Voyage au Togo

De fin décembre 2008 à fin janvier 2009, j’étais au Togo pour visiter mon ancien champ d’apostolat. Ce n’était pas un voyage touristique – c’est la saison chaude et sèche, avec l’harmattan et une chaleur de plus de 30° - ni même un temps de repos. Mais plutôt un voyage de recherche de documents et de renseignements complémentaires sur mes activités missionnaires, et une visite à mes anciens collaborateurs, à mes successeurs et aux paroissiens des communautés où j’ai travaillé.

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L’abbé Augustin Otchokpo.
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C’est l’abbé Augustin Otchokpo, curé doyen de Cattenom, mon ancien grand séminariste, qui, lors d’une visite chez des amis à Hettange-Grande, m’a sollicité de l’accompagner pour son voyage de Nouvel An au Togo, et qui a organisé ma réception dans son pays natal de Tomegbé et les villages des Kpete, dans le Litimé, où j’ai œuvré durant 11 ans.

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Le 1e janvier 2009, vers 8h, le frère policier de l’abbé Augustin est venu me chercher à Tomegbé pour me conduire à Kpete-Bena, à la nouvelle paroisse Ste Cécile, créée il y a quatre ans par division de mon ancienne paroisse N.-D. de Lourdes devenue trop grande. Et là, quelle surprise ! A l’entrée du village de Mempasem, attenant à celui de Kpete-Bena, nous sommes accueillis par une foule en liesse, avec fanfare, tam-tam et chorale. Un notable fait la libation et la prière aux ancêtres, une cérémonie traditionnelle pour l’accueil des personnalités.

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Libation à l’entrée de Mempassem.
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L’accueil du P. Roesch.
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Ensuite, avec le curé de la paroisse, l’abbé Constant Afan, tout ce monde se met en procession en chantant et dansant au son de la musique. Des jeunes filles me lancent des pétales de fleurs, et j’avance sous un grand parasol chamarré de chef. Entouré des notables de la ville, le chef de canton nous accueille à l’orée de Kpete-Béna. Échange de salutations, puis entrée solennelle dans cette spacieuse église qui peut recevoir 1000 personnes. Fraîchement repeinte, elle est magnifique avec ses vitraux multicolores et ses portes forgées. Je l’ai construite entre 1990 et 1993 avec l’aide financier de l’organisme allemand « Misérior » et grâce à la remarquable contribution de la population de Kpete-Bena qui a fait bénévolement tous les travaux de manœuvre : les femmes acheminaient le sable sur leurs têtes depuis la rivière Bena, et les hommes le bois par les sentiers de la forêt du Ghana voisin [1] .

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La cloche Ste Jeanne d’Arc.
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Ce qui m’a particulièrement ému, c’est d’entendre pour la première fois la belle cloche Ste Jeanne d’Arc. Elle vient de l’église St Georges de Souffelweyersheim, où elle avait échappé miraculeusement à la rafle des cloches de la Première Guerre Mondiale ; la communauté paroissiale et le curé m’en avaient fait don il y a une dizaine d’année. Dans son nouveau clocher moderne, à côté de l’église de Kpete-Bena, elle carillonnait durant la procession d’arrivée, et se faisait entendre à travers toute la vallée, jusqu’au Ghana.

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Clocher de l’église de Kpete-Bena.
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L’église était comble. Une grande chorale animait la messe, avec des chants en langue locale et en français rythmés à l’africaines par le tam-tam et les castagnettes. Les chanteurs accompagnaient ces cantiques du balancement de leur corps, et la foule leur répondait en claquant des mains et en gesticulant. Ce fut particulièrement émouvant durant la quête car les gens se rendent au panier, devant l’autel, en dansant et en chantant, et cette procession était orchestrée par la fanfare. On peut dire que l’inculturation est en bonne marche. J’ai encore réussi à faire les prières dialoguées dans la langue officielle du Togo.

Après l’oraison de la communion, on me fait asseoir sur un fauteuil devant l’autel, on m’habille d’un pagne de chef, on me chausse de grosses sandales, on me passe des bracelets au cou et aux bras et l’on me coiffe d’une couronne dorée. Le chef du canton me déclare alors chef honoraire du canton de Kpete-Bena. Puis c’est la sortie solennelle de l’église. Dès le portail, six hommes me soulèvent et me portent sur leurs épaules. Précédée par la chorale et suivie par la foule en liesse, la procession se poursuit autour de l’église et gagne la sacristie. L’après midi était bien entamée quand on se mit à table pour un repas de fête animé par la chorale, auquel participaient les notables, le comité paroissial, le curé et l’abbé Augustin.

Terre d’Afrique juin 2009

[1] De la même manière, avec l’aide d’une association munichoise, j’ai pu construire sur le terrain de la mission de Kpete-Bena un bâtiment scolaire de trois classes et bureau, et agrandir ainsi le nombre de classes construites par le Père Robert Simon.

Publié le 16 juin 2009 par Charles Roesch