Un peuple de prophètes

26ième dimanche de l’année B
Textes : Nb 11, 25-29 ; Jc 5, 1-6 ; Mc 9, 38-43.45.47-48

La similitude est frappante dans les démarches entreprises d’un côté par Josué et de l’autre par Jean. L’un et l’autre portent le souci d’affirmer, de manière inconditionnelle, l’autorité de leur chef. Quand Josué remarque que deux hommes parmi ceux qui étaient restés au camp et qui ne faisaient donc pas partie des soixante-dix anciens commençaient à prophétiser, il supplia Moïse de les faire taire : « Moïse, mon maître, arrête-les [1] ». C’est la même logique qui justifie la démarche de Jean devant ce qui apparaît comme une usurpation de la part de cet inconnu qui n’a pas de part avec eux : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent [2] ». Aussi légitime soit cette démarche, on ne saurait éluder la grande question quant aux motivations profondes de Josué et de Jean. Pourquoi s’activent-ils avec autant d’énergie à interdire aux autres d’agir sous l’autorité de leur maître ?

La réponse à cette question paraît tout évidente. Il s’agit fondamentalement d’empêcher des inconnus de s’approprier des droits ou des biens qui ne leur appartiennent pas en propre. Les disciples peuvent encore s’arroger ce droit en vertu de leur relation avec Jésus. Du point de vue de Josué et des apôtres, la relation est bien structurée. A moins de faire partie du clan, on ne peut prétendre à rien. C’est un système qui fonctionne sur un mode discriminatoire. Il répartit les gens selon deux classes bien distinctes : d’un côté la catégorie des ayants droit, des adhérents, des intimes, des proches et de l’autre celle du commun des mortels.

Moïse, tout comme Jésus, franchissent cette barrière artificielle qui enferme la personne dans ses convictions personnelles, lui donne un semblant de sécurité et la conforte dans ses préjugés de supériorité. Avec eux, les perspectives sont nettement différentes. En effet, ils ne s’intéressent pas tant au développement de leur égo qu’à l’action de Dieu en chaque homme. Ceci est manifeste dans la réaction de chacun d’eux. Alors que Moïse souhaite que le Seigneur fasse de tout le peuple un peuple de prophètes, Jésus invite ses disciples à reconnaître et à respecter les bonnes intentions qui émanent des autres. Décidément, le ton n’est ni à la polémique ni à la rivalité. Il s’agit de transcender les oppositions et les jalousies intestines et de créer les conditions d’une franche collaboration dans laquelle chacun grandisse en toute confiance.

Le défi que nous lance la Parole de Dieu aujourd’hui est celui de reconnaître la liberté dont jouit l’Esprit de Dieu. Il n’est pas soumis à une quelconque régulation humaine. Il souffle où il veut et meut qui il veut. Dans cette profonde attitude de liberté, on ne pourrait que se scandaliser d’un certain sectarisme qui ramène tout à soi et à ses propres avantages. Vivre alors de l’Esprit, c’est se réjouir du bien qui peut arriver à l’autre, apprécier ses efforts, voir d’un bon œil sa réussite sociale et professionnelle et être admiratif devant ses talents. En effet, toutes les qualités dont le Seigneur nous a gratifiés ne servent pas uniquement à établir notre autorité au détriment de nos frères et sœurs. Ce sont plutôt des moyens qui sont mis à notre disposition pour leur service et leur épanouissement. Dans la même attitude de liberté et sans esprit de rivalité ni de jalousie, travaillons ensemble pour la promotion humaine.

[1] Nb 11, 28b.

[2] Mc 9, 38.

Publié le 28 septembre 2009 par Nestor Nongo Aziagbia