Action de grâce pour 60 et 50 ans de ministère et de service de la mission

C’est au Zinswald que les confrères, membres honoraires et amis des Missions Africaines ont été invités à célébrer ceux qui, parmi nous, marquent une année jubilaire car trois d’entre eux vivent actuellement dans cette maison : René Soussia, Ferdinand Blindauer et Lucien Derr. Et à cette action de grâce, nous joignons les 25 ans de service diaconal de Jean-Paul Fischer, diacre au diocèse de Metz, en mission à la communauté de paroisses de Reding et membre honoraire de la SMA.

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L’assemblée sma réunie au Zinswald pour les Jubilés
Photo André N’Koy

Deux confrères célèbrent leur jubilé de diamant, soixante ans de sacerdoce. Charles Roesch et René Soussia ont été ordonnés ensemble à Lyon le 20 novembre 1955.

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Charles Roesch
Photo SMA Strasbourg

Charles ROESCH est originaire de Scherwiller, le berceau de sa famille, à laquelle il est resté très attaché. Ses études de théologie terminées, il est envoyé au Togo, où il a œuvré pendant cinquante ans, mis à part deux courts séjours en France pour une remise à jour théologique et pastorale. Il s’était déjà fait remarquer par son amour et ses compétences pour les mathématiques dans ses études secondaires. À son arrivée au Togo, il est nommé professeur de mathématiques au collège St-Joseph, la meilleure institution, selon lui, non seulement de tout le Togo, mais de toute l’Afrique de l’Ouest. Il y a enseigné pendant 15 ans, dans toutes les classes, jusqu’en « math-élem supérieures », selon les nécessités du moment, se formant lui-même pour être au niveau de ce qu’il avait à enseigner.
La direction et le corps professoral du collège devenant entièrement togolais, il a su se réadapter à un nouveau type d’activité, celui du ministère paroissial, d’abord en un quartier populaire de ville, à la grande paroisse Marie-Reine de Lomé-Bè ; puis, plus au nord, en campagne, dans la région du Litimé, à la mission de Tomégbè, dans le diocèse d’Atakpamé. Il a utilisé ses compétences de professeur dans l’organisation de la catéchèse, la promotion des écoles, et ses qualités de mathématicien dans la construction de nombreuses écoles, églises et chapelles.
Après un intermède au bureau des statistiques et de l’enregistrement des terrains au diocèse d’Atakpamé, jumelé à son activité d’aumônier au lycée St-Albert-le-Grand et chez les frères du Sacré Cœur à Atakpamé, il est revenu dans le sud, comme aumônier et accompagnateur-enseignant des novices chez les Sœurs Notre Dame de la Paix. C’est là qu’il a célébré son jubilé d’or le 5 juin 2005. La fête fut grandiose.
Après 50 ans de vie missionnaire au Togo, Charles s’est retiré à la maison de retraite des Missions Africaines à Saint-Pierre mais il n’est pas resté inactif. Tout en rendant service en différentes communautés paroissiales, patiemment il a collecté documents et archives sur sa vie missionnaire et l’évangélisation du Togo… Il vient de reprendre ses « mémoires » qui ont été publiées régulièrement dans la revue interne sma Ralliement de 2009 à 2014 [1].

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René Soussia
Photo SMA Strasbourg

René SOUSSIA a commencé sa carrière missionnaire comme professeur à Haguenau et ensuite à Saint-Pierre, où il est venu muni de licences en philosophie et théologie. Il a été professeur de dogme pour beaucoup de futurs prêtres des Missions Africaines, dont ceux qui célèbrent aujourd’hui leurs noces d’or, activité qu’il a exercée plus tard pendant plusieurs années au grand séminaire de Ouidah, au Bénin. Il est difficile de dire si René était à l’aise avec les grands séminaristes, catégorie de gens plutôt critiques et difficiles, mais je pense qu’il l’était davantage avec les jeunes des collèges et écoles d’Atakpamé, au Togo, et de la paroisse Ste-Famille de la même ville, avec les gens des missions de Badou et Tomégbé où il a exercé une bonne partie de son ministère, lançant la construction de l’église paroissiale St-François-Xavier de Badou. Sa facilité d’adaptation et de proximité avec tous, sa disponibilité à répondre aux demandes qui lui ont été faites de la part de ses supérieurs l’ont amené ensuite à être successivement professeur au grand séminaire de Ouidah, animateur à la maison sma de formation de philosophie à Sowuton, au Ghana, et surtout accompagnateur des pauvres et gens de la rue qu’il savait rencontrer partout où il était. À sa façon, il a persisté à militer et à promouvoir les valeurs de justice, de paix et de soin de l’environnement, non seulement dans les diverses commissions des instituts missionnaires à Strasbourg ou à Metz, mais aussi auprès des gens qu’il rencontrait et dans sa vie personnelle de simplicité. Au Zinswald, où il est arrivé il y a quelques années, il a été prêtre coordinateur des paroisses de Arzwiller/Guntzwiller et s’est mis ensuite à la disposition des gitans du secteur de Sarrebourg, chez qui il est allé habiter. Officiellement retiré au Zinswald, il sait prêter main forte aux communautés catholiques environnantes lorsqu’on fait appel à lui, et il n’est pas rare que ses amis des gens du voyage viennent le visiter et le solliciter.

Trois confrères célébrant leurs jubilés d’or ont été ordonnés à Saint-Pierre par Mgr Strebler le 7 mars 1965, Ferdinand Blindauer, Lucien Derr et Albert Lirot.

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Ferdinand Blindauer
Photo SMA Strasbourg

Ferdinand BLINDAUER est né le 25 janvier 1932, à Saint-Avold, dans le diocèse de Metz. Vocation tardive, il fait des études chez les Salésiens à Maretz, dans le nord de la France, de même que sa philosophie, études interrompues par le service militaire en Allemagne de 1953 à 1955. Il prononce ses vœux comme religieux chez les Salésiens où il reste de 1957 à 1960. Il fait son noviciat sma à Chanly durant l’année scolaire 1960/61et prononce son premier serment le 11 juillet 1961. Il poursuit ensuite ses études théologiques au grand séminaire des Missions Africaines à Saint-Pierre.
En septembre 1965, il part pour le Togo, au diocèse de Sokodé où il reste jusqu’en 1999, excepté quelques périodes de recyclage qu’il apprécie beaucoup : trois mois à l’Arbresle en 1980 et l’année scolaire 1990-91 à Montréal. Il est d’abord nommé à Guérin-Kouka, dans le nord du diocèse de Sokodé, où il apprend la mission avec un ancien, le Père Albert Reiff. En 1971, le secteur (Doyenné) de Guérin-Kouka-Bassar-Kabou est laissé aux Pères du Verbe Divin, les sma se replient en d’autres secteurs ; Ferdinand va alors à Niamtougou, qui fera partie du nouveau diocèse de Kara en 1994. Missionnaire à la mission de Niamtougou, il prend particulièrement en charge le secteur de Défalé et la montagne kabyèse environnante, ce qui l’amène à s’installer en 1978 à Défalé, qui devient station principale. Il y entreprend la construction de l’église. Ferdinand a beaucoup aimé le Togo et y visiter les villages et les gens, donnant aussi son attention aux jeunes, les approchant selon les principes qu’il avait gardés de sa formation chez les Salésiens, ces spécialistes de la jeunesse.
Après quelques mois de repos-recyclage à Strasbourg en 1999-2000, il repart pour l’Afrique, mais cette fois pour le nord Côte d’Ivoire, à Ouangolodougou et Fronan, dans le diocèse de Katiola. Dans le contexte des événements socio-politiques qui affectent le pays, avec une santé qui se fragilise, il revient définitivement en France en 2005. Depuis ce temps, il fait partie de la communauté sma du Zinswald. Fidèle à son service, il est prêtre coopérateur à la communauté de paroisses St-François-de-Sales des anciens Bailliages de Lixheim. Souriant, discret, homme de foi, Ferdinand doit désormais affronter des problèmes de santé récurrents, ce qui l’amène à renoncer au service paroissial qu’il aime tant.

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Lucien Derr
Photo SMA Strasbourg

Lucien DERR est né le 11 septembre 1938 à Forbach, dans le diocèse de Metz. Il a suivi la filière des études aux Missions Africaines jusque à sa théologie au grand séminaire sma de Saint-Pierre. La lettre de la communauté de paroisses St-Vincent du Plan Incliné en préparation à la célébration de son jubilé, célébré en cette paroisse le 12 juillet dernier, rappelait ses quatre missions successives :
- une mission d’éducation en ce qui était en ce temps-là le petit séminaire des Missions Africaines à Haguenau. Remarqué dès ses études par son goût du beau et son sens artistique, il y avait été nommé professeur de 1965 à 1972 pour y enseigner les arts plastiques ;
- une mission de découverte et de porteur d’évangile en pays sénoufo, au centre nord de la Côte d’Ivoire ;
- une mission au service de l’autorité, d’abord comme supérieur régional des confrères sma de nord Côte d’Ivoire de 1978 à 1983, puis comme provincial durant deux mandats (1983-1995) ;
- une mission pastorale à la communauté de paroisses St-Vincent du Plan Incliné, jumelée avec celle de l’animation de la maison des Missions Africaines au Zinswald. En automne 2014, il a laissé la responsabilité de la communauté de paroisses à Albert Kouamé, sma, mais il continue à y assurer ses services.

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Lucien Derr en mission en Côte d’Ivoire
Photo SMA Strasbourg
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Lucien Derr
Photo SMA Strasbourg

En chacune de ces missions, Lucien a donné le meilleur de lui-même avec beaucoup de créativité, de délicatesse et de goût, avec une âme d’artiste raffiné. En Afrique, il a su apprécier et faire apprécier la vie simple des gens et des villages, il a su promouvoir l’art sénoufo, découvrir des artistes locaux et les lancer dans le développement de leur art. Nombreuses sont les chapelles et les églises, comme celle de Fronan près de Katiola, en Côte d’Ivoire, qui ont bénéficié de son inclination pour la beauté. Les décorations de la chapelle de la maison de retraite des Missions Africaines à Saint-Pierre, comme celles de Strasbourg, sont le reflet de ses initiatives. Depuis sa venue au Zinswald en 1996, il entretient la maison avec beaucoup de goût et peaufine l’accueil des nombreux visiteurs et groupes qui s’y arrêtent.
Dans sa prière à la fin de la lettre de la communauté de paroisses St-Vincent du Plan Incliné, Lucien remercie le Seigneur « pour la belle collaboration de ses confrères et aussi pour celle d’une multitude de laïcs dévoués » et il rend grâce pour la longue patience du Seigneur à son égard.

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Albert Lirot
Photo SMA Strasbourg

Albert LIROT est né le 5 mai 1937 à Colmar, dans le diocèse de Strasbourg. Après avoir séjourné chez les sœurs de Guebwiller, il a suivi toute la filière de formation aux Missions Africaines depuis le petit séminaire à Saint-Pierre jusqu’au grand séminaire.
Après son ordination et une année d’initiation au ministère en France, il est envoyé comme missionnaire au Togo ; il y reste jusqu’en 1970, en plusieurs missions dans le diocèse d’Atakpamé où les difficultés ne manquent pas. Après un recyclage en Belgique, il repart pour l’Afrique, en Côte d’Ivoire cette fois où il travaille dans le diocèse d’Abengourou jusqu’en 1982. Depuis cette date, il sert d’abord en diverses paroisses aux alentours de Strasbourg et de Saint-Pierre et, en 1991, il est nommé prêtre coopérateur pour le secteur de Mertzen (Haut-Rhin) ; il y reste une quinzaine d’années, se donnant toujours à fond dans le ministère pastoral. Il a rejoint Saint-Pierre depuis une dizaine d’années, essayant de faire face à une santé qui se fragilise de plus en plus.

Gilbert Piranda a été ordonné prêtre par Mgr Strebler le 30 juin 1965, avec le Père Gérard Bretillot qui, décédant précipitamment le 16 août 2014, a manqué ainsi le rendez-vous jubilaire.

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Gilbert Piranda
Photo SMA Strasbourg

Gilbert PIRANDA est né à Surmont (diocèse de Besançon) dans une famille de dix enfants à laquelle il est toujours resté très attaché. Il a fait ses études secondaires au séminaire des Montfortains à Pelousey, près de Besançon. Après une année (1956-57) de remise à niveau à la section des vocations tardives au séminaire de Faverney (diocèse de Besançon), il étudie la philosophie dans ce même séminaire (1957-59). Il est ensuite admis au noviciat des Missions Africaines à Chanly où il prononce son premier serment le 10 juillet 1960. Il fait son service militaire de septembre 1961 à février 1962 en Algérie, service qu’il termine comme lieutenant : cette expérience, dans des circonstances difficiles de guerre qui l’ont amené à prendre des décisions délicates, l’a profondément marqué.
Il fait sa théologie au grand séminaire des Missions Africaines à Saint-Pierre. Après une année d’initiation pastorale dans le diocèse de Metz, il est envoyé au Togo dans le diocèse de Sokodé, à Saoudè avec le Père Reiff, où il reste jusqu’en 1974. Il est expulsé du pays par le général Eyadéma, sous prétexte de « subversion », en décembre 1974. Son expulsion brutale, en l’espace de 48 heures, a été pour lui comme un poids lourd à porter durant toute sa vie.
Après deux années de repos en France, dont un recyclage de trois mois à l’Arbresle près de Lyon en automne 1975, il est nommé à l’animation missionnaire au Zinswald et part ensuite pour Korhogo, en Côte d’Ivoire, en octobre 1980. Il y reste jusqu’en 1985. Après une année de recyclage à Strasbourg et Paris, il est nommé desservant à la paroisse de Loudrefing, dans le diocèse de Metz, en 1987, puis en d’autres paroisses non loin du Zinswald. Il rejoint la communauté du Zinswald en 1994, tout en continuant son service à plein temps dans une communauté de paroisses voisines. Il est très apprécié par les gens dans son approche pastorale. Malade, il rejoint Saint-Pierre en 2009. Depuis 2012, il est à la résidence des Tourelles, maison de repos à Sancey-le-Long, tout près de sa famille, et sa santé s’affaiblit de plus en plus.

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Les Jubilaires et le P. Jean-Marie Guillaume
Photo André N’Koy

[1] Charles ROESCH, 50 ans de mission au Togo 1956-2006, édité en septembre 2015 par la SMA.

Publié le 25 janvier 2016 par Jean-Marie Guillaume