Wabou, un masque qui sort aux funérailles

Lors des cérémonies des funérailles, Les Sénoufo présentent plusieurs sortes de masques. Wabou est le plus connu. C’est celui d’un justicier.

L’ethnie sénoufo occupe un vaste espace au centre de l’Afrique sub-saharienne de l’ouest, à cheval sur le Mali, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. La métropole de ce territoire est la ville de Korhogo en Côte d’Ivoire.

Le masque africain wabou est une expression de la pensée mythique des Sénoufo, une représentation mystérieuse qui habite le bois sacré, bosquet primordial où l’on puise, par initiation, à la source des connaissances culturelles, aux mystères de la vie et de la mort. Ce n’est pas le plus important, mais le plus connu des masques qu’exhibe la société initiatique du poro, qui gouverne les bois sacrés sénoufo.

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Photo J. Varoqui

Le premier masque wabou que nous présentons est originaire de la région de Sinématiali et a plus de cent ans. C’est un masque-heaume qui rappelle les origines du monde. Taillé d’une seule pièce en bois blanc et léger de fromager, il amalgame des éléments de plusieurs animaux : cornes de l’antilope, gueule du crocodile, face du cynocéphale, défenses du phacochère et oreilles du chien. Le haut du casque porte en cimier le calao, sorte de toucan des forêts, le caméléon, et une sorte de coupe destinée à recevoir une substance magique enveloppée dans des feuilles.

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Photo J. Varoqui

Le masque peut dépasser 1 m de longueur, pour une largeur d’environ 50 cm et une hauteur moyenne de 60 cm ; le diamètre intérieur du casque varie entre 30 et 40 cm. La vision est assurée à travers la gueule du masque. Il est enduit d’un cirage à base de noir de fumée et de beurre de karité. A chaque nouvelle utilisation, on le décore de points d’argile ocre et blancs. Un serpent peint, mais parfois sculpté en relief en travers du heaume, en complète souvent l’iconographie à la base de l’encolure. Un chant dit qu’un jour le calao trouva une graine près d’une source ; il la donna au caméléon, qui la remit au serpent, et celui-ci la transmit à la femme. Avec l’apparition des peintures industrielles, cette décoration est devenue permanente.

L’habit du porteur fait partie intégrante du masque. C’est une sorte de combinaison de coton peinte qui recouvre totalement le corps. Les manches sont assez longues pour cacher les mains. La décoration du tissu imite généralement la fourrure de la panthère, mais peut aussi n’être décoré que de damiers en noir, blanc ou rouge, les seules couleurs connues chez les Sénoufo : le blanc représente la terre, le noir l’eau et le rouge le feu. Dans une main, le porteur du masque tient une corne remplie de soies et de piquants de porc-épic, qui peuvent être enduits de poison. Il marche à la manière intrigante des caméléons. En principe, les enfants, les non-initiés et les femmes non ménopausées ne doivent pas voir ce masque. On se déchausse en sa présence.

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Photo J. Varoqui

Il n’existe pas à proprement parler de wabou type. Les variantes sont nombreuses. La forme la plus archaïque serait celle du gbodiugu, en usage chez les diéli et les fodonon, qui revendiquent la plus ancienne occupation de la région. Ces masques rappellent la tête du cynocéphale et ne portent ni butoirs ni cornes. Ce seraient les seuls à personnifier le poro. Ils sont rares et ont surtout une fonction rituelle et funéraire. Ce sont des chasseurs de mauvais sort qui portent parfois en houppelande une peau de singe.

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Photo J. Varoqui

Gpéligeniugo est plus fréquent chez les niafara et les tiembara. Normalement, il ne porte pas de butoirs, mais a de grandes oreilles plates. Par contre, il a les attributs en cimier de wabou. L’exemplaire présenté ici est un peu bâtard. Il est sculpté en bois dur et lourd. Ce masque est de la région de Sinématiali. Il a pour fonction magique de maintenir l’ordre cosmique, une sorte de juge de paix. Très usé, il a été réparé et porte les séquelles de l’abandon. Etait-ce à cause de ses fractures, de son poids, ou encore des incitations de la religion du prophète massa, dans les années 50, à se défaire de tous les fétiches ?

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Photo J. Varoqui

Wabou peut aussi être un masque double. L’exemplaire que nous présentons est réalisé en bois lourd et dur. Il est fortement réparé et usé, mais l’usage de peintures industrielles laisse penser qu’il a servi bien après les années 50.

La fonction du masque wabou est d’être un justicier, un lanceur de maladies, de mort. Mais d’une façon générale, tous ces masques, outre leur fonction initiatique, ont une grande importance lors des enterrements et des funérailles. S’ils sont tous à craindre, dans l’imaginaire des gens, les précautions sont prises pour que leur action accompagne le mort vers son nouveau séjour, celui des ancêtres, où il poursuit son existence. A cet effet, les masques agressifs ont la gueule remplie d’une touffe d’herbe. Leur tête s’agrémente de plumets, enserrés dans de petites cornes d’antilope naine. Ils prennent alors une fonction bénéfique et le porteur de masque peut danser au dessus du cadavre à la satisfaction de tous.

Publié le 24 décembre 2008 par Jacques Varoqui