kolam » géant servait de tapis d’accueil devant la crèche. Il s’agit d’un dessin géométrique, où se mêlent les formes de fleurs et de lampes. L’imagination féminine fait le reste, pour la joie des passants et des dieux. Notre « kolam » est l’œuvre conjointe de la maman et des deux enfants. Madame Arokia m’a dit qu’elle avait utilisé 30 kg de sel et que ses enfants avaient participé à le colorer.

Dans la culture indienne, ces kolam sont réalisés en l’honneur de Laksmi, déesse de la prospérité. Le kolam vient la séduire pour attirer ses faveurs. Les chrétiens n’ont pas abandonné la coutume hindoue. Le kolam devient une salutation muette et une façon colorée de souhaiter la prospérité.

Le rituel du kolam exige que la terre soit purifiée au préalable, souvent avec de la bouse de vache. Combien souvent j’ai admiré la dextérité manuelle, la précision du geste… Et le kolam surgit comme par enchantement, prêt à recevoir les couleurs. Traditionnellement, les femmes se servent de farine de riz. Madame Arokia a choisi le sel parce que, dans la culture indienne, il a la capacité d’absorber nos soucis, ceux de la rue, ceux des passants, ceux de la famille. En fondant dans la moiteur hivernale, les soucis s’évaporent. Faut-il rappeler que dans les grandes civilisations le sel était considéré comme une substance mystérieuse et surnaturelle ? Nous l’avons peut-être oublié.

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Le kolam de Mme Arokia.
Photo M. Schneider

La beauté silencieuse est là pour élever notre cœur. Sursum corda ! Le kolam est à la fois sacrifice et offrande. Il y a le temps donné, trois à quatre heures ; il y a le tapis offert, les fleurs et les lampions. Ils remercient du fond du cœur leur Dieu ou leurs dieux pour le bienfait de la connaissance, du bonheur, de la paix et de la prospérité.

Laissons-nous séduire par la magie de la couleur. Elle nous parle par elle-même. Un grand merci à Madame Arokia qui sait égayer son univers pour notre plus grand bien.

Terre d’Afrique Messager 2009-4

Publié le 2 février 2010 par Marcel Schneider