Un artiste missionnaire

L’œuvre du Père Eugène pourrait être considérée comme une sorte d’art de toucher à tout. Il n’en est rien. Ayant personnellement cheminé dans les mêmes brisées et au regard du peu de moyens dont il disposait, il me faut lui reconnaître une capacité particulière à assimiler le contexte des arts et de la culture de son temps. Il a su à chaque moment de sa vie se forger une écriture iconographique en parfaite adéquation avec les exigences esthétiques d’actualité.

Paysages

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Peinture E. Woelffel

Les paysages sont pour Eugène un moyen d’évasion, de mémoire et de fidélité. Pratiquement tous datent des années d’études et de confinement dans les séminaires et en aumônerie. En 1928, il est à Chanly en Belgique, pour le noviciat et la philosophie scolastique. Il redessine l’Alsace et peint ce qu’il voit par sa fenêtre ou lors de promenades. En 1932 il est à Lyon. A la fin de sa vie il peint à Andlau des fresques dans une petite crypte de l’église qui sont comme un paysage de son âme alsacienne. Sur un support ingrat, à la manière du Hortus Deliciarum de Hérrade de Landsberg, elles sont un aperçu de la vie de Sainte Richarde.

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Peinture E. Woelffel
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Peinture E. Woelffel

Humour potache et clérical

Le noviciat est un lieu de confinement spirituel propre aux études du « thé au logis ». Hansi s’y serait trouvé à l’aise avec notre artiste. En 1939, la mobilisation des missionnaires en Afrique est une farce. Les confrères sont une source intarissable d’histoires drôles et de portraits de tempérament… Les Pères Schahl et Diss sont Laurel et Hardy, le Père Bardol pose pour le film Roma de Fellini, et les philosophes sont tous des Charlots.

Splendeurs africaines

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Peinture E. Woelffel
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Peinture E. Woelffel

Les images parlent d’elles même et ne réclament aucun commentaire. On peut y reconnaître des influences fauves, tachistes ou impressionnistes dans le prolongement des œuvres de Gauguin, Matisse et parfois Rouault. Eugène ne s’est pas beaucoup livré à ce sujet. Il s’était forgé son propre style de peintre qui vers 1958. Huit de ces œuvres ont illustré un calendrier de la SMA à cette époque. C’est dans la pratique de la gouache sur papier « canson » noir qu’il excelle. Les autres supports, comme l’isorel pour la peinture à l’huile, lui réussissent peu et l’usage des vernis au pinceau encore moins. Mais l’âme africaine dont il témoigne est bien présente.

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Peinture E. Woelffel

Les arts modernes

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Eglise d’Amoutivé.
Peinture E. Woelffel

Eugène n’a rien ignoré des arts modernes. Lorsqu’il veut faire plaisir à une de ses nièces, il le fait à la manière des pastels de Renoir, pour une autre à la manière de Manet. Mais il n’a pas ignoré les Delaunay, Kandinsky ou Miro. Son œuvre en Afrique est la décoration de l’église d’Amoutivé au Togo dans le style art moderne. Eugène y a mêlé les allégories religieuses de l’époque. La complicité de ses dernières années avec les séminaristes de St-Pierre qui éditaient la revue Ralliement l’a entraîné dans la pratique des « arts plastiques » avec un tirage d’une série de cartes sur papier gaufré réalisée à la « ronéotypie » électronique. Le trait est sans reproche.

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Peinture E. Woelffel
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Peinture E. Woelffel
Publié le 8 octobre 2010 par Jacques Varoqui