Un texte surprenant par plus d’un côté…

J’ai été très content de retrouver l’affirmation de saint Thomas qui écrivait que la première instance morale de l’homme est sa conscience éclairée… Simplement, je me demande quel ophtalmo jugera de la vue ou de l’« éclairage » nécessaire ! Cet adjectif ne permet-il pas à un intervenant extérieur de tout remettre en cause ? Jusqu’à excuser ou accuser celui qui manquait de l’éclairage nécessaire ? Ne ferait-on pas, ou plus, les « péchés » qu’aujourd’hui on croit faire ? D’autant plus que l’histoire nous montre qu’un intervenant extérieur n’a pas forcément toujours empêché (bien au contraire) la morale de devenir l’ennemi du bien ! Et Dieu n’est pas chaque fois venu corriger le tir ! Il n’a pas, à chaque fois, refait le coup du bélier qui a empêché Abraham de tuer son fils… Même si le Christ, son fils, n’a pas eu cette chance-là !

J’ai été plus heureux encore d’apprendre que l’embarrassant et inutile dogme de l’infaillibilité pontificale a été inventé pour qu’on ne puisse pas, ou plus, confondre le pape avec le Dalaï-Lama… Lequel des deux l’appréciera le plus, je ne sais… Par contre, je me demande si l’archevêque, auteur du texte, ne se fait pas quelques illusions.
D’abord parce que les hommes d’aujourd’hui sont paradoxalement plutôt friands d’irrationnel, de mystères, d’extra-terrestres messages et de choses qu’ils ne comprennent pas [1]…
Et qu’ensuite la recherche d’« une posture vraie pour être en capacité d’être entendu » n’empêchera certainement pas les hommes de croire (entre autres choses) que l’Eglise des vieux célibataires que nous sommes est incapable de vraiment comprendre les problèmes du mariage, alors qu’elle parle si souvent du préservatif et si peu de la situation concrète des « fidèles divorcés ».

A moins que, dans la logique de ce qui est dit, pour une plus grande capacité d’être entendu et compris, l’archevêque ne veuille que demain les prêtres se marient… Ce qu’il n’ose croire, sans parler de l’hypothétique inefficacité de la décision, sur ce plan.
Finalement, j’ai plutôt été navré de croire comprendre qu’avoir encore, aujourd’hui, un idéal, c’est être un ado immature !... Toute sa vie, un navigateur va suivre un tracé idéal vers un horizon qui sans cesse lui échappe ! Va-t-il pourtant s’en plaindre ? Il ne faut quand même pas confondre la ligne de mire avec la ligne d’une canne à pêche !
Quant aux « repères », c’est le bouquet ! Ils ne sont quand même pas tous nécessairement dans les nuages, en suspension dans l’air, entourés de rien ! C’est, là une façon bien curieuse et désincarnée de voir les choses ! Pour lui, un repère est nécessairement « géométrique », même s’il est question de Dieu !

Heureusement que le texte se termine bien ! Nos paroles doivent redonner espoir et remettre debout. Bravo !... Mais un esprit malicieux viendrait lui demander ce que font et disent les évêques concernant les fidèles victimes des mariages « romains ». Ils visitent généralement les prisons, et c’est bien, mais là-bas, les situations et les choses sont plutôt claires… Concernant les prisonniers de certaines situations matrimoniales, c’est bien différent ! Qui détient les clés des cellules, isoloirs ou cachots de ces personnes ?
« Pour comprendre que’ l’amour entre l’homme et la femme est unique, définitif et sans partage, il faut se référer à la foi en l’unité et en l’indivisibilité de l’amour de Dieu », écrivait hier Joseph Ratzinger [2]. Ne serait-ce pas là faire référence à un « idéal », à un horizon « invivable », comme vient de dire l’archevêque ?

[1] Jean Guitton affirmait jadis que tout livre devrait contenir une page au moins que ses lecteurs ne comprennent pas.

[2] La foi chrétienne aujourd’hui, p. 62. La traduction de Einführung in das Christentum. Vorlesungen über das apostolische Glaubensbekenntnis, (1968), a été faite par E. Ginger et P. Schouver et publiée au Cerf en 2005.

Publié le 11 août 2009 par Louis Kuntz