Une parole à vivre

4ième dimanche ordinaire (c)
Textes : Jr 1, 4-5.17-19 ; 1 Co 12, 31-13, 13 ; Lc 4, 21-30

Par le baptême, nous sommes institués peuple de prêtres, de prophètes et de rois. Nous sommes, non seulement investis de la dignité des enfants de Dieu, mais il nous incombe par ailleurs la mission de faire rayonner la Bonne Nouvelle et d’en témoigner auprès de nos frères et sœurs. En ce qui concerne le prophète Jérémie, sa mission est bien spécifiée : « Avant même de te former dans le sein maternel, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les peuples. Lève-toi, tu prononceras contre eux tout ce que je t’ordonnerai [1] ». Cette mission s’inscrit dans ce qui est attendu de tout prophète dans le livre du Deutéronome : « Je ferai se lever un prophète ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. Si quelqu’un n’écoute pas les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, moi-même je lui en demanderai compte. Mais un prophète qui oserait dire en mon nom une parole que je ne lui aurais pas prescrite, ou qui parlerait au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra [2] ».

Appelés par Dieu pour révéler ses volontés au peuple, le prophète est donc investi d’une parole qui le dépasse et dont il n’est pas le propriétaire. A ce niveau se fait déjà une réflexion de fond dans la distinction de ce qui relève exclusivement de la parole du prophète en tant qu’homme et de ce qui relève de lui en tant que messager patenté de Dieu auprès du peuple.

Le prophète n’est qu’un porte-parole dont la mission consiste fondamentalement à témoigner de la vérité, parfois au prix de sa vie. A moins de se compromettre et d’adapter son message en fonction des circonstances et des intérêts immédiats de son auditoire, cette mission n’est pas sans risque. Beaucoup en ont fait l’expérience. Elie a dû prendre la fuite pour sauver sa vie ; Jérémie a été précipité au fond d’un puits vide puisque sa parole dérangeait ; Osée est allé à l’encontre de la tradition ancestrale pour reprendre chez lui sa femme infidèle sans craindre le mépris du peuple.

Pour être prophète, il faut avoir beaucoup de convictions et un sacré courage pour dénoncer les déviances du peuple, le mettre en garde et proposer une ligne de conduite qui convienne à la volonté de Dieu. C’est être signe d’espérance en éveillant les cœurs à l’amour inconditionnel de Dieu pour son peuple. Telle est la mission qui nous incombe aujourd’hui au nom de notre baptême en Jésus Christ. Comment vivons-nous les exigences de cette vocation dans un environnement qui nous est le plus souvent hostile ? Est-ce que nous saisissons toujours l’importance du témoignage que nous donnons par notre vie ? Au-delà des dérangements et des contraintes, être prophète aujourd’hui nous renvoie au témoignage que nous donnons de notre foi baptismale. La question qui se pose est de savoir comment nous sommes prophètes dans nos différents lieux de vie.

En ce temps de vaches maigres, où l’Eglise, en tant qu’institution, semble avoir moins d’impact sur la société, les chrétiens sont invités à retrouver la parole qui donne de l’espérance. En effet, la Parole de Dieu dont le prophète est le porteur est une parole de vie, une parole à vivre et une parole vivante. Cette parole s’accomplit aujourd’hui dans notre vie. Dans la liberté qui caractérisait le Christ dans son témoignage, osons proposer à temps et à contretemps cette Bonne Nouvelle qui nous fait retrouver l’unité des enfants de Dieu et nous émanciper dans l’amour de Dieu et de notre prochain.

[1] Jr 1, 5

[2] Dt 18, 16-20

Publié le 1er février 2010 par Nestor Nongo Aziagbia