Une vie après la vie ? Ou la parabole du semeur

Je ne sais vraiment pas ce que j’ai fait de ma vie... Elle a passé comme un éclair, elle a tourné de plus en plus vite comme un rouleau de PQ au fur et à mesure qu’il se vide... Qu’il ne fallait pas tirer dessus, est facile à dire ! C’est comme la bobine du fil de la vie, donnée à la fillette dans son berceau, par la mauvaise fée du conte d’Anderson... A chaque ‘emmerde’ on tire automatiquement des-sus !

  • « Pourquoi te plaindre ? T’as des gosses et une maison », a soufflé, à gau-che, le tentateur…
  • Non, j’avais... Le vent à tout emporté ! Les gosses se sont envolés et la mai-son a été vendue de sorte que je me retrouve aujourd’hui entre quatre murs dans un foyer, avant de me retrouver, demain, entre quatre planches au cimetière. Ou alors, il faudra que je me fasse incinérer pour éviter les vers qui rêvent de m’asticoter ! Bref, tout cela, c’est beaucoup de peines et de misères pour rien…
  • « Avec, quand même, la consolation de n’avoir pas travaillé pour gagner le plus d’argent possible », a glissé une secourable voix à droite…
  • Oui, ben sûr. J’ai surtout pensé à être utile aux autres et ai exploité tous les talents que le Seigneur m’a donnés : j’ai fait du bon pain qu’on venait chercher, chez moi, de loin...
  • « Et tu t’es bien enrichi », a renchéri la malicieuse voix de gauche…
  • Evidemment, mais ce n’était pas là le but recherché, ce n’était que le résultat ou la conséquence d’un travail bien fait... Je me levais de nuit et tôt matin, les ouvriers partant travailler pouvaient passer prendre leur pain chez moi... Tu n’aurais quand même pas voulu que je le vende à perte !
  • « D’autant plus que tout ouvrier mérite son salaire ! » (cf. Mt. 10, 10) a ajouté la voix de droite...
  • « N’empêche que faire du bon pain ou du bon vin, comme aussi d’enseigner, de soi-gner des malades et même de chanter et/ou de jouer de la musique pour le plaisir des autres, c’est quand même très gratifiant... » (A se demander d’ailleurs quels autres bénéfices ou mérites on pourrait encore y gagner)

- « Ton salaire tu l’as déjà reçu ! Ce n’est pas du tout comme si tu avais agi en faveur de personnes qui ne peuvent rien te rendre en retour ! » (cf. Mt.25,35-36). « Le bonheur n’est finalement promis qu’aux pauvres » (cf. Mt.5,3)... Etait-ce la voix de gauche ou de droite ?

  • Enfin, pas seulement à eux... Je n’ai quand même pas exploité mon prochain à mon seul et unique profit, je ne lui ai pas vendu d’inutiles gadgets uni-quement pour me remplir les poches !
  • « Justement, et voilà qui est fort dommage ! a dit la même voix. Tu es resté un « matérialiste » des plus primaires ! Les autres, les vendeurs de gadgets, invitent à rêver. Ils créent d’artificiels besoins qui poussent les gens à vouloir les satisfaire. Mais ces derniers ne savent pas encore que c’est impossible, que la satisfaction parfaite n’existe pas, de sorte qu’ils s’épuisent à chercher et à cou-rir après, jusqu’au jour - qui ne tardera pas - où complètement écœurés et épuisés, ils finiront par rester sur le carreau, langue ballante et yeux exorbi-tés ! Et c’est là, le moment que choisira Dieu pour leur parler ! - C’est la mort pré-coce de sa jeune épouse qui a poussé le jeune Siddharta, déjà orphelin de mère, à tout quitter, à se détacher du monde et de ses plaisirs ! Et c’est ainsi qu’il est devenu le Bouddha, l’illuminé ! »
  • C’est une hypothèse parmi d’autres. D’ailleurs, devenir un illuminé est-ce seulement un idéal bien chrétien ? Et pourquoi « quitter le monde » ? N’y a-t-il donc que cela qui compte ? - II est vrai qu’à voir les saints canonisés par l’Eglise, on peut se poser certaines questions ! Son idéal, hier, n’aurait-il pas été de transformer la planète entière en un immense monastère ! A se de-mander si demain on ne passera pas son ciel à chanter de pieux can-tiques ? Les musulmans attendent d’autres paradisiaques jouissances, de belles houris aux grands yeux de gazelles (de havera : oeil d’oryx ?) ! Chez nous chrétiens, ça frôlerait plutôt le masochisme !
  • « Non ! Toute bonne spiritualité l’interdit ! »
  • Peut-être... mais que faut-il alors penser de nos « pères dans la foi », au moins de certains d’entre eux, comme les anachorètes du désert, les ascètes brouteurs qui ne vivaient que de végétaux sauvages et crus (non cuits), comme faisait Adam (paraît-il) avant son péché... - Heureusement qu’avant son péché, il ne marchait pas à quatre pattes, comme le raconte un mythe africain Dans leur désir de retrouver la nature, ils refusaient carrément la civilisation, la cuisson, les plantes cultivées et tout...
  • « Ça n’existe plus aujourd’hui, c’est pur anachronisme... »
  • Peut-être pas tant que ça ! - Aujourd’hui - et pas seulement les végétariens - il existe des nostalgiques du passé qui refusent encore la civilisation or-dinaire et se complaisent à rêver de retour à la nature !
  • « L’Eglise aurait-elle souvent enseigné que Dieu se retrouve dans le retour vers la nature ? »
  • Non, c’est vrai... mais dans nos églises, a-t-on, pour autant, souvent entendu dire, qu’il faut savoir intelligemment « profiter de la vie » ! Y a-t-on souvent dit qu’est « vertu » tout ce qui favorise la vie, et pour commencer l’espoir et « péché » tout ce qui la détruit ? N’a-t-on pas plutôt dit que la vie, suite à la faute d’Adam, est marquée par le péché, et qu’il faut donc y renoncer à l’exemple de ces héroïques pères du désert d’autrefois ? - Et tout cela, uniquement suite à la mauvaise interprétation d’un « mythe »...
  • La vie est quand même un merveilleux cadeau de Dieu qu’il ne faut pas détruire ! Même qu’elle a la merveilleuse faculté de se « survivre », comme l’eau courante, dans la mesure où elle court, se répand et se distribue alentours...
  • Que diraient des parents s’ils voyaient leur enfant refuser une boîte de chocolats ? Ca ne leur ferait pas très plaisir ! - « Tu n’aimes pas « mon chéri » ? Tu es malade ? Tu voulais autre chose ?... » - Si l’enfant explique qu’il refuse d’ouvrir « sa » boîte de chocolats parce qu’il veut l’apporter et of-frir intacte à sa mamie qui est à l’hôpital... à moins que ce ne soit à sa petite amie ( ?), son « renoncement » sera tout autrement compris et apprécié. Avec probablement, quand même, un grand bémol concernant sa mystérieuse petite amie...
  • Il est facile d’imaginer qu’hier, à une époque où tout le monde était loin de vivre dans l’opulence, il aurait été plutôt indécent de dire qu’il faut « profiter » de la vie... Mais n’était-on pas aussi inspiré par une « spiritualité » qui laissait alors fort à désirer ?
  • Tout dépend de ce que veut exactement dire « profiter de la vie » !
  • Evidemment ! Celui qui pense que « profiter de la vie », veut dire s’en mettre plein la lampe, comme à l’occasion d’un bon gueuleton, ne tardera pas à constater qu’il n’en profite pas du tout, bien au contraire ! Si profiter d’une nouvelle moto consiste à rouler à tombeau ouvert, un tombeau fermé sera vite atteint ! Et inutile d’y chercher une punition de Dieu ! La vie a ceci de bien, qu’elle est une école d’intelligence qui élimine tous les imbéciles. - Qui parlait, hier de struggle for life ?
  • La vie, comme le sport, est une course à gagner (cf. 1.Co.9,24-27) ! Et elle ne pardonne aucune erreur... Celui qui sème des orties, récoltera des orties, pour ne rien dire de ceux qui répandent du rund-up et qui détruisent carrément leur environnement !...
  • « C’est très individualiste et pas très chrétien comme comparaison » (commente une voix... de droite ou de gauche ?) « En tous cas, cela ne ca-dre pas avec ce qu’a dit le pape dans sa récente encyclique (cf. Spe salvi), qui insiste sur la solidarité dans le mal comme dans le bien. N’en déplaise à saint Paul, la vie n’a rien d’un sport individuel ! D’ailleurs, pourquoi dit-on que si le père boit, ses enfants trinquent ? Qu’en peuvent-ils ? Et que fait Dieu ? »
  • Ben, il remplace la solidarité dans le mal par la solidarité dans le bien ! C’est cela le paradoxe inattendu de la foi chrétienne ! On croit que tout est perdu, fichu, et bien, finalement non, parce que Dieu est Amour et qu’il nous aime... Le Christ est l’espoir pour tous ceux qui n’ont plus d’espoir. Sa mort, grâce à sa Résurrection, devient pour tout homme signe de vie... Il est mort pour que nous vivions, pour que nous ne désespérions pas, face à la mort à laquelle per-sonne ne peut échapper.
  • « L’anti rund-up, en somme ! »
  • Oui, pourquoi pas... Ce qui est sûr, c’est que la création, l’œuvre de Dieu ne finira pas en eau de boudin ! Elle ne tombera pas en couilles ou quenouille, ne finira pas en cul de sac, comme certains le pensent ! Dieu qui est vie (cf. Jn.14,6), aime la vie et tous ceux qui œuvrent à l’accomplissement de son œuvre ! S’il nous demande d’aimer autrui, d’aider et de partager avec les autres (cf. Mt.25,35-36) c’est parce que, ce faisant, nous les aidons à ne pas déses-pérer de la vie... Même qu’en agissant en témoin du Christ, on leur « ouvre le ciel », on les aide, en plus, à croire à une vie qui ne finit pas...
  • « Et si elle finissait quand même, s’il n’y avait rien après ? »
  • Alors, à choisir entre être « celui qui trompe » ou « celui qui est trompé », je préfère encore toujours être « celui qui est trompé », car, à n’en pas douter, c’est la place que prendrait le Christ...

Les voix de gauche ou de droite, ne seraient-elles pas les deux serpents du caducée qui permettent de retrouver la santé... ? - En tous cas, l’« avocat du diable » ne peut pas ne pas parler au nom de Dieu !

Louis KUNTZ

Ralliement 3-08

Publié le 1er décembre 2008 par Louis Kuntz