A Lomé, le 29 août 2014

Gérard a écrit dans son testament : « Pour mon enterrement : qu’il soit simple. Ni fleur, ni couronne. Je veux être enterré là où le Seigneur m’appellera. Je compte sur vos prières… » Oui, le Seigneur l’a appelé au Togo et il repose désormais dans la terre de ce pays de mission où il a consacré toute sa vie. La messe d’enterrement a été présidée par Mgr Denis Amuzu-Dzakpah, archevêque de Lomé, entouré de Mgr Nicodème Anani-Barrigah, évêque d’Atakpamé, et de prêtres, sans oublier les religieux et les religieuses, les fidèles laïcs de la paroisse d’Adamavo et d’Avépozo, les amis de Gérard de Lomé et d’ailleurs. Une très belle cérémonie de prière et de recueillement en pensant à tout ce qu’il a été et fait au milieu de nous. L’homélie a été prononcée par le Père Alphonse Kuntz, sma membre du District de Strasbourg et missionnaire au Togo, à Saoudè dans le diocèse de Kara.

L’homélie du Père Alphonse Kuntz
Le Père Gérard n’a pas dit, comme ce curé de chez lui : « A mon enterrement ne parlez pas de moi. Vous en diriez trop ou pas assez ». Je me sens libre de parler de Gérard et de dire ce qui me parait juste.

Vous ne m’en voudrez pas d’avoir choisi ce texte du « magnificat » [1], plutôt inhabituel pour une messe de funérailles. C’est le dernier évangile que Gérard ait lu, à la messe du 15 août où l’Église fait mémoire de la mort de Marie, de sa dormition. Même si, par moments, son départ visible nous laisse un grand vide, une blessure comme le dit bien une hymne, nous voyons sa vie si pleine de merveilles que ce passage de l’évangile n’est pas déplacé aujourd’hui.
Que Dieu conduise nos vies comme saint Paul dit aux Romains [2] est évident. C’est lui qui a choisi pour Gérard cette terre où reposer. Bien des missionnaires ont désiré cette grâce et ne l’ont pas obtenu : reposer en Afrique. Ces derniers temps, Gérard rentrait en France chaque année. Pourquoi cette année ne l’a-t-il pas fait ? Patrice m’a dit : « Il a des amis à accueillir. » C’est bien Gérard ! Pour les autres il était capable de tout. Pourquoi est-il monté vers le nord alors qu’il n’aimait pas le faire, tant les voyages le fatiguaient ? Il a accompagné ses neveux et nièces pour voir le Père Jean Perrin. Sa sœur m’a dit au téléphone : « Il est venu te dire au-revoir. » Il m’avait dit auparavant : « Descends pour quelques jours à Lomé. » Quand j’ai dit à une femme qui ne le connaissait pas comment il est parti, elle m’a répondu : « Il a eu une belle mort. »

Je sais qu’ici on n’aime pas les morts imprévues. Mais je suis fermement convaincu que Gérard n’a pas été surpris par la mort. Ce qu’il m’a dit à demi-mot lors de son passage à Saoudè m’a fait comprendre qu’il était prêt. Il pouvait prier en vérité : « Étrangers, pèlerins, toujours prêts à partir nous portons nos regards vers le Jour et vers l’Heure ».
Dieu seul sait quelles épreuves il aurait pu endurer en restant plus longtemps en ce monde. Nous avons connu des Pères qui sont restés alités pendant des années. Nous qui avons peu de chances d’échapper au purgatoire, de préférence en ce monde, nous sommes tentés de l’envier. J’ose affirmer que ce qui lui a valu de partir ainsi, c’est sa bonté. Gérard était la bonté même, la gentillesse. Il portait, en plus de Gérard, les noms de Marie, Joseph, Henri. Marie, la femme qui dit toujours oui à Dieu et aux autres. Il me semble que Gérard ne savait pas dire non, et là où il aurait pu le faire, il assumait et souffrait en silence.
Ceux qui sont trop bons laissent des plumes comme on le dit vulgairement. Bonté, miséricorde sont des attributs majeurs de Dieu qui, en a revêtu Gérard. Il faudrait ajouter simplicité, comme il l’a écrit dans son testament. Bien avant l’arrivée du Pape François, qui insiste tant sur cette simplicité qui devrait régner dans l’Église qu’on ne pourra pas dire qu’on ne l’a pas entendu.
Bonté donc, disons-nous, bien qu’ne soit jamais trop bon et qu’à la fin la bonté paye même si on a perdu auparavant. Nous regrettons par contre le bien que nous aurions pu faire et que nous n’avons pas fait. Et surtout, rappelons-nous que « la charité couvre la multitude des péchés », comme le dit saint Pierre. Avec tout cela, je n’ai pas parlé des autres merveilles que le Seigneur a accomplies pour Gérard et par Gérard. La plus grande n’est-elle pas lui-même ? Sa riche personnalité et sa vie pleine, son sourire discret.

On cite le Père Jean Perrin comme grand bâtisseur. On oublie la construction des églises, auxquelles Gérard a présidé et pour lesquelles il ne ménageait pas sa peine au moment où d’autres prennent leur retraite. Cette église où nous sommes, une fois consacrée, sa journée de travail était achevée. Le Seigneur lui a dit : « Viens te reposer un peu », comme il l’a dit aux disciples : « Venez à l’écart et reposez-vous un peu. » Pourquoi un peu seulement ? Parce qu’il n’y a aucune raison pour que celui qui a fait le bien en ce monde ne continue pas à le faire après sa mort.
Quand sainte Thérèse de l’Enfant Jésus - nous sommes chez elle en ce moment, n’est-ce pas ? - écrit : « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre », ce n’était pas que de la littérature. Elle a assez montré que c’était la vérité.
D’autres l’ont fait vers la même époque. Saint Séraphim de Sarov, qui disait aux sœurs qu’il avait fondées : « Moi parti, venez sur ma tombe. Quand vous aurez le temps, le plus souvent possible. Tout ce que vous aurez sur le cœur, toutes vos peines, face contre terre, racontez les moi comme à un vivant. Et je vous entendrai et j’enlèverai votre tristesse. Car pour vous je serai vivant toujours. »

Gérard n’a-t-il pas déjà commencé à le faire, lorsqu’au milieu de la tristesse causée par son départ visible une sorte d’exultation s’empare de nous ? Serait-ce lui qui nous murmure : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ; le Puissant a fait pour moi des merveilles. »

[1] Luc 1, 39-55.

[2] 1ère Lecture : Rm 8, 28-39.

Publié le 29 avril 2015 par Alphonse Kuntz